Après notre article du 17 janvier 2026 consacré à la contamination au norovirus des productions conchylicoles de Tamaris, il est indispensable de revenir sur l’historique des pollutions microbiologiques dans la petite rade et sur les responsabilités qui, depuis plus de vingt ans, n’ont jamais été réellement assumées.
La baie du Lazaret est depuis des siècles le siège d'activités multiples qui cohabitent, pouvant engendrer des conflits d'usage : la navigation (militaire, commerce, ferries, plaisance, transports publics, des activités industrielles (réparation navale, portuaires Pin Rolland, Marine Nationale, petite mer...) d’un côté, des activités de tourisme et de loisirs nautiques, une activité de pêche, de production conchylicole et aquacole de l’autre côté.
Des pollutions récurrentes… et des explications changeantes
Depuis 2014, les épisodes de contamination des eaux et des coquillages se succèdent : E. coli, norovirus, interdictions de vente, pertes économiques majeures pour les professionnels. À chaque crise, les causes avancées varient :
- mystérieuse pollution (2014)
- station de relevage militaire (2014),
- des canalisations bouchées dans des copropriétés (2014),
- des « points noirs » chez des particuliers (2015),
- des oiseaux (2020),
- des immeubles mal raccordés (2026).
Cette succession d’hypothèses, souvent contradictoires, masque un fait constant : les réseaux d’assainissement et pluviaux de la métropole sont vétustes, insuffisants et saturent régulièrement lors des épisodes pluvieux.
De nombreux exutoires du réseau pluvial débouchent dans la baie du Lazaret et les eaux de la rade apparaissent turbides après des pluies importantes.
Pourtant, les diagnostics existent depuis plus de 20 ans
Dès 2002, une étude conjointe SIAT–Ifremer identifiait clairement :
- l’impact direct des pluies sur les contaminations,
- l’origine anthropique des pollutions via les réseaux urbains,
- la nécessité de supprimer les rejets directs,
- l’urgence de maîtriser les eaux pluviales et les déversoirs d’orage,
- l’importance de contrôler les apports liés à la plaisance et aux activités portuaires.
Ces conclusions, considérées comme l’étude pivot du Contrat de Baie, n’ont jamais été pleinement mises en œuvre par ce même contrat....
Des responsabilités institutionnelles clairement définies par la loi
Le Code général des collectivités territoriales impose aux communes et intercommunalités :
- la gestion des réseaux d’eaux usées,
- la maîtrise des eaux pluviales,
- le contrôle des raccordements,
- la réalisation d’un schéma d’assainissement complet.
Ces obligations sont financées par les redevances payées par les usagers, confère exemple ci-dessous d'une facture d'un résident mandréen.
Le montant facturé (2 octobre 2025) à ce résident mandréen pour la collecte et la dépollution des eaux usées (assainissement) représente 53% du total, dépassant celui de la potabilisation et distribution de l’eau potable (38%).
Pourtant, malgré ces moyens et ce cadre légal, et alors que l’urbanisation du pourtour de la rade s’intensifie, les réseaux restent sous-dimensionnés, vieillissants et incapables d’absorber les épisodes pluvieux, entraînant des déversements en mer.
Ailleurs en France, les collectivités assument leurs responsabilités
Face à des crises similaires :
- Étang de Thau (2022–2026) : plaintes déposées contre l’agglomération, aides d’urgence, plus de 20 M€ mobilisés pour moderniser les réseaux.
- Pays de la Loire (2024) : plaintes pour atteinte au bon état écologique et mise en danger d’autrui.
- Côtes-d’Armor (2021) : le préfet bloque les permis de construire dans 18 communes bretonnes tant que les réseaux ne sont pas remis à niveau.
Ces décisions montrent qu’il existe des réponses fortes, courageuses et efficaces lorsque la santé publique et l’économie locale sont en jeu.
Dans la rade de Toulon : aucune mesure structurelle, seulement des vœux
Pour les conchyliculteurs de Tamaris, les seules réponses institutionnelles ont été :
- un vœu du conseil municipal,
- des demandes d’exonérations,
- des appels à l’État pour des aides financières.
Aucune décision structurante n’a été prise pour :
- moderniser l’ensemble des réseaux,
- limiter l’imperméabilisation,
- contrôler systématiquement les raccordements,
- réduire les déversements en mer.
Un paradoxe révélateur : l’ancien établissement de purification détruit … pour construire un complexe touristique
Pendant plus de 30 ans, la production conchylicole du Lazaret passait par un établissement de purification (« La Marinière ») situé à Saint-Mandrier. Fermé en 1992, le site a été urbanisé et inauguré en 2018 comme résidence touristique par le président du comité de baie. Aujourd’hui, alors que les pollutions persistent, aucune solution alternative n’a été rétablie.
Des bilans électoraux silencieux
Les maires et élus locaux, en poste depuis des décennies, n’évoquent jamais ces échecs dans leurs bilans. Pourtant, il n’y a pas de mystère, la persistance des contaminations est le résultat direct :
- D’un manque d’investissement dans les infrastructures.
- D’une gestion laxiste des réseaux et des contrôles.
- D’une priorité donnée à l’urbanisation plutôt qu’à la protection des activités traditionnelles.
La demande FNE/APE aux candidats aux prochaines élections : qu’ils s’engagent publiquement à :
- Rendre publics les rapports d’expertise sur l’état des réseaux.
- Bloquer les nouveaux projets immobiliers jusqu’à la mise aux normes des infrastructures.
- Créer un fonds d’urgence pour indemniser les conchyliculteurs et financer la dépollution.
Conclusion : Inverser enfin les priorités : santé, environnement, puis urbanisation
Le bilan est clair : malgré les alertes scientifiques, les diagnostics et les retours d’expérience, après deux décennies de retards et d’inactions, les constats sont évidents :
- les pollutions persistent,
- les réseaux sont insuffisants,
- les professionnels sont fragilisés,
- les causes sont connues,
- les solutions existent.
La contamination microbiologique de Tamaris n’est pas une fatalité. Il n’est plus acceptable de dire qu’il est urgent de construire et urgent d’attendre pour rénover les réseaux.
A l’heure des bilans électoraux, les associations FNE/APE, estiment qu’il est plus que temps d’inverser les priorités. La seule voie responsable est de déclarer dans les engagements électoraux qu’il est urgent de moderniser l’assainissement et urgent d’attendre avant d’autoriser de nouvelles constructions.
C’est la condition indispensable pour préserver la qualité des eaux marines, sauver la conchyliculture de la rade et protéger durablement la santé publique.
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Liens utiles :
- Norovirus : plainte des conchyliculteurs de Thau (Hérault Tribune, 2023)
- 20 M€ pour Thau : et Tamaris ? (Occitanie Tribune, 2026)
- Bretagne : blocage des permis de construire (La Gazette, 2021)
- Lettre ouverte : Contaminations conchylicoles à Tamaris : l’inaction n’est plus acceptable.
Depuis plusieurs jours, de nombreux échanges et questions sur les réseaux sociaux portent sur la récente contamination au norovirus des productions conchylicoles (moules et huîtres) de la zone de Tamaris. Causes, responsabilités, conséquences sanitaires : face aux approximations et aux raccourcis, l’APE souhaite apporter des éléments factuels, techniques et scientifiques afin d’éclairer le débat.
Quelle est l’origine des norovirus dans l’environnement marin ?
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) décrit clairement les mécanismes en jeu.
Les norovirus sont des virus strictement humains. Lorsqu’une personne est atteinte de gastro-entérite à norovirus, elle devient un réservoir viral et excrète de grandes quantités de virus dans ses selles. En période hivernale, lors des épidémies de gastro-entérites, ces rejets sont massifs et se retrouvent dans les eaux usées collectées dans le réseau sanitaire, puis traitées par les stations d’épuration avant rejet dans le milieu naturel.
En cas de fortes pluies, les réseaux d’assainissement peuvent être saturés. Des débordements ou rejets d’eaux usées non traitées, parfois diluées mais toujours contaminées, peuvent alors se disperser dans les eaux marines littorales et, le cas échéant, dans les zones de production conchylicole locales. C’est ce qui se produit dans zone de la baie du Lazaret-Tamaris
D’autres sources de contamination microbiologique existent également, comme le rejet accidentel en mer de filtres biomédias provenant des stations d’épuration. C’est ce que l’APE a régulièrement observé sur la presqu’ile et signalé au préfet (courrier N°APE 2022-54 du 17 novembre 2022).
En revanche incriminer une pollution microbiologique due aux fientes des oiseaux marins au moment des pluies n’apparait pas réaliste à l’échelle d’une baie comme celle du Lazaret-Tamaris. C’est une hypothèse locale mise en avant mais qui ne nous est jamais apparu comme crédible comme cela a indiqué lors de la réunion du 27 juin 2022 de la Commission régionale des cultures marines (CRCM). « FNE PACA/APE est dubitative quant à la piste de l'origine aviaire, et rappelle qu'il reste un résultat supérieur à 35000 E. coli/100ml en 2021.»
Pourquoi les huîtres et les moules sont-elles concernées ?
Les norovirus sont très résistants dans l’environnement marin, mais ils ne s’y multiplient pas, pas plus qu’ils ne se multiplient dans les huîtres. En revanche, les huîtres et les moules sont des coquillages filtreurs : une huître peut filtrer jusqu’à 5 litres d’eau de mer par heure pour se nourrir.
Ce mécanisme conduit à une concentration des virus initialement présents dans l’eau de mer, pouvant atteindre un facteur 100 dans les coquillages. La charge virale ainsi accumulée devient suffisante pour provoquer des gastro-entérites aiguës chez les personnes qui consomment ces coquillages crus ou insuffisamment cuits.
C’est ce mécanisme bien connu qui s’est une nouvelle fois produit en décembre dernier, notamment dans la rade de Toulon, comme cela a également été observé dans l’étang de Thau.
Des témoignages concordants sur le web indiquent par ailleurs qu’au cours des fortes pluies de décembre, les stations de relevage des eaux usées, en particulier celle de Saint-Elme, ont débordé, entraînant une surveste et le ruissellement d’eaux usées dans le réseau pluvial débouchant en mer.
Des alertes anciennes et des propositions ignorées
Depuis de nombreuses années, les associations FNE et APE alertent les autorités sur la contamination microbiologique chronique des eaux de la rade de Toulon et de la baie du Lazaret. Ces alertes concernent à la fois la sécurité sanitaire des consommateurs et celle des baigneurs, mais aussi l’impact sur les écosystèmes marins.
Contrairement à ce qu’affirme de façon récurrent un politicien local détracteur de nos associations, ces démarches n’ont jamais visé à nuire aux activités conchylicoles. Elles visent bien au contraire à garantir leur pérennité, en assurant une qualité des eaux compatible avec les exigences sanitaires et environnementales.
Aussi les associations préconisent notamment :
- La rénovation accélérée des secteurs vétustes des réseaux d’assainissement, afin de réduire les sources de pollution.
- Le renforcement et l’adaptation du réseau de surveillance des productions aquacoles aux spécificités hydrodynamiques de la rade.
- Une réévaluation régulière du classement sanitaire préfectoral des zones conchylicoles, condition indispensable à une gestion responsable du risque.
Ces préoccupations ont été exprimées à plusieurs reprises en réunions de la CRCM (20220627, 20230512, ifremer 20240117, 20240117) et par des courriers adressés au préfet du Var (22-58, 23-02, 23-31, 24-10)
Une gestion du risque perfectible dans le Var
Les associations ont notamment souligné les différences de gestion des épisodes pluvieux intenses entre départements, en comparant le Var et l’Hérault. En décembre 2022, à la suite d’un signalement d’épidémie de gastro-entérites, la préfète de l’Hérault avait rapidement pris des arrêtés d’interdiction de commercialisation des coquillages de l’étang de Thau.
Dans le Var, malgré des situations comparables, la gestion apparaît moins réactive. Les associations ont demandé à plusieurs reprises la communication des résultats d’analyses de norovirus sur les productions de Tamaris, sans jamais obtenir de réponse.
Les limites actuelles de la surveillance microbiologique
L’ANSES recommande aux consommateurs de s’approvisionner exclusivement dans des zones de production autorisées et contrôlées. Ces zones font l’objet d’une surveillance microbiologique fondée principalement sur la mesure d’Escherichia coli, bactérie indicatrice de contamination fécale.
Ce choix méthodologique permet une réaction rapide, car les résultats de mesure sont obtenus très rapidement. En revanche la quantification des norovirus dans les coquillages est plus longue et plus complexe. Toutefois, les prélèvements de surveillance et donc les mesures d’Escherichia coli ne sont pas systématiquement réalisés lors des épisodes pluvieux. Pourtant ce sont, précisément les périodes les plus à risque sanitaire pour les consommateurs de coquillages.
Cette lacune crée un « angle mort sanitaire » que les associations estiment nécessaire de corriger sans délai.
Par ailleurs, depuis plusieurs années, les valeurs les plus élevées de contamination sont écartées des rapports de synthèse d’Ifremer, ce qui introduit des biais d’interprétation de la qualité microbiologique réelle des eaux (Réunion CRCM du 12 mai 2023 et du 17 janvier 2024, courrier au préfet du 18 février 2024 N°APE 2024-10 et rapport FNE/APE/Les gardiens de la rade d’analyse des données historiques des contaminations bactériologiques des moules du Lazaret).
Un contexte environnemental aggravant
L’évolution climatique en cours et prévisible avec l’augmentation des pollutions entraînent déjà des effets mesurables dans la rade de Toulon : hausse de la température estivale, accumulation de plastiques et développement de germes pathogènes naturellement présents en milieu marin. C’est par exemple le cas de Vibrio parahaemolyticus, bactérie entéropathogène pouvant également contaminer les produits de la mer produisant des gastro-entérites sévères (Réunion de la CRCM du 1 décembre 2022 et courrier au préfet APE 2022-58 du 8 décembre 2022).
Conclusion : appliquer la réglementation, sans la contourner
Pour l’APE et FNE et de nombreux scientifiques il n’y aucun mystère à résoudre concernant l’origine de ces pollutions microbiologiques à répétition et « casser le thermomètre ne fait pas tomber la fièvre ».
Nier la source et les causes du problème, le réseau sanitaire vétuste à rénover, ne permet ni de protéger la santé publique, ni de sécuriser durablement les activités conchylicoles.
Aussi, les associations demandent l’application rigoureuse des critères de classement sanitaire des zones conchylicoles, tels que définis par le règlement (CE) n° 854/2004 et les instructions DGAL/SDSSA/2016-448, et en particulier :
- la révision du plan de surveillance de la zone conchylicole du Lazaret-Tamaris, avec des prélèvements systématiques lors de fortes pluies ;
- la prise en compte de l’ensemble des résultats analytiques, y compris les valeurs élevées, dans le calcul du classement sanitaire.
La transparence, l’adaptation des méthodes de contrôle et la prévention en amont sont les seules réponses responsables face à un risque sanitaire avéré.
Il en va de la protection des consommateurs, de la crédibilité des filières locales et de la qualité environnementale de la rade de Toulon.
Pour en savoir plus
- ANSES : L'investigation des toxi-infections alimentaires collectives
- ANSES : Comment éviter les intoxications alimentaires liées aux norovirus ?
- ANSES : Fiche AFSSA sur Vibrio parahaemolyticus
- Le Pèlerin du 11 février 2025 : Un an après la contamination au norovirus, les ostréiculteurs décident de briser un tabou.
- Le Figaro avec AFP édition du 12 janvier 2024: Huîtres contaminées : «Beaucoup savaient», estime une association qui porte plainte. Huîtres contaminées : «Beaucoup savaient», estime une association qui porte plainte. Le Figaro avec AFP édition du 12 janvier 2024.
Le 9 janvier 2026, le préfet du Var a pris un arrêté portant interdiction temporaire de la pêche, du ramassage, du transport, de la purification, de l’expédition, du stockage, de la distribution, de la commercialisation et de la mise à la consommation humaine des coquillages issus de la Baie du Lazaret, en raison d’une contamination par des norovirus. Cet arrêté a fait l’objet d’un communiqué de presse le 10 janvier sans préciser la source de cette contamination.
Cette décision intervient dix jours après un arrêté similaire pris le 30 décembre 2025 par la préfète de l’Hérault, concernant les productions de l’étang de Thau, également interdites à la commercialisation pour contamination virale.
Des alertes sanitaires antérieures à la décision préfectorale
Or, dès la fin décembre, de nombreux signalements de troubles digestifs sévères chez des consommateurs de coquillages de la baie du Lazaret–Tamaris ont circulé sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, près de quinze jours avant l’interdiction officielle de commercialisation.
L’APE, FNE-Var ne sont malheureusement pas surprises par cette situation puisque à de nombreuses reprises elles ont transmis au préfet leurs inquiétudes concernant l’impact de ces contaminations bactériologiques sur la santé des consommateurs des productions locales.
Des contaminations récurrentes connues de longue date
Depuis de nombreuses années (2020, 2021, etc..), les associations APE et France Nature Environnement alertent sur les contaminations microbiologiques récurrentes des productions conchylicoles du Lazaret, en particulier après les épisodes de fortes pluies.
Les causes sont bien identifiées : les dysfonctionnements des réseaux d’assainissement lors des pluies intenses, avec rejets d’eaux usées insuffisamment traitées en rade de Toulon via les déversoirs d’orage.
Pourtant, plutôt que de traiter le problème à la source, et d'adapter le réseau d’assainissement, notre association et son président évidemment ont été attaqués, certains et non des moindre, le Président du Comité de baie lui-même, allant jusqu’à mettre en cause les résultats de la surveillance bactériologique et suspecter les oiseaux comme responsables de ces contaminations...
Une étude devait être réalisée pour le démontrer mais 5 ans plus tard, les résultats ne sont toujours pas connus. Il est urgent d’attendre pour les publier peut-être ? alors que les contaminations persistent…
Une surveillance inadaptée et biaisée
Récemment, l’APE/FNE a publié un rapport d’analyse des données historiques de contamination bactériologique des moules du Lazaret. Celui-ci met en évidence un biais méthodologique majeur dans le dispositif de surveillance utilisé pour le classement sanitaire de la rade.
En effet :
- Les prélèvements officiels ne sont généralement pas réalisés en période de pluie, précisément lorsque les moules et huîtres sont le plus exposées aux contaminations microbiologiques.
- L’analyse des rapports annuels de l’Ifremer montre que la fréquence des prélèvements varie fortement selon les années, sans garantir une représentativité suffisante des situations à risque.
- L’exclusion quasi systématique des résultats d’analyse obtenus en période de précipitations, pourtant révélateurs de contaminations élevées, affaiblit gravement la représentativité de la surveillance.
- De plus, la non-prise en compte d’un nombre important de résultats supérieurs à 4 600 E. coli/100 g de chair et liquide intervalvaire, observée notamment en 2021 et 2022, introduit un biais supplémentaire dans le classement de la zone.

Casser le thermomètre ne fera pas baisser la fièvre ! Ces pratiques ne sont pas conformes à l’objectif ni aux critères de la réglementation en vigueur pour le classement sanitaire des zones conchylicoles, tels que définis par le règlement (CE) n° 854/2004 et les instructions DGAL/SDSSA/2016-448.
Des préconisations ignorées
Depuis des années, l’APE et FNE demandent une évolution de la méthodologie de surveillance, afin d’assurer une protection effective des consommateurs et une information honnête des professionnels comme du public.
Nous préconisons notamment :
- La révision du plan de surveillance de la zone conchylicole du Lazaret afin d’intégrer des prélèvements réguliers et systématiques lors des fortes précipitations, comme cela se pratique dans de nombreuses autres zones de production françaises.
- La prise en compte de l’ensemble des résultats analytiques, y compris les valeurs élevées de contamination, pour le calcul du classement sanitaire des zones de production.
Attendre encore, au détriment de la santé publique
Nous sommes ici face à un cas emblématique des conséquences de l’inaction, le fameux il est urgent d’attendre : :
- attendre pour adapter la surveillance aux réalités des réseaux d’assainissement,
- attendre pour reconnaître les situations chroniques de contamination, et
- attendre pour informer et protéger les consommateurs après de fortes pluies.
Cerise sur le gâteau, depuis mi-2024, les données de la surveillance bactériologique ne sont plus disponibles sur le site dédié de la surveillance marine (SURVAL) de l’Ifremer. Ce que nous avons déplorons régulièrement lors des réunions de la Commission des cultures marines, sans succès !
Ce n’est ni en minimisant ni en niant le problème que les autorités et les élus locaux parviendront à le résoudre.
La transparence, l’adaptation des méthodes de contrôle et la prévention en amont sont les seules réponses responsables face à un risque sanitaire avéré.
A lire :
Sécurité nucléaire, transparence, environnement et protection des populations civiles : des enjeux majeurs au cœur des échanges
France Nature Environnement (FNE) Var représentée par l’APE, a participé en tant que membre de la Commission d’information du port militaire de Toulon à la réunion du 8 janvier 2026. À cette occasion, plusieurs sujets essentiels relatifs à la sûreté nucléaire, à l’environnement, à l’information du public et à la protection des populations civiles ont été abordés avec les autorités militaires et civiles compétentes.
Transparence des travaux du comité
Lors de l’approbation du compte-rendu de la réunion du 13 janvier 2025, l’APE a signalé l’absence de pièces jointes, dont une annexe explicitement mentionnée dans le document. Les autorités se sont engagées à transmettre l’ensemble des documents manquants.
Activités du port militaire et perspectives
Les autorités ont présenté un panorama des activités menées en 2024 et 2025 ainsi que celles prévues à l’horizon 2026. Trois nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque de classe Suffren ont rejoint la base de Toulon, complétant la flotte existante de bâtiments de la classe Rubis (Perle et Améthyste). Un nouveau bassin, réceptionné en 2025, a été conçu en intégrant le risque sismique.
La période d’entretien intermédiaire du porte-avions Charles de Gaulle s’est déroulée sur huit mois pour se terminer en janvier 2024. Les travaux d’adaptation des infrastructures destinées au futur porte-avions de nouvelle génération devraient débuter en 2027 pour une mise en service prévue à l’horizon 2035.
Bilan 2024 de la sûreté nucléaire et de l’environnement
Les bilans 2024 de la sûreté nucléaire et de l’impact des activités nucléaires sur la santé et l’environnement ont été présentés par l’Autorité militaire du port.
Les effluents radioactifs liquides sont intégralement transférés hors site vers des installations spécialisées, sans rejet dans les eaux de la petite rade. Les rejets radioactifs gazeux, notamment ceux liés au porte-avions et à l’Atelier Pierre Léger, sont restés très inférieurs aux limites réglementaires en 2024. Le tritium représente la part la plus importante de ces rejets, avec 7,4 % seulement de l’autorisation annuelle. Les déchets nucléaires, essentiellement de très faible activité et en volumes limités, sont entreposés dans des installations dédiées. Les données mises à jour en 2023 sont accessibles sur le site de l’Andra.
Résultats de mesure en continue du débit de dose gamma ambiant (nanosievert/heure) d’une station installée à proximité de la base navale (200m) et d’une station plus élognée (1 km) de la base (Source réseau Teleray-ASNR).
Les résultats de mesure en continue de la dose gamma ambiante des différentes stations Marine installées sur la base navale n’ont pas montré d’anomalie des niveaux habituels, ni celles du système Téléray de l’ASNR.
Les mesures des radionucléides sur des échantillons des différents compartiments de l’environnement (air, mer, sols, chaîne alimentaire) ne montrent aucune augmentation de la radioactivité imputable aux activités nucléaires du site. L’exposition annuelle maximale estimée pour la population riveraine à partir des données de rejets radioactifs est infime (inférieure à 1 nanosievert/an), très largement en deçà de la radioactivité naturelle en France (de l’ordre en moyenne nationale de 3 millisievert/an) et du seuil réglementaire (1 millisievert).
Plusieurs exercices de sécurité nucléaire ont par ailleurs été conduits en 2024.
Exercice national PPI 2026 – ORSEC
L’autorité préfectorale a présenté l’exercice national PPI nucléaire prévu du 1er au 2 avril 2026. Il simulera un accident sur un sous-marin de classe Suffren impliquant des mesures de mise à l’abri des populations. Cet exercice sera accompagné d’actions pédagogiques à destination des élèves des établissements scolaires, centrées sur la culture du risque et de la résilience.
Application du Plan particulier d’intervention nucléaire
FNE/APE a salué la mise à disposition des comprimés d’iode en janvier 2025 dans les communes concernées à la suite de la mise en application du nouveau PPI nucléaire du port (voir notre dossier 2025). Il a été précisé par l’Autorité préfectorale que trois millions de comprimés ont été commandés, que tous les établissements publics (toutes les écoles) ont été dotés, et qu’environ 19 % de la population des quatre communes concernées a retiré ses comprimés en pharmacie.
FNE/APE a en revanche réitéré sa demande d’installation d’une station de mesure du débit de dose au sud de la base navale, dans l’axe du mistral et à proximité de la presqu’île de Saint-Mandrier. Cette demande sera transmise aux autorités compétentes (ASNR, DSND). L’association a également regretté l’absence de publication en temps réel des données de débit de dose gamma ambiant de l’ensemble des stations de la base navale et l’absence de nouveaux résultats de mesure du tritium dans l’eau de mer, radionucléide important pour son rôle d’indicateur précoce d’éventuelle contamination.
Accident sur le chantier de la zone Milhaud
L’accident survenu le 18 août 2024 lors des travaux de refonte d’un appontement, ayant blessé quatre salariés, a été évoqué. Les autorités ont indiqué que l’état de santé des blessés est désormais rétabli. Les enquêtes judiciaire et technique sont toujours en cours.
Les travaux ne reprendront pas dans cette zone avant leurs conclusions et des adaptations des procédures sous-marines sont d’ores et déjà prévues. Aucun impact sur les activités nucléaires du port militaire n’a été constaté.
Épaves dans la petite rade de Toulon
FNE/APE a rappelé les risques persistants liés aux épaves encore présentes dans la rade, notamment à proximité du site du Lazaret (voir notre dossier 2025), en particulier pour la navigation, y compris des bâtiments à propulsion nucléaire, l’environnement marin et notamment au regard des risques de pollution chimique à proximité des zones de conchyliculture et de pisciculture.
Les autorités ont indiqué que les opérations avaient été financées par des crédits du Fonds vert qui ne pouvaient concerner que des opérations en littoral civil, mais qu’une intervention pourrait être envisagée ultérieurement à l’occasion d’autres opérations de travaux.
Contexte sécuritaire et protection des populations civiles
Enfin, FNE/APE a interrogé les autorités sur les survols de drones non identifiés signalés depuis l’automne 2025 au-dessus de sites militaires sensibles (Brest) et sur la préparation des populations civiles dans un contexte international marqué par la perspective de conflits de haute intensité.
Les autorités ont indiqué que ces sujets relevaient du domaine classifié et ne pouvaient être ni confirmés ni infirmés. Par contre, elles ont affirmé leur confiance dans les dispositifs de défense existants et dans la résilience locale, reposant notamment sur une forte présence militaire et les exercices interarmées.
France Nature Environnement Var et l’APE rappellent l’importance d’une information transparente, accessible et régulière à destination des citoyens, en particulier dans un territoire qui concentre des installations militaires et nucléaires majeures, et continueront à porter ces exigences au sein des instances de concertation.
Pour en savoir plus :
Ce matin, au lever du soleil, la super lune se couchait sur la rade. Dernière pleine lune de l’année, la plus extrême avant 2042, baptisée la « pleine lune froide », elle offrait un spectacle rare, que les lève tôt ont admiré depuis Saint-Mandrier. De quoi donner envie de sortir l’appareil photo pour partager ce moment avec celles et ceux qui dormaient encore… ou qui n’auront pas la patience d’attendre 17 ans, n’en déplaise au grincheux du coin.
Sur les premières photos, la lune, de belle taille, semble se faufiler entre les gréements des voiliers du port de Saint-Mandrier. Elle éclaire le littoral de la rade et les navires qui s’en échappent, comme le dernier bâtiment ravitailleur de force Jacques Stosskopf arrivé à Toulon le 31 juillet dernier.
Quelques heures plus tard, en début de soirée, la lune a fait son tour et se lève à nouveau, cette fois au-dessus de Toulon. Le décor est moins poétique : au premier plan, les panaches des navires de la Corsica Ferries, Mega Express Two et Mega Andrea, battant pavillon italien, continuent de rejeter leurs fumées dans l’atmosphère de la rade, sans branchement électrique à quai depuis le matin (Photographies prises ce matin 5 décembre 2025 entre 7h00 et 8h30 à et entre 17h30 et 18h00).
Les graphiques des stations Atmosud de mesure de la qualité de l’air du Claret et du Terminal Cote d'Azur ainsi qu'un capteur citoyen installé bd de Strasbourg montrent des niveaux de dioxyde d'azote (NO2) qui atteignent un maximum à 63.7 µg/m3 en soirée à 17h45 (TU+1) au niveau de la station à proximité des cheminées des ferries, valeur nettement plus élevée que l'objectif de qualité retenu en France de 40 µg/m³ et de 10 µg/m³ recommandée en 2021 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en moyenne annuelle. (L'axe des abscisses est donné en heure TU, l'heure d'hiver correspond à TU+1).
Tout irait donc bien d’après le bonimenteur local, puisqu’officiellement aucune hausse des polluants ne serait mesurée en moyenne dans l’air que nous respirons. Les panaches visibles à l’œil nu ne seraient donc… pas de la pollution. Une situation qui rappelle étrangement « La Trahison des images » , de René Magritte : ce que l’on voit ne correspond pas toujours à ce qui est écrit…
Ainsi, devant le Mega Express Two, on pourrait presque légender : « Ceci n’est pas un panache de pollution ». Pourtant, le ciel, nos poumons et ceux de nos enfants, eux, ne s’y trompent pas. (Photographie prises ce matin 5 décembre 2025 à 8h24).
L’APE se bat pour que nos élus regardent la réalité en face et agissent concrètement pour la qualité de l'air de notre Rade, même lorsque les capteurs sont muets !
Rejoignez l'APE pour agir ou faites un don pour soutenir nos actions,
Ah, la douce existence du cormoran moderne. Autrefois, c’était poissons, rochers et horizon dégagé. Aujourd’hui, c’est sardines, sacs plastique et parfums au carburant, édition spéciale port urbain 2025.
Je me perche sur les rochers au bout de la digue, en sortie de port, comme d’habitude. Sauf que désormais, j’ai vue panoramique sur le grand parc d’attractions des déchets flottants. À la surface, ça brille presque autant que le décor de Noël en cours d’installation, sauf que ce ne sont pas des guirlandes, mais des bouts de plastique et des films d’hydrocarbures.
La navette passe, les voitures défilent, tout le monde fait sa petite vie. Moi, je les regarde de loin, entre deux plongées dans ce bouillon de culture chimique. Avant d’ouvrir mes ailes pour sécher mes plumes au moindre rayon de soleil, j’ai droit à mon rituel : décrassage intensif des plumes, version « spa au gasoil ». Personne ne mettrait un orteil là-dedans, mais pour pêcher, il faut bien s’y coller.
L’eau a l’air froide et claire, si on ne regarde pas trop longtemps, presque propre vue que c’est la saison où le phytoplancton est plutôt timide. Mais en y regardant de près, c’est le festival: plastiques, débris, macro/micro-morceaux de civilisation qui flottent au milieu des méduses Pelagia, et au fond ce n’est pas mieux. Un joli voile de carburant complète le tout en recouvrant quasiment toute la surface du port, une ambiance parfum « eau de port 95 octane ». Un petit arc-en-ciel à la surface, très instagrammable, si on oublie que ça tue tout ce qui vit dessous, lentement mais surement...
Alors oui, la vie de cormoran, c’est sympa. Mais si les humains pouvaient éviter de transformer mon terrain de pêche en décharge flottante, ce serait encore mieux. En attendant, je pose, ailes déployées : « édition limitée, dernier cormoran avant rupture de stock ».
#Cormoran #PollutionDuPort #SaintMandrier #Plastique #FauneMarineFatiguée
Alors que la COP30 bat son plein à Belém (Brésil) du 10 au 21 novembre, les espoirs d'avancées climatiques s'amenuisent. Les émissions mondiales de CO2 atteignent près de 60 milliards de tonnes en 2025, en hausse de 2,3 % sur un an, malgré les engagements de l'Accord de Paris. Le Brésil, hôte de la conférence, annonce une baisse de 16,7 % de ses propres émissions, mais les contradictions persistent : exploitation pétrolière offshore et projets agro-industriels contribuent toujours au réchauffement climatique. António Guterres, secrétaire général de l'ONU, alerte sur une trajectoire de +2,5 °C d'ici 2100 si les NDC (contributions nationales) ne sont pas renforcées. L'Afrique, émettant moins de 4 % des GES mondiaux, exige une "justice climatique" et des compensations.
Et chez nous ? Novembre 2025 confirme le réchauffement climatique : records de douceur en France avec +6 à 10 °C au-dessus des normales (24 °C à Biarritz, 19,3 °C en Sarthe !). Seulement 10 % du territoire a connu une gelée en ce début de mois (contre 40 % habituellement), et le réchauffement mondial frôle les +0,8 °C. L'Arctique montre des écarts +15 °C au-dessus des normales, impactant la banquise.
Le Mega Andrea de la Corsica Ferries battant pavillon italien quitte la petite rade de Toulon tout panache de polluants dehors ce 12 novembre 2025 à 20h00.
Mais regardez ces photographies prises ce soir : un navire Corsica Ferries sort de la rade de Toulon en crachant un épais nuage de fumée ! Preuve criante que les promesses locales restent lettre morte. Malgré l'investissement de 20 M€ (69 % public) dans le branchement électrique à quai (Cenaq, enfin opérationnel depuis février 2025), seuls 39 branchements sur 836 escales (moins de 5 %) ont eu lieu au 26 octobre. "Ça fait cher l'escale", grince Philippe Leroy, élu métropolitain (Var-Matin du 3 octobre 2025).
La mairie de Toulon et la métropole TPM avec son 5ème vice-président chargé parait-il de la protection de l’environnement, développement durable, transition écologique et énergétique visaient 300 branchements, et une réduction de 80 % des émissions de gaz et particules fines. Résultat ? Les moteurs au fuel tournent encore, polluant l'air des riverains du Mourillon, du Faron et de Saint-Mandrier. La mairesse Josée Massi aurait écrit à Pierre Mattei (PDG Corsica Ferries) pour exiger le branchement systématique et la fin des "panaches noirs". Le maire de Saint-Mandrier quant à lui très courageusement et comme à son habitude pour déporter le débat des idées sur les personnes s’en prend aux « écolo-bobos de l’APE », …
Ces fumées locales symbolisent l'inaction globale et locale : alors que la COP parle finance et coopération, nos poumons étouffent sous les rejets de polluants des navires. L'APE alerte : il est urgent d'imposer le branchement électrique à quai (avec des sanctions si besoin) et de monitorer les émissions portuaires pour pousser à la modernisation de la flotte de ferries avec des navires plus propres. Protégeons notre rade, notre presqu’ile et notre santé !
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#COP30 #ClimatUrgent #PollutionToulon #APE83430
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