Une décision de prudence que l'APE salue
Vendredi 21 août, une démonstration de joutes provençales devait réunir les Francs-Jouteurs de Saint-Mandrier dans le port de Toulon, au carré du port / Quai des pêcheurs, à 18h30. La pluie s'en est mêlée. Et la ville de Toulon, dans un communiqué sobre et clair, a pris une décision de bon sens : l'annulation.
« Suite aux orages et à leur impact sur la qualité de l'eau, les démonstrations de joutes programmées dans le port de Toulon sont annulées. »
Motif invoqué donc : les risques sanitaires liés à une éventuelle contamination bactériologique, et possiblement chimique, des eaux du port après les précipitations. Une décision de prudence, en cohérence avec l'interdiction des baignades prononcée pour les plages de la région.
Nous saluons cette décision. Elle est raisonnable, elle protège la santé des jouteurs, et elle correspond exactement au principe de précaution que l'APE défend depuis des années.
La prudence que l'APE réclame à Saint-Mandrier depuis des années
Rappelons notre position, constante et répétée : les joutes provençales ne doivent pas se tenir dans le port de Saint-Mandrier sans qu'aient été réalisées au préalable des mesures bactériologiques de contrôle et surtout pas le lendemain de précipitations importantes, exactement comme cela se fait pour les eaux de baignade, et comme cela a été fait par exemple lors des Jeux Olympiques de Paris pour les épreuves nautiques se déroulant dans les eaux de la Seine.
Quelques instantanés des jeunes jouteurs saisis le 16 août 1992 lors des passes dans le port de Saint-Mandrier.
Nous n'avons jamais demandé la suppression des joutes. Nous demandons que les sportifs puissent s'immerger dans une eau dont la qualité microbiologique est connue et maîtrisée. C'est tout.
Nous ne savons pas si des mesures de la qualité des eaux du port de Toulon avaient été programmées avant la tenue de cette démonstration. La question, pourtant, reste entière.
Deux villes, deux réactions, un même principe... appliqué de manière très différente
La décision de la ville de Toulon tranche avec celle de la commune de Saint-Mandrier, qui a permis la tenue de compétitions de joutes le lendemain de pluies importantes, tant en 2025 qu'en 2026. À Saint-Mandrier, lorsqu'il pleut, on joute. À Toulon, lorsqu'il pleut, on annule. Même principe de précaution, mais deux façons bien différentes de l'appliquer.
Et c'est là que le décor se fissure.
« L'APE est contre les joutes » : une instrumentalisation politicienne
Suite à nos courriers avec France Nature Environnement Var concernant la qualité microbiologique des eaux du port, le maire de Saint-Mandrier a affirmé et répété que l'APE et son président étaient contre les joutescontre les joutes.
Bien que nos associations n'aient aucun pouvoir pour interdire les joutes, curieusement le maire est même allé jusqu'à demander au conseil municipal de voter une motion de soutien aux Francs-Jouteurs de Saint-Mandrier, motion que les élus de sa liste ont d'ailleurs adoptée.
Présenter une demande de contrôle bactériologique avant une immersion de sportifs comme une attaque contre la tradition, c'est faire un raccourci qui ne résiste pas à l'examen. La ville de Toulon vient, par sa décision, de valider exactement la démarche que l'APE préconise. Le maire de Saint-Mandrier la qualifiait, lui, d'hostilité aux jouteurs.
Deux poids, deux mesures.
Le silence qui en dit long
Suite à l'annulation par la ville de Toulon, aucune critique n'est apparue sur les pages Facebook respectives du maire de Saint-Mandrier ni des Francs-Jouteurs pour dénoncer une atteinte à la pratique des joutes.
Pourtant, lorsque c'est l'APE qui demande la même précaution à Saint-Mandrier, c'est une motion municipale, des communiqués et une mise en cause publique de l'association et de son président.
Curieuse asymétrie : la prudence sanitaire serait acceptable lorsqu'elle vient d'une municipalité voisine, mais serait une offensive contre la tradition lorsqu'elle émane de l'APE. On est en droit de se demander ce qui, dans le fond, change. Les jouteurs ? Non. La santé ? Non. Le seul élément qui change, c'est l'émetteur du message : la vigilance sanitaire devient, un problème semble-t-il, que lorsque c'est l'APE qui la réclame.
Nous espérons que l’exemple de Toulon permettra enfin d’aborder sereinement la question des joutes dans le port de Saint‑Mandrier, avec des faits, des mesures, et le respect dû aux traditions… comme aux jouteurs.
Et la santé des riverains de la rade, dans tout cela ?
Voilà le cœur du sujet. Cette approche de précaution élémentaire, que la ville de Toulon applique légitimement pour protéger les jouteurs des eaux du port, devrait également s'appliquer pour protéger la santé des résidents de la métropole toulonnaise des rejets atmosphériques des ferries et paquebots de croisière.
Oggi, ancora una bella « pasta colla » sulla rada. Même cause, même effet. Le Pacal Lota battant pavillon italien de la Corsica Ferries quitte la rade à 19h20 en direction de Bastia laissant derrière lui les polluants de ses rejets gazeux et particulaires.
Limiter à la source les émissions de polluants atmosphériques par les navires : branchement systématique à quai, suppression des panaches de fumée, réduction des émissions de particules fines et d'oxydes d'azote, est l'équivalent, pour l'air que nous respirons, de ce que représente le contrôle bactériologique pour l'eau où s'immergent les baigneurs et jouteurs.
C'est ce que l'APE ne cesse de demander depuis des années. Voir à ce sujet nos derniers posts consacrés aux pollutions par les ferries sur ce site : les ferries et paquebot de croisière laissant derrière eux d'épais panaches de fumée en rade de Toulon, les navires à quai sur moteurs auxiliaires faute de branchement, les bornes électriques « esseulées qui décorent les quais ».
Deux poids, deux mesures et une question qui demeure
Si l'on admet qu'il est légitime d'annuler une démonstration de joutes pour protéger la santé de quelques sportifs pendant quelques minutes d'immersion, comment admet-on simultanément que des milliers de riverains de la rade et de la métropole toulonnaise respirent au quotidien les panaches de fumée des ferries et paquebots, sans qu'aucune mesure de précaution équivalente ne soit appliquée à la source ?
La santé des jouteurs mérite d'être protégée. Celle des habitants et visiteurs de la métropole aussi.
La prudence ne devrait pas dépendre de qui la demande.
Soutenez notre combat
L'APE ne vit ni de subventions de confort ni d'armées de communicants : ce sont des bénévoles qui, à leurs frais, réalisent des prélèvements dans les eaux du port, les confient au Laboratoire Départemental d'Analyses et d'Ingénierie du Var (LDAI), adressent des courriers et vérifient chaque information avant de la publier.
Tout cela a un coût. Si vous partagez notre exigence que la santé des jouteurs, des riverains de la rade et des usagers du port ne dépende pas du bon vouloir de tel ou tel élu, vous pouvez soutenir l'association et financer les campagnes de mesures, les analyses de laboratoire et le travail de documentation, preuves à l'appui, de ce que d'autres préféreraient voir rester dans l'ombre.
Faire un don ou adhérer à l'APE : ape83430.fr/faire-un-don-en-ligne
Merci pour votre soutien.


