Elle est là, bien visible, dans les abribus du port de La Seyne-sur-Mer : une publicité pour l'eau minérale Mont Blanc, qui nous promet de « boire la pureté des sommets ». Une image de montagnes immaculées, une eau limpide, une évocation de nature préservée.
Mais il suffit de lever les yeux pour voir, en arrière-plan de cette même affiche, le paquebot de croisière Costa Pacifica à quai, cheminées crachant une fumée noire et dense (photographie et vidéo prises le 27 juillet 2026 à 14h00).
Le Costa Pacifica fait escale régulièrement à La Seyne depuis le 16 avril 2025, et avec lui, ce sont des rejets atmosphériques tout aussi réguliers qui viennent se déposer sur le littoral de la rade de Toulon, sur nos maisons, nos écoles, dans nos poumons.
Le contraste est saisissant, presque absurde. D'un côté, une publicité qui joue sur notre besoin de pureté, de santé, de nature préservée, en nous vendant une eau en bouteille sous-entendu meilleure pour notre corps. De l'autre, à quelques encablures, une pollution de l'air bien réelle, bien noire, parfaitement visible et pourtant parfaitement légale, que nous respirons sans qu'aucune bouteille ne puisse nous en protéger.
Car c'est bien là toute la contradiction : on nous vend la pureté à boire, pendant qu'on nous refuse la pureté de l’air et qu'on nous impose la pollution à respirer. Les particules fines et oxydes de soufre émis par les moteurs de ces navires ont des incidences documentées sur la santé : irritations respiratoires, aggravation de l'asthme chez les enfants, risques cardiovasculaires accrus pour les riverains exposés durablement. Et les enfants qui vivent, jouent et vont à l'école sur ce littoral n'ont pas le choix de « changer de bouteille ».
Et pourtant, la technologie existe. Costa Croisières dispose depuis 2019 du Costa Smeralda et depuis 2022 du Costa Toscana, deux paquebots entièrement propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL), un carburant qui permet de réduire quasi intégralement les émissions de soufre et de particules fines, et de diminuer sensiblement les oxydes d'azote et le CO2. La compagnie ne se prive d'ailleurs pas de communiquer sur cette innovation comme vitrine de son engagement environnemental. Mais ces deux navires « propres » naviguent sur d'autres lignes, vers d'autres ports. À La Seyne, c'est le Costa Pacifica, un navire de la classe Concordia datant de 2009, qui fait escale, sans propulsion GNL, avec des moteurs classiques au fioul. Autrement dit : quand il s'agit de communication, Costa met en avant ses navires vertueux ; quand il s'agit de la rade de Toulon, c'est un paquebot plus ancien et plus polluant qui vient s'amarrer, encore et encore.
Pendant ce temps, sur son site internet, Costa Croisières affiche fièrement : « Nous sommes soucieux de l'environnement et des personnes. ».
Ah oui ?
On aimerait y croire. Mais quand la réalité des quais contredit aussi frontalement la communication institutionnelle et quand les navires les moins polluants de la flotte semblent réservés à d'autres itinéraires, il devient difficile de ne pas y voir un exercice de greenwashing bien rodé, pendant que les habitants du littoral, eux, respirent ce que les paquebots les plus anciens rejettent, jour après jour, escale après escale.
Il ne s'agit pas de s'opposer par principe à l'activité économique du port, mais de rappeler une exigence simple : si Costa dispose des moyens techniques de réduire drastiquement ses émissions, pourquoi ne pas les déployer sur toutes ses lignes, y compris à La Seyne ?
La santé des enfants et des familles qui vivent ici ne devrait pas être une variable d'ajustement invisible, pendant qu'on leur vend par ailleurs, sur les abribus d'à côté, l'idée qu'on prend soin de leur santé…
À force de vanter la pureté de ce que nous buvons tout en tolérant la dégradation de ce que nous respirons, nous finirons peut-être par oublier une évidence : l'air n'est pas vendu en bouteille, pas encore. Il est un bien commun. Et les habitants du littoral ont, eux aussi, droit à un environnement et à un air de qualité.
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Les 13 et 14 juillet, à la même heure, deux vidéos réalisées à 9h30 depuis la presqu'île montrent une scène devenue malheureusement familière : le départ du Mega Express Three de Corsica Ferries et l'émission d'importants panaches de fumées s'échappant de ses cheminées.
Alors que les températures sont caniculaires et que les épisodes de pollution à l'ozone se multiplient sur notre littoral méditerranéen, le Pascal Lota de la Corsica Ferry et battant pavillon italien a quitté aujourd'hui la petite rade de Toulon en émettant un important panache de fumée noire, visible derrière les tables conchylicoles de la baie du Lazaret où ces photographies et vidéos ont été réalisées à 19h00.
Ce matin, alors que beaucoup cherchaient un peu de fraîcheur avant les fortes chaleurs annoncées, le Pascal Lota de Corsica Ferries est entré en rade de Toulon en provenance de Livourne via Bastia, laissant derrière lui un panache de fumée visible de loin… puis dans la rade.
Alors que notre territoire suffoque sous une nouvelle vague de chaleur qui perdure, que les autorités sanitaires rappellent à longueur de journée les dangers de la pollution atmosphérique et que chacun est invité à limiter ses émissions de gaz à effet de serre, un spectacle quotidien continue de se dérouler en rade de Toulon dans une forme de banalisation inquiétante : celui de navires laissant derrière eux d'épais panaches de fumée qui se fondent dans une couche de pollution déjà visible au-dessus de la Méditerranée, au-dessus de nos têtes.
Alors que le préfet du Var a déclenché une procédure d’alerte en raison d’un épisode de pollution à l’ozone, les automobilistes sont invités à réduire leur vitesse et chacun est appelé à limiter les émissions de polluants atmosphériques.
Ces recommandations sont légitimes. Elles visent à diminuer les émissions des précurseurs de l’ozone, notamment les oxydes d’azote (NOₓ), qui réagissent sous l’effet du rayonnement solaire pour former cet ozone troposphérique nocif pour la santé humaine et les écosystèmes.
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