Le communiqué de presse publié le 21 février 2026 par les services de l’État et les collectivités territoriales confirme le maintien de l’interdiction de collecte et de consommation des coquillages issus de la baie du Lazaret, dans la rade de Toulon, en raison d’une contamination persistante au norovirus.
En vigueur depuis le 6 janvier 2026, cette mesure fait suite aux analyses sanitaires ayant mis en évidence la présence persistante début février du virus, dans un contexte d’intempéries répétées et de risques élevés à très élevés de gastro-entérites virales.
Si les autorités annoncent des dispositifs de soutien aux conchyliculteurs impactés, cet épisode sanitaire soulève des enjeux plus larges qui dépassent la seule dimension économique.
Le norovirus : un indicateur de contamination des milieux (voir les explications ici)
La contamination au norovirus n’est ni un phénomène rare ni imprévisible. Bien connu des scientifiques et des autorités sanitaires, il constitue un marqueur typique de contamination microbiologique des eaux, le plus souvent d’origine fécale.
Les coquillages, organismes filtreurs, concentrent naturellement les micro-organismes présents dans leur environnement. Ils deviennent ainsi des sentinelles particulièrement sensibles de la qualité sanitaire des masses d’eau côtières.
Lors d’épisodes pluvieux importants, les réseaux d’eaux usées et d’eaux pluviales peuvent être la cause des contaminations : débordements, rejets insuffisamment traités, dysfonctionnements d’ouvrages ou ruissellements chargés en contaminants. Autant de mécanismes susceptibles de favoriser la diffusion de virus entériques vers le milieu marin.
À la lumière des événements récents, il apparaît tout aussi essentiel de s’interroger sur l’efficacité et l’application du système d’alerte sanitaire. Son amélioration constitue un enjeu majeur pour éviter la répétition des nombreux cas de gastro-entérites observés ces dernières semaines. Ces situations soulèvent également, de manière légitime, la question des responsabilités dans la prévention des risques sanitaires et de la protection des populations.
Une problématique déjà documentée sur le territoire
Cette nouvelle interdiction intervient dans un contexte que l’APE a déjà eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises : la vulnérabilité des zones littorales face aux contaminations microbiologiques et la question récurrente de l’état des réseaux d’assainissement.
Les épisodes de pollution affectant les eaux de baignade ou les zones conchylicoles ne relèvent pas uniquement d’aléas climatiques. Ils traduisent également des fragilités structurelles : vieillissement des infrastructures, surcharge des systèmes unitaires, artificialisation des sols accentuant les ruissellements, pressions urbaines croissantes.
Ces facteurs sont aujourd’hui bien identifiés dans la littérature scientifique et dans de nombreux rapports institutionnels.
Des aides économiques nécessaires mais non suffisantes
Les mesures annoncées par l’État, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Métropole Toulon Provence Méditerranée et le Conseil départemental du Var visent légitimement à soutenir la trésorerie des entreprises conchylicoles et à limiter les impacts sociaux de la crise.
Ces dispositifs – aides « de minimis », activité partielle, allègement des redevances domaniales – constituent des réponses d’urgence indispensables. En revanche, il n’est pas mentionné de soutien ou d’indemnisation des personnes malades, professionnels indépendants qui perdent des jours de travail.
Mais ils ne sauraient occulter la question centrale : comment réduire durablement la probabilité et la fréquence de ces crises sanitaires ?
Prévention, infrastructures et qualité des eaux : un enjeu majeur de santé publique
Les contaminations virales du milieu marin rappellent une réalité fondamentale : la qualité des eaux littorales dépend directement des choix d’aménagement, de l’état des réseaux et des politiques publiques d’assainissement.
Dans un contexte de période électorale où les annonces et engagements se multiplient, il est utile de rappeler que la résolution de ces problématiques repose avant tout sur des actions structurelles, durables et vérifiables dans le temps, de la responsabilité des municipalités et du préfet.
Les débats publics récents illustrent d’ailleurs les divergences d’analyse sur ces sujets. Certaines explications avancées tendent à banaliser les phénomènes observés, comme celles du maire de Saint Mandrier, M. Vincent, et l’urgence d’attendre en les attribuant exclusivement à des mécanismes naturels, comme les variations de pression atmosphérique ou la montée temporaire du niveau marin lors d’épisodes pluvieux, présentés comme des situations normales à l’échelle méditerranéenne.
Si ces mécanismes physiques existent bien entendu, ils ne sauraient à eux seuls expliquer des contaminations virales récurrentes, dont les déterminants sont largement documentés par les connaissances scientifiques en matière d’assainissement, d’hydrologie urbaine et de qualité des eaux.
Une vigilance collective indispensable
L’APE rappelle que ces épisodes ne doivent pas être analysés comme de simples événements anecdotiques mais comme des signaux d’alerte.
Ils invitent à une réflexion globale sur la gestion des eaux usées et pluviales, l’urbanisation des bassins versants, la résilience des équipements publics et la protection des milieux côtiers.
Garantir durablement la qualité sanitaire des eaux littorales constitue un impératif qui engage l’ensemble des acteurs publics et privés.
Le 4 février 2026, la Préfecture du Var a confirmé le maintien de l’interdiction de collecte, de vente et de consommation des coquillages (huîtres, moules, palourdes) issus de la Baie du Lazaret, dans la rade de Toulon. Cette mesure, prise initialement par arrêté préfectoral du 9 janvier dernier, fait suite à de nouvelles analyses sanitaires du 29 janvier qui ont révélé la présence persistante de norovirus dans les coquillages.
Ce maintien intervient dans un contexte environnemental particulièrement dégradé : des épisodes de fortes pluies depuis le 18 janvier ont affecté le bassin versant de la rade, saturant les réseaux d’assainissement et favorisant les rejets d’eaux usées dans les milieux naturels, contribuant à la contamination microbiologique des milieux littoraux comme la Baie du Lazaret.
Ainsi, le bulletin hebdomadaire du réseau sentinelle pour la semaine dernière montre un taux d’incidence élevé de diarrhée aiguë en région PACA. Le taux d’incidence de diarrhée aiguë est de 227 cas pour 100 000 habitants, plus du double de celui pour la France à 101 cas pour 100 000 habitants.
Littoral de la rade et submersions
Parallèlement à ces préoccupations sanitaires, notre littoral continue de subir les conséquences des événements météorologiques extrêmes. Les phénomènes de pluies intenses conjointement à une pression barométrique basse et des vagues ont entraîner des phénomènes de submersion marine.
Les routes longeant la baie du Lazaret à Tamaris et au niveau des ports de La Seyne et Saint-Mandrier ont été submergées comme c’est le cas par fortes pluies
En particulier, les zones basses et portuaires de la rade, déjà fragilisées par des pressions multiples (urbanisation, assainissement, climat), montrent une vulnérabilité accrue aux inondations et aux intrusions marines. Cette vulnérabilité ne concerne pas seulement la sécurité sanitaire avec la consommation des coquillages, mais aussi l’intégrité des milieux naturels sensibles et à terme la sécurité des habitants et de leurs habitations dans ces secteurs littoraux.
Une alerte qui dépasse la conchyliculture
Les eaux usées non maîtrisées lors des épisodes pluvieux, combinées à la montée du niveau de la mer et à des réseaux d’assainissement parfois saturés, créent un terrain propice aux contaminations récurrentes des zones conchylicoles et des eaux baignables.
Il est essentiel que les autorités compétentes (État, Métropole, communes) s’engagent de manière plus déterminée dans :
- l’adaptation des réseaux d’assainissement à l’augmentation de population et pluviaux face aux pluies méditerranéennes intenses ;
- la surveillance sanitaire continue des zones littorales sensibles, y compris en conditions post-pluvieuses ;
- la communication claire et transparente envers les professionnels et le grand public. En effet, aujourd’hui aucune donnée n’est disponible sur les niveaux de contamination des mollusques depuis avril 204 sur le site de l’Ifremer.
Notre littoral, ses activités traditionnelles et la santé publique ne peuvent plus être sacrifiés au nom d’une gestion par défaut. L’alerte sanitaire de la Baie du Lazaret doit servir de déclencheur pour repenser la protection environnementale et sanitaire du bassin de la rade de Toulon.
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Ensemble, nous pouvons faire bouger les lignes.
À la suite de notre publication concernant la contamination bactériologique du port de Saint-Mandrier, les habituels dénigreurs de l’APE se sont exprimés sans retenue. Aussi, nous souhaitons apporter une clarification claire et sans ambiguïté sur le sens de notre démarche notamment aux pratiquants des joutes provençales.
L’APE ne s’attaque ni aux joutes provençales, ni à aucun sport nautique. Les joutes font partie intégrante de l’histoire, de l’identité et de la culture de Saint-Mandrier. Elles doivent pouvoir continuer à être pratiquées, transmises et vécues avec fierté.
Notre démarche vise un seul objectif : La protection de la santé des personnes, qu’il s’agisse de jouteurs, de baigneurs, de plongeurs, de plaisanciers ou de leurs proches.
Les conditions environnementales ont évolué au fil des années : augmentation du nombre de bateaux dans le port, accroissement de la population, rejets liés aux eaux de ruissellement après les pluies de plus en plus fréquentes, épisodes de contamination récurrents. Ces éléments font que la situation actuelle ne peut plus être comparée à celle d’il y a plusieurs décennies.
Lorsque les indicateurs bactériologiques sont élevés, ils peuvent révéler la présence d’autres germes pathogènes non systématiquement mesurés. La contamination n’est pas toujours immédiatement perceptible et ne provoque pas nécessairement des symptômes chez tous les individus.
C’est pourquoi l’APE demande simplement la mise en place de contrôles microbiologiques de l’eau avant les entraînements ou les épreuves, en particulier après de fortes pluies, comme cela se pratique dans de nombreux sports nautiques et comme cela a été fait récemment pour les activités dans les eaux de la Seine depuis les épreuves olympiques.
Quelles sont les raisons qui justifient que ces contrôles bactériologiques ne sont pas réalisés sur les eaux du port de Saint-Mandrier, mystère comme diraient certains ?
Prévenir un risque, ce n’est pas interdire une pratique. C’est permettre qu’elle se poursuive durablement et en toute sécurité.
L’APE agit depuis des années sur l’ensemble des problématiques liées à la qualité de l’eau : port, rade, baignade, productions mytilicoles et ostréicoles. Nous ne sommes ni contre les sportifs, ni contre les professionnels de la mer. Nous sommes pour l’amélioration de la qualité de l’eau, au bénéfice de toutes et tous.
Notre volonté est simple : que jouteurs, baigneurs, plongeurs, voileux et familles puissent continuer à vivre en harmonie avec la mer, sans mettre leur santé en danger.
Nous regrettons enfin que certains élus de la commune cherchent à instrumentaliser ce débat sanitaire en établissant un lien entre l’APE et la liste d’opposition, essayant de créer la polémique afin d’éviter d’aborder le fond du sujet. Créer la confusion en dénigrant ceux qui ne pensent pas comme eux semble être leur mantra.
L’APE est une association indépendante, qui agit depuis plus de 40 ans sur les questions de santé environnementale et de qualité de vie, en dehors de tout engagement partisan. Réduire ces enjeux à une manœuvre politique ne sert ni l’intérêt général, ni la protection de la santé des habitantes et habitants.
De notre côté, le dialogue reste ouvert, dans le respect mutuel et l’intérêt général.
À Saint-Mandrier-sur-Mer, cette question engage directement la responsabilité des autorités publiques. Depuis plusieurs années, l’APE alerte sur l’état sanitaire des eaux du port, sans réponse adaptée.
À la veille d’une grande compétition nationale de joutes provençales, l’Association de protection de l’environnement a donc pris ses responsabilités en réalisant des analyses indépendantes.
Les résultats sont sans appel : les eaux du port présentent une contamination fécale significative, incompatible avec la sécurité sanitaire des sportifs.
Ces résultats font l’objet d’un rapport qui vise à informer, alerter et rappeler que la protection de la santé publique ne saurait être reléguée derrière les impératifs événementiels ou politiques.
Port de Saint-Mandrier-sur-Mer : Un bassin semi-fermé où le renouvellement des eaux est lent, favorisant l’accumulation des polluants microbiologiques, en particulier après les épisodes pluvieux.
Contexte
Des entraînements et des épreuves de joutes sont organisés chaque année dans le port de Saint-Mandrier-sur-Mer, un espace pourtant interdit à la baignade au regard des réglementations européenne et nationale en vigueur.
Signes visibles de pollution chronique : Turbidité élevée, irisations de surface et présence de déchets témoignent d’apports récurrents de polluants dans les eaux du port.
Depuis plusieurs années, des signes de pollution chronique sont observés par l’APE dans les eaux du port : turbidité élevée, notamment lors des épisodes pluvieux intenses, dépôts vaseux importants, irisations en surface, présence de déchets de toutes sortes (plastiques, etc.).
Exutoires pluviaux en activité : Lors des pluies, les eaux de ruissellement lessivent routes et quais, entraînant bactéries et polluants directement dans le bassin portuaire.
Des rejets parfois importants sont également constatés au niveau des nombreux exutoires du réseau d’eaux pluviales débouchant dans le port.
Plages à proximité immédiate du port : Les plages du Canon, du Touring et de La Vieille font régulièrement l’objet d’interdictions de baignade pour cause de contamination microbiologique. (Photographie de l’accès de la plage de La Vieille prise le 28 août 2025).
Les contrôles bactériologiques réglementaires réalisés en période estivale sur les eaux de baignade des plages situées à la sortie du port (plages du Canon, du Touring et de La Vieille) montrent régulièrement des niveaux élevés de contamination microbiologique, conduisant à des interdictions temporaires de baignade.
Ces contrôles mesurent les concentrations en Escherichia coli (E. coli) et en entérocoques intestinaux, bactéries indicatrices de contamination fécale (BIF), conformément à la directive européenne 2006/7/CE et au Code de la santé publique.
Contact direct avec une eau contaminée : La nage dans le port lors d’épreuve de triathlon par exemple et les chutes répétées lors des joutes exposent les sportifs à des risques d’infections gastro-intestinales, cutanées et ORL.
Le signalement de ces pollutions chroniques a été transmis à la commune, aux services préfectoraux, à l’Agence régionale de santé (ARS) du Var et à l’autorité portuaire, accompagné d’une demande de contrôles microbiologiques des eaux du port avant la délivrance d’autorisations pour des activités sportives, comme les épreuves de joutes, impliquant un contact direct avec l’eau.
L’objectif de cette étude est d’évaluer les risques microbiologiques encourus par les participants à ces épreuves.
Baignade interdite dans les ports : une règle de salubrité publique : L’interdiction de baignade vise à protéger la santé des personnes. Elle ne peut être levée sans garanties sanitaires solides.
Méthode
La veille de la Coupe de France des joutes provençales organisée dans le port de Saint-Mandrier-sur-Mer, un prélèvement d’eau a été réalisé par l’APE le 29 août 2025 à 7 h 45, dans la zone où se déroulent les joutes. L’échantillon a été confié au Laboratoire départemental d’analyses et d’ingénierie du Var (LDAI) afin de déterminer les concentrations en E. coli et en entérocoques intestinaux.
Résultats
Les analyses ont mis en évidence les concentrations suivantes :
- 480 entérocoques / 100 mL et 410 E. coli / 100 mL
Ces valeurs élevées indiquent une contamination bactériologique significative d’origine fécale des eaux du port.
Risques sanitaires
La concentration en entérocoques intestinaux (480 e/100 mL) conduit à qualifier l’échantillon d’eau du port de « mauvais », car elle dépasse la valeur guide de 370 entérocoques/100 mL, correspondant à une qualité insuffisante justifiant une interdiction de baignade.
Ces résultats confirment l’existence d’un risque microbiologique pour les personnes exposées aux eaux du port ou aux embruns. Les seuils réglementaires applicables aux eaux de baignade ne sont donc pas respectés.
De telles concentrations peuvent entraîner des infections gastro-intestinales, cutanées ou urinaires, otites, en particulier chez les populations les plus vulnérables.
Conclusion
Les contaminations microbiologiques observées confirment que l’interdiction de baignade dans les ports constitue une mesure de précaution sanitaire essentielle, qui devrait être strictement respectée en l’absence de contrôles adaptés.
Lorsque des dérogations sont envisagées, des mesures de prévention renforcées doivent impérativement être mises en œuvre.
Actions urgentes proposées
- Interdire l’organisation des joutes dans le port en l’absence de contrôles préalables des concentrations en bactéries indicatrices de contamination fécale (BIF).
- Conditionner toute autorisation à la prise en compte, au-delà des seuls seuils microbiologiques, de paramètres complémentaires, tels que ceux recommandés par la fédération World Aquatics, notamment: les conditions météorologiques récentes (précipitations abondantes) et des paramètres « d’inspection sanitaire » de l’eau, incluant la présence d’algues, de déchets, de contaminants de surface, la clarté de l’eau et les odeurs.
- Réduire l’exposition des sportifs aux eaux contaminées en mettant en place des douches permettant un rinçage abondant immédiatement après les épreuves, et en limitant autant que possible le temps de port des vêtements mouillés, afin de diminuer la durée de contact cutané et ORL avec l’eau du port.
- Limiter les « portes d’entrée » cutanées en portant une attention particulière aux lésions de la peau avant les épreuves (protection et recouvrement des plaies), et en assurant après les épreuves une désinfection efficace de celles-ci.
- Mettre en place un système d’alerte précoce en cas d’incident ou de conditions à risque, permettant de déclencher de nouveaux contrôles et, le cas échéant, de reporter les épreuves durant une période de sécurité d’au moins 72 heures, par principe de précaution, en l’absence de quantification précise des risques selon les agents ou substances en présence.
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Après notre article du 17 janvier 2026 consacré à la contamination au norovirus des productions conchylicoles de Tamaris, il est indispensable de revenir sur l’historique des pollutions microbiologiques dans la petite rade et sur les responsabilités qui, depuis plus de vingt ans, n’ont jamais été réellement assumées.
La baie du Lazaret est depuis des siècles le siège d'activités multiples qui cohabitent, pouvant engendrer des conflits d'usage : la navigation (militaire, commerce, ferries, plaisance, transports publics, des activités industrielles (réparation navale, portuaires Pin Rolland, Marine Nationale, petite mer...) d’un côté, des activités de tourisme et de loisirs nautiques, une activité de pêche, de production conchylicole et aquacole de l’autre côté.
Des pollutions récurrentes… et des explications changeantes
Depuis 2014, les épisodes de contamination des eaux et des coquillages se succèdent : E. coli, norovirus, interdictions de vente, pertes économiques majeures pour les professionnels. À chaque crise, les causes avancées varient :
- mystérieuse pollution (2014)
- station de relevage militaire (2014),
- des canalisations bouchées dans des copropriétés (2014),
- des « points noirs » chez des particuliers (2015),
- des oiseaux (2020),
- des immeubles mal raccordés (2026).
Cette succession d’hypothèses, souvent contradictoires, masque un fait constant : les réseaux d’assainissement et pluviaux de la métropole sont vétustes, insuffisants et saturent régulièrement lors des épisodes pluvieux.
De nombreux exutoires du réseau pluvial débouchent dans la baie du Lazaret et les eaux de la rade apparaissent turbides après des pluies importantes.
Pourtant, les diagnostics existent depuis plus de 20 ans
Dès 2002, une étude conjointe SIAT–Ifremer identifiait clairement :
- l’impact direct des pluies sur les contaminations,
- l’origine anthropique des pollutions via les réseaux urbains,
- la nécessité de supprimer les rejets directs,
- l’urgence de maîtriser les eaux pluviales et les déversoirs d’orage,
- l’importance de contrôler les apports liés à la plaisance et aux activités portuaires.
Ces conclusions, considérées comme l’étude pivot du Contrat de Baie, n’ont jamais été pleinement mises en œuvre par ce même contrat....
Des responsabilités institutionnelles clairement définies par la loi
Le Code général des collectivités territoriales impose aux communes et intercommunalités :
- la gestion des réseaux d’eaux usées,
- la maîtrise des eaux pluviales,
- le contrôle des raccordements,
- la réalisation d’un schéma d’assainissement complet.
Ces obligations sont financées par les redevances payées par les usagers, confère exemple ci-dessous d'une facture d'un résident mandréen.
Le montant facturé (2 octobre 2025) à ce résident mandréen pour la collecte et la dépollution des eaux usées (assainissement) représente 53% du total, dépassant celui de la potabilisation et distribution de l’eau potable (38%).
Pourtant, malgré ces moyens et ce cadre légal, et alors que l’urbanisation du pourtour de la rade s’intensifie, les réseaux restent sous-dimensionnés, vieillissants et incapables d’absorber les épisodes pluvieux, entraînant des déversements en mer.
Ailleurs en France, les collectivités assument leurs responsabilités
Face à des crises similaires :
- Étang de Thau (2022–2026) : plaintes déposées contre l’agglomération, aides d’urgence, plus de 20 M€ mobilisés pour moderniser les réseaux.
- Pays de la Loire (2024) : plaintes pour atteinte au bon état écologique et mise en danger d’autrui.
- Côtes-d’Armor (2021) : le préfet bloque les permis de construire dans 18 communes bretonnes tant que les réseaux ne sont pas remis à niveau.
Ces décisions montrent qu’il existe des réponses fortes, courageuses et efficaces lorsque la santé publique et l’économie locale sont en jeu.
Dans la rade de Toulon : aucune mesure structurelle, seulement des vœux
Pour les conchyliculteurs de Tamaris, les seules réponses institutionnelles ont été :
- un vœu du conseil municipal,
- des demandes d’exonérations,
- des appels à l’État pour des aides financières.
Aucune décision structurante n’a été prise pour :
- moderniser l’ensemble des réseaux,
- limiter l’imperméabilisation,
- contrôler systématiquement les raccordements,
- réduire les déversements en mer.
Un paradoxe révélateur : l’ancien établissement de purification détruit … pour construire un complexe touristique
Pendant plus de 30 ans, la production conchylicole du Lazaret passait par un établissement de purification (« La Marinière ») situé à Saint-Mandrier. Fermé en 1992, le site a été urbanisé et inauguré en 2018 comme résidence touristique par le président du comité de baie. Aujourd’hui, alors que les pollutions persistent, aucune solution alternative n’a été rétablie.
Des bilans électoraux silencieux
Les maires et élus locaux, en poste depuis des décennies, n’évoquent jamais ces échecs dans leurs bilans. Pourtant, il n’y a pas de mystère, la persistance des contaminations est le résultat direct :
- D’un manque d’investissement dans les infrastructures.
- D’une gestion laxiste des réseaux et des contrôles.
- D’une priorité donnée à l’urbanisation plutôt qu’à la protection des activités traditionnelles.
La demande FNE/APE aux candidats aux prochaines élections : qu’ils s’engagent publiquement à :
- Rendre publics les rapports d’expertise sur l’état des réseaux.
- Bloquer les nouveaux projets immobiliers jusqu’à la mise aux normes des infrastructures.
- Créer un fonds d’urgence pour indemniser les conchyliculteurs et financer la dépollution.
Conclusion : Inverser enfin les priorités : santé, environnement, puis urbanisation
Le bilan est clair : malgré les alertes scientifiques, les diagnostics et les retours d’expérience, après deux décennies de retards et d’inactions, les constats sont évidents :
- les pollutions persistent,
- les réseaux sont insuffisants,
- les professionnels sont fragilisés,
- les causes sont connues,
- les solutions existent.
La contamination microbiologique de Tamaris n’est pas une fatalité. Il n’est plus acceptable de dire qu’il est urgent de construire et urgent d’attendre pour rénover les réseaux.
A l’heure des bilans électoraux, les associations FNE/APE, estiment qu’il est plus que temps d’inverser les priorités. La seule voie responsable est de déclarer dans les engagements électoraux qu’il est urgent de moderniser l’assainissement et urgent d’attendre avant d’autoriser de nouvelles constructions.
C’est la condition indispensable pour préserver la qualité des eaux marines, sauver la conchyliculture de la rade et protéger durablement la santé publique.
Notre association vit grâce à l’énergie de ses bénévoles… et grâce à vous.
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Liens utiles :
- Norovirus : plainte des conchyliculteurs de Thau (Hérault Tribune, 2023)
- 20 M€ pour Thau : et Tamaris ? (Occitanie Tribune, 2026)
- Bretagne : blocage des permis de construire (La Gazette, 2021)
- Lettre ouverte : Contaminations conchylicoles à Tamaris : l’inaction n’est plus acceptable.
- 17 janvier 2026 – Contamination au norovirus des productions conchylicoles de Tamaris : comprendre les mécanismes et les enjeux sanitaires
- 10 janvier 2026 – Alerte sanitaire : contamination bactériologique des productions conchylicoles du Lazaret–Tamaris
- 8 janvier 2026 : Réunion Commission d’information du port militaire de Toulon
- 5 décembre 2025 : Elle est bien belle notre super lune
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