Il y a 1 an, le 15 mars 2025, un recours gracieux de l’APE, FNE-Var et FNE-PACA demandait au ministère de la Défense l’annulation du Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) du site d’entreposage d’hydrocarbures du Lazaret dans la zone littorale de Saint-Mandrier. Les PPRT ont été institués en 2001 à la suite de la catastrophe de l’usine AZF de Toulouse par la loi n°2003-699 du 30 juillet 2003 relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages. Un an plus tard, un point s’impose !
Quand la mer nous rappelle comment fonctionne un littoral
Les tempêtes ont parfois du bon : elles dévoilent des trésors enfouis. Ailleurs, ces trésors sont archéologiques. À Studland Bay, en Angleterre, la tempête Chandra a récemment mis au jour les vestiges d’un navire vieux de quatre siècles. Une plongée dans l’histoire maritime.
Mais les tempêtes sont souvent perçues comme des épisodes brutaux. Pourtant, pour qui observe le littoral, elles jouent un rôle essentiel : elles sculptent les plages, déplacent les sédiments, révèlent les dynamiques naturelles… et parfois, mettent aussi au jour ce que l’on aurait préféré oublier.
À Saint‑Mandrier, hélas, nos tempêtes révèlent d’autres vestiges. Moins glorieux. Moins historiques. Et surtout, beaucoup moins rassurants.
Une réglementation indispensable pour protéger la santé de tous
Depuis de nombreuses années, l’APE milite aux côtés de France Nature Environnement pour que la réglementation interdisant le brûlage des déchets verts soit respectée à Saint-Mandrier-sur-Mer.
Nous menons régulièrement des campagnes d’information afin de sensibiliser les habitants de la commune aux risques sanitaires liés à cette pratique encore trop répandue.
Exemples de panaches provoqués par le brulage de végétaux qui peuvent contaminer fortement leur environnement immédiat (Photographies prises dans le Var en mars 2026).
Dans le bulletin municipal de décembre dernier, puis dans une publication sur son site en ligne en janvier 2026, le maire sortant, M. Vincent, s’est félicité de l’amélioration de la qualité de l’air sur le territoire de la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM). Selon lui, cette évolution serait le résultat direct de « notre stratégie sur les transports, l’isolation des bâtiments et les moyens de chauffage ».
L’affirmation est catégorique. Elle est aussi très contestable. Sur les sujets d’urbanisme et d’environnement, M. Vincent affectionne les déclarations définitives. Elles s’accompagnent régulièrement d’attaques personnelles, notamment contre le président de l’APE, dont il semble visiblement jalouser l’expertise et les connaissances sur ces questions.
Mais revenons aux faits.
La préfecture du Var a annoncé par un communiqué de presse sur Facebook (!) la levée de l’arrêté temporaire du 6 janvier 2026 d’interdiction temporaire de la pêche, du ramassage, du transport, de la purification, de l’expédition, du stockage, de la distribution, de la commercialisation et de la mise à la consommation humaine des coquillages issus de la zone du Lazaret. Le collecte, la vente et la consommation des coquillages, moules et huitres, issus de cette zone sont à nouveau autorisés à compter de ce lundi 2 mars 2026.
Selon le communiqué, les analyses réalisées « depuis un mois » montrent une décroissance des concentrations en norovirus, qui seraient désormais en dessous des seuils de quantification, dans un contexte de moindre pression sur les réseaux d’assainissement et de baisse des précipitations après les épisodes pluvieux de février.
Une interdiction record… annoncée de manière minimale
Cette réouverture met fin à une période d’interdiction exceptionnellement longue pour la baie du Lazaret, débutée le 6 janvier à la suite d’une contamination des coquillages par les norovirus et prolongée après la confirmation de cette contamination lors des prélèvements de fin janvier. Il s’agit de la plus longue fermeture connue de ce secteur pour ce motif, ce que l’APE redoutait depuis plusieurs années au regard des épisodes répétés de pollution microbiologique dans cette baie.
Depuis longtemps, l’association alerte sur la vulnérabilité du site : réseau d’assainissement sous tension en cas de fortes pluies, rejets cumulés du bassin versant, ruissellements importants lors des épisodes méditerranéens, et proximité immédiate d’usages multiples (conchyliculture, baignade, plaisance). La durée inédite de l’interdiction de ce début d’année 2026 confirme que la baie du Lazaret reste un point faible récurrent concernant les pollutions bactériologiques du littoral toulonnais.
Des données toujours indisponibles pour le public
Si le communiqué évoque une « cinétique favorable de décroissance des norovirus », l’absence d’accès du public aux résultats détaillés des analyses reste problématique. Les citoyens, les consommateurs et les associations ne disposent ni des valeurs chiffrées, ni de la fréquence des prélèvements, ni des tendances sur ces derniers 18 mois des indicateurs de contaminations microbiologiques (bactérie Escherichia coli entre autres), alors que ces informations sont essentielles pour comprendre réellement l’état sanitaire du milieu.
Quelle est la raison qui fait que les données de surveillance bactériologique ne sont plus disponibles en toute transparence ?
Aucune réponse à nos courriers adressés au préfet et à l’Ifremer.
De la même manière, les références aux réseaux d’assainissement et aux épisodes météorologiques restent très générales : aucune information précise n’est donnée sur les incidents passés, les éventuels travaux d’entretien réalisés, les plans de mise en conformité ou les engagements futurs pour limiter le risque de nouvelles contaminations.
On sait seulement que, sur une période récente, « aucun incident » n’aurait été constaté et que les pluies ont diminué, ce qui ne préjuge en rien des prochains épisodes intenses.
Ce que demande l’APE
Face à cette situation, l’APE et FNE renouvellent plusieurs demandes constantes :
- La publication régulière dès leur obtention des résultats d’analyses (norovirus, bactéries, paramètres de qualité d’eau), sous forme de séries temporelles compréhensibles pour le grand public.
- La mise à disposition d’un bilan pluriannuel des épisodes de fermeture (dates, durées, causes identifiées) pour objectiver le caractère désormais chronique des pollutions de la baie du Lazaret.
- Une transparence accrue sur l’état des réseaux d’eaux usées et pluviales, les incidents enregistrés et les travaux programmés, notamment autour de la rade et des quartiers riverains de la baie.
- L’inscription de la baie du Lazaret comme zone prioritaire de réduction des pollutions microbiologiques par la métropole, avec un calendrier d’actions et un suivi partagé avec les associations et les professionnels.
Une vigilance qui reste de mise
La réouverture de la baie est évidemment une bonne nouvelle pour les conchyliculteurs et les acteurs économiques, durement touchés par cette longue interruption d’activité, comme pour les consommateurs attachés aux produits de la rade. Mais elle ne doit pas faire oublier la fragilité structurelle du site.
L’APE continuera donc à suivre de près la qualité des eaux de la baie du Lazaret et les décisions des autorités, et à informer les habitants dès que de nouvelles données seront rendues publiques. La meilleure protection des activités économiques locales passe par une amélioration réelle, durable et vérifiable de l’état sanitaire du milieu, et non par la seule alternance de périodes d’interdiction et de réouverture, décidées sur la base de données auxquelles le public n’a toujours pas accès.
Le communiqué de presse publié le 21 février 2026 par les services de l’État et les collectivités territoriales confirme le maintien de l’interdiction de collecte et de consommation des coquillages issus de la baie du Lazaret, dans la rade de Toulon, en raison d’une contamination persistante au norovirus.
En vigueur depuis le 6 janvier 2026, cette mesure fait suite aux analyses sanitaires ayant mis en évidence la présence persistante début février du virus, dans un contexte d’intempéries répétées et de risques élevés à très élevés de gastro-entérites virales.
Si les autorités annoncent des dispositifs de soutien aux conchyliculteurs impactés, cet épisode sanitaire soulève des enjeux plus larges qui dépassent la seule dimension économique.
Le norovirus : un indicateur de contamination des milieux (voir les explications ici)
La contamination au norovirus n’est ni un phénomène rare ni imprévisible. Bien connu des scientifiques et des autorités sanitaires, il constitue un marqueur typique de contamination microbiologique des eaux, le plus souvent d’origine fécale.
Les coquillages, organismes filtreurs, concentrent naturellement les micro-organismes présents dans leur environnement. Ils deviennent ainsi des sentinelles particulièrement sensibles de la qualité sanitaire des masses d’eau côtières.
Lors d’épisodes pluvieux importants, les réseaux d’eaux usées et d’eaux pluviales peuvent être la cause des contaminations : débordements, rejets insuffisamment traités, dysfonctionnements d’ouvrages ou ruissellements chargés en contaminants. Autant de mécanismes susceptibles de favoriser la diffusion de virus entériques vers le milieu marin.
À la lumière des événements récents, il apparaît tout aussi essentiel de s’interroger sur l’efficacité et l’application du système d’alerte sanitaire. Son amélioration constitue un enjeu majeur pour éviter la répétition des nombreux cas de gastro-entérites observés ces dernières semaines. Ces situations soulèvent également, de manière légitime, la question des responsabilités dans la prévention des risques sanitaires et de la protection des populations.
Une problématique déjà documentée sur le territoire
Cette nouvelle interdiction intervient dans un contexte que l’APE a déjà eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises : la vulnérabilité des zones littorales face aux contaminations microbiologiques et la question récurrente de l’état des réseaux d’assainissement.
Les épisodes de pollution affectant les eaux de baignade ou les zones conchylicoles ne relèvent pas uniquement d’aléas climatiques. Ils traduisent également des fragilités structurelles : vieillissement des infrastructures, surcharge des systèmes unitaires, artificialisation des sols accentuant les ruissellements, pressions urbaines croissantes.
Ces facteurs sont aujourd’hui bien identifiés dans la littérature scientifique et dans de nombreux rapports institutionnels.
Des aides économiques nécessaires mais non suffisantes
Les mesures annoncées par l’État, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Métropole Toulon Provence Méditerranée et le Conseil départemental du Var visent légitimement à soutenir la trésorerie des entreprises conchylicoles et à limiter les impacts sociaux de la crise.
Ces dispositifs – aides « de minimis », activité partielle, allègement des redevances domaniales – constituent des réponses d’urgence indispensables. En revanche, il n’est pas mentionné de soutien ou d’indemnisation des personnes malades, professionnels indépendants qui perdent des jours de travail.
Mais ils ne sauraient occulter la question centrale : comment réduire durablement la probabilité et la fréquence de ces crises sanitaires ?
Prévention, infrastructures et qualité des eaux : un enjeu majeur de santé publique
Les contaminations virales du milieu marin rappellent une réalité fondamentale : la qualité des eaux littorales dépend directement des choix d’aménagement, de l’état des réseaux et des politiques publiques d’assainissement.
Dans un contexte de période électorale où les annonces et engagements se multiplient, il est utile de rappeler que la résolution de ces problématiques repose avant tout sur des actions structurelles, durables et vérifiables dans le temps, de la responsabilité des municipalités et du préfet.
Les débats publics récents illustrent d’ailleurs les divergences d’analyse sur ces sujets. Certaines explications avancées tendent à banaliser les phénomènes observés, comme celles du maire de Saint Mandrier, M. Vincent, et l’urgence d’attendre en les attribuant exclusivement à des mécanismes naturels, comme les variations de pression atmosphérique ou la montée temporaire du niveau marin lors d’épisodes pluvieux, présentés comme des situations normales à l’échelle méditerranéenne.
Si ces mécanismes physiques existent bien entendu, ils ne sauraient à eux seuls expliquer des contaminations virales récurrentes, dont les déterminants sont largement documentés par les connaissances scientifiques en matière d’assainissement, d’hydrologie urbaine et de qualité des eaux.
Une vigilance collective indispensable
L’APE rappelle que ces épisodes ne doivent pas être analysés comme de simples événements anecdotiques mais comme des signaux d’alerte.
Ils invitent à une réflexion globale sur la gestion des eaux usées et pluviales, l’urbanisation des bassins versants, la résilience des équipements publics et la protection des milieux côtiers.
Garantir durablement la qualité sanitaire des eaux littorales constitue un impératif qui engage l’ensemble des acteurs publics et privés.
Le 4 février 2026, la Préfecture du Var a confirmé le maintien de l’interdiction de collecte, de vente et de consommation des coquillages (huîtres, moules, palourdes) issus de la Baie du Lazaret, dans la rade de Toulon. Cette mesure, prise initialement par arrêté préfectoral du 9 janvier dernier, fait suite à de nouvelles analyses sanitaires du 29 janvier qui ont révélé la présence persistante de norovirus dans les coquillages.
Ce maintien intervient dans un contexte environnemental particulièrement dégradé : des épisodes de fortes pluies depuis le 18 janvier ont affecté le bassin versant de la rade, saturant les réseaux d’assainissement et favorisant les rejets d’eaux usées dans les milieux naturels, contribuant à la contamination microbiologique des milieux littoraux comme la Baie du Lazaret.
Ainsi, le bulletin hebdomadaire du réseau sentinelle pour la semaine dernière montre un taux d’incidence élevé de diarrhée aiguë en région PACA. Le taux d’incidence de diarrhée aiguë est de 227 cas pour 100 000 habitants, plus du double de celui pour la France à 101 cas pour 100 000 habitants.
Littoral de la rade et submersions
Parallèlement à ces préoccupations sanitaires, notre littoral continue de subir les conséquences des événements météorologiques extrêmes. Les phénomènes de pluies intenses conjointement à une pression barométrique basse et des vagues ont entraîner des phénomènes de submersion marine.
Les routes longeant la baie du Lazaret à Tamaris et au niveau des ports de La Seyne et Saint-Mandrier ont été submergées comme c’est le cas par fortes pluies
En particulier, les zones basses et portuaires de la rade, déjà fragilisées par des pressions multiples (urbanisation, assainissement, climat), montrent une vulnérabilité accrue aux inondations et aux intrusions marines. Cette vulnérabilité ne concerne pas seulement la sécurité sanitaire avec la consommation des coquillages, mais aussi l’intégrité des milieux naturels sensibles et à terme la sécurité des habitants et de leurs habitations dans ces secteurs littoraux.
Une alerte qui dépasse la conchyliculture
Les eaux usées non maîtrisées lors des épisodes pluvieux, combinées à la montée du niveau de la mer et à des réseaux d’assainissement parfois saturés, créent un terrain propice aux contaminations récurrentes des zones conchylicoles et des eaux baignables.
Il est essentiel que les autorités compétentes (État, Métropole, communes) s’engagent de manière plus déterminée dans :
- l’adaptation des réseaux d’assainissement à l’augmentation de population et pluviaux face aux pluies méditerranéennes intenses ;
- la surveillance sanitaire continue des zones littorales sensibles, y compris en conditions post-pluvieuses ;
- la communication claire et transparente envers les professionnels et le grand public. En effet, aujourd’hui aucune donnée n’est disponible sur les niveaux de contamination des mollusques depuis avril 204 sur le site de l’Ifremer.
Notre littoral, ses activités traditionnelles et la santé publique ne peuvent plus être sacrifiés au nom d’une gestion par défaut. L’alerte sanitaire de la Baie du Lazaret doit servir de déclencheur pour repenser la protection environnementale et sanitaire du bassin de la rade de Toulon.
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