Tout au long de cet été 2026, nos photos et vidéos prises depuis la presqu'île ont capturé, à intervalles réguliers, les mêmes silhouettes : celles des ferries et des paquebots de croisière entrant ou manœuvrant en rade de Toulon, un panache sombre et persistant s'échappant de leur cheminée.

Ces images, prises isolément, peuvent sembler anecdotiques. Mises bout à bout sur presque 3 mois, elles racontent une autre histoire, celle d'une source de pollution régulière, au cœur d'un été où la qualité de l'air toulonnaise a très régulièrement été dégradée, avec des conséquences bien réelles sur nos poumons, pas seulement sur nos paysages.

Ce que contiennent ces panaches

Les moteurs des navires, qui brûlent des fiouls lourds ou du diesel marin, émettent un cocktail de polluants bien connu : des particules fines, du dioxyde de soufre (SO₂) et des oxydes d'azote (NOx). Ces trois familles de polluants sont réglementées et surveillées en continu par AtmoSud, l'observatoire régional de la qualité de l'air.

Mais s'il fallait n'en retenir qu'un cet été, ce seraient les oxydes d’azote, les Nox, non pas seulement pour ce qu'ils sont, mais pour ce qu'ils deviennent une fois relâchés dans notre ciel méditerranéen.

Des NOx à l'ozone : une transformation qui n'a rien d'anodin

Contrairement aux particules ou au SO₂, qui restent essentiellement ce qu'ils sont dès leur émission, les oxydes d'azote sont des précurseurs : sous l'effet du rayonnement solaire et en présence de composés organiques volatils, ils réagissent chimiquement dans l'atmosphère pour former de l'ozone troposphérique, ce fameux "ozone de basse altitude" qui n'a rien à voir avec la couche d'ozone protectrice de la haute atmosphère, mais qui constitue au contraire un polluant à part entière, irritant et néfaste pour la santé.

Cette réaction photochimique est d'autant plus active que le soleil est fort et les températures élevées, exactement les conditions qu'a connues notre région tout l'été 2026 comme nous l’indiquions le 15 août dernier. Ce n'est donc pas un hasard si les épisodes de pollution à l'ozone se sont multipliés dans le Var cette saison : AtmoSud a déclenché des procédures d'information-recommandation ou d'alerte le 10 juillet, le 17 juillet, le 21 juillet et le 30 juillet, puis à nouveau le 9 août. Plus largement, sur la période 2023-2025, le Var fait partie des départements les plus exposés de toute la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à des dépassements de la valeur cible ozone, avec plus de la moitié de sa population concernée, contre un tiers en moyenne régionale.

Précision utile, à mettre en regard des données de la station Claret présentées plus bas : les procédures d'information-recommandation et d'alerte d'AtmoSud sont déclenchées à l'échelle du département ou d'une zone, à partir de l'ensemble du réseau de stations et de modèles de prévision. Un épisode peut donc être déclaré alors qu'une station précise, comme Claret, reste sous les seuils individuels, si d'autres points de mesure du Var les dépassent. Les deux informations ne sont donc pas contradictoires : elles éclairent simplement deux échelles différentes, départementale d'un côté, locale de l'autre.

Z20260701 Corsica Ferries Mega Serena 02605998R
Z20260701 Corsica Ferries Mega Serena 02605998R
Z20260702 Corsica ferries Pascal Lota 02606009R
Z20260702 Corsica ferries Pascal Lota 02606009R
Z20260703 Corsica Ferries 02606051R
Z20260703 Corsica Ferries 02606051R
Z20260703 Corsica Ferries 02606082R
Z20260703 Corsica Ferries 02606082R
Z20260704 Corsica Pascal Lota 02606138R
Z20260704 Corsica Pascal Lota 02606138R
Z20260704 Corsica Pascal Lota 02606160R
Z20260704 Corsica Pascal Lota 02606160R
Z20260705 Corsica Mega Victoria 02606286BR
Z20260705 Corsica Mega Victoria 02606286BR
Z20260710 Corsica Navy 02606364R
Z20260710 Corsica Navy 02606364R
Z20260713 SM Corsica Mega express Three 02606432R
Z20260713 SM Corsica Mega express Three 02606432R
Z20260715 SM Vieille Corsica Nuit02606756R
Z20260715 SM Vieille Corsica Nuit02606756R
Z20260718 Corsica 02606925R
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Z20260720 Corsica 02606963R
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Z20260720 Corsica 02606969R
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Z20260720 Corsica 02606977R
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Z20260720 Corsica 02606996R
Z20260720 Corsica 02606996R
Z20260720 Corsica 02607057R
Z20260720 Corsica 02607057R
Z20260722 Corsica ferries Mega serena 02607073R
Z20260722 Corsica ferries Mega serena 02607073R
Z20260724 Corsica 02607180R
Z20260724 Corsica 02607180R
Z20260725 Corsica Pascal Lota 02607194R
Z20260725 Corsica Pascal Lota 02607194R
Z20260727 Corsica Pascal Lota 02607231R
Z20260727 Corsica Pascal Lota 02607231R
Z20260728 Corsica Mega Andrea 02607400R
Z20260728 Corsica Mega Andrea 02607400R
Z20260729 Corsica 02607437r
Z20260729 Corsica 02607437r
Z20260730 Corsica Pascal Lota 02607444R
Z20260730 Corsica Pascal Lota 02607444R
Z20260731 Corsica 02607502r
Z20260731 Corsica 02607502r
Z20260731 Corsica 02607511R
Z20260731 Corsica 02607511R
Z20260731 SM Plage Vieille Corsica Mega Victoria 02607465R
Z20260731 SM Plage Vieille Corsica Mega Victoria 02607465R

Les émissions des navires ne sont bien sûr pas l'unique source de NOx de notre bassin de vie : le trafic routier y contribue largement toute l'année. Mais le trafic maritime, concentré et récurrent dans l'espace limité de la rade, constitue une source locale et identifiable, particulièrement visible depuis nos côtes, ce que nos photos documentent mois après mois.

Ce que montrent les relevés des polluants, à toutes les échelles de temps

Au-delà des moyennes régionales publiées par AtmoSud, nous avons voulu regarder de plus près les données des stations de mesure d’Atmosud de Toulon, en croisant plusieurs échelles de temps, de l'heure à l’année, pour prendre la mesure complète du phénomène sur 2026.

NO2 : le dioxyde d'azote, sur trois stations (Claret, TCA/port, Foch)

Les données réelles de NO2 pour les trois stations toulonnaises d’Atmosud : Claret, TCA (sur le port) et Foch, permettent une comparaison directe et rigoureuse aux seuils réglementaires.

Échelle horaire. Sur l'ensemble de l'année 2026 (1er janvier - 20 août), aucune des trois stations n'a dépassé le seuil réglementaire de 200 µg/m³, y compris sur la station TCA, la plus exposée du fait de sa position sur le port :

zGraphe 1 TCA NO2 Horaire

Le pic horaire le plus élevé des trois stations Atmosud, celle de TCA-Port, reste donc à bonne distance du seuil réglementaire avec une concentration maximum de 125 µg/m³ par rapport au seuil de 200 µg/m³ pour la station TCA.

Profil quotidien type (station TCA, sur le port). En moyennant heure par heure l'ensemble des mêmes heures de l'année 2026, un double pic net se dessine chaque jour : un pic marqué le matin (37,7 µg/m³ à 7h en moyenne), suivi d'un second pic en fin d'après-midi (31,3 µg/m³ à 17h), des créneaux qui coïncident avec les mouvements de navires dans le port, sans que l'on puisse, à ce stade, exclure une part de trafic routier dans ces mêmes créneaux.

zGraphe 2 TCA NO2 Journalier

Échelle journalière. Fait notable, les trois stations enregistrent leur pic journalier le même jour, le 12 janvier 2026 : 43,2 µg/m³ à Claret, 43,2 µg/m³ à TCA, et jusqu'à 55,6 µg/m³ à Foch, signe d'un épisode de pollution généralisé à l'échelle de l'agglomération ce jour-là, plutôt que d'une source locale isolée.

Toujours à l'échelle journalière, l'écart avec les recommandations sanitaires les plus récentes se creuse encore. Les lignes directrices de l'OMS de 2021 ont, pour la première fois, introduit une valeur guide journalière pour le NO2 : 25 µg/m³ en moyenne sur 24 heures, un seuil qui n'existe pas encore dans la réglementation française ou européenne actuelle, uniquement fondée sur les moyennes horaire et annuelle. Or, rapporté à ce nouveau repère sanitaire, le nombre de jours de dépassement en 2026 est loin d'être anecdotique : 13 jours pour Claret (5,7 %), 63 jours pour TCA port (27,3 %) et 106 jours pour Foch (47,5 %)

zGraphe 3 FOCH NO2 Journalier

À Foch, c'est donc près d'un jour sur deux qui dépasse ce seuil sanitaire OMS; à la station du port, plus d'un jour sur quatre. Un tableau très différent de celui que dessinent les seuls seuils réglementaires en vigueur, qui eux ne signalent aucun problème sanitaire.

Échelle annuelle. Sur les données disponibles de 2026 à ce stade, les moyennes s'établissent à 13,2 µg/m³ à Claret, 21,0 µg/m³ à TCA (port) et 25,1 µg/m³ à Fochs soient respectivement à 33 %, 53 % et 63 % de la limite réglementaire à 40 µg/m³.

Les trois stations restent donc sous la limite réglementaire annuelle. Le gradient entre elles (Foch la plus élevée, Claret la plus faible) est cohérent avec des degrés d'exposition différents au trafic routier et à l'activité portuaire.

Toutes trois dépassent en revanche la valeur guide sanitaire de l'OMS (10 µg/m³) : de 1,3 fois pour Claret à 2,5 fois pour Foch, un rappel que la conformité réglementaire n'équivaut pas à l'absence de risque selon les connaissances scientifiques les plus récentes.

Fait notable, le pic horaire de la station TCA, sur le port (125 µg/m³, le 19 juillet à 16h), précède de moins de 24 heures le maximum d'ozone enregistré à la station Claret le 20 juillet à 14h, un enchaînement cohérent avec le délai typique de la transformation photochimique des NOx en ozone évoquée plus haut.

Ozone (station Claret)

Les concentrations en ozone ne sont disponibles qu’à la station Claret.

Échelle horaire. Sur l'année 2026 (1er janvier - 20 août), aucun seuil d'information (180 µg/m³) ni d'alerte (240 µg/m³) n'a été franchi à la station Claret. Le maximum horaire de l'année est de 177,5 µg/m³, atteint le 20 juillet 2026, tout juste sous le seuil d'information.

zGraphe 4 Claret Ozone 8heures

Échelle 8 heures : l'indicateur clé pour l'ozone. Contrairement au NO2, la réglementation sur l'ozone repose précisément sur la moyenne glissante 8 heures : c'est le maximum journalier de cet indicateur qui est comparé aux seuils sanitaires. Ce même 20 juillet a enregistré le maximum de l'année pour cette moyenne 8h, à 159,6 µg/m³.

Bilan des jours de dépassement. Sur les 232 jours mesurés en 2026 à ce stade, 86 jours (37 %) dépassent la valeur guide de l'OMS (100 µg/m³ sur 8 heures), contre 23 jours (10 %) pour la valeur cible réglementaire européenne et française (120 µg/m³). Juillet reste le mois le plus marqué (21 jours sur 31 au-dessus du seuil OMS, 11 au-dessus du seuil réglementaire), mais août confirme la tendance avec déjà 14 jours sur 20 au-dessus du seuil OMS à la mi-août, dont un nouveau pic à 139,6 µg/m³ le 17 août. Autrement dit, sur la seule échelle réglementaire en vigueur, l'été 2026 paraît "sous contrôle" la plupart du temps ; à l'aune des connaissances scientifiques les plus récentes sur les effets sanitaires de l'ozone, c'est l'inverse qui est vrai plus d'un jour sur trois.

Précision utile : les seules données disponibles de concentrations d’ozone sont celles de la station Claret qui n'est pas située sur le port. Cependant, les valeurs sont cohérentes avec la chimie de l'ozone, ce polluant se forme avec un décalage dans le temps et se déplace sous l'effet du vent, et peut même être localement plus faible à proximité immédiate d'une forte source de NOx (effet dit de "titration"). Le lien entre les émissions du port et les pics d'ozone mesurés à Claret est donc un phénomène régional et différé, et non une transformation instantanée au même endroit.

Un impact concret sur la santé, en particulier respiratoire

L'ozone troposphérique est un gaz irritant qui agit directement sur les voies respiratoires. Une exposition, même de courte durée, peut provoquer :

  • une irritation des voies aériennes et une toux ;
  • une diminution mesurable de la fonction pulmonaire, y compris chez des personnes en bonne santé lors d'un effort physique ;
  • l'aggravation des crises chez les personnes asthmatiques ou souffrant de pathologies respiratoires chroniques ;
  • une sensibilité accrue chez les enfants, dont le système respiratoire est encore en développement, et chez les personnes âgées.

Les particules fines et le dioxyde de soufre émis par les mêmes navires ajoutent leur propre charge sur l'appareil respiratoire et cardiovasculaire, dans un effet cumulatif avec l'ozone plutôt que substituable.

Ce que nos photos veulent dire

Ces panaches que l'on photographie comme un témoignage, en fin d'après-midi ou au petit matin, ne sont pas qu'une nuisance visuelle sur nos horizons de carte postale. Ils sont la trace visible d'émissions qui, sous l'effet de notre soleil méditerranéen, se transforment en un polluant que nous respirons tous, jour après jour, tout au long de l'été. Continuer à les documenter, mois après mois, c'est donner à voir ce qui reste, la plupart du temps, invisible dans l'air que nous respirons.

Notre position

L'APE83430 tient à le rappeler clairement : nous ne sommes évidemment pas opposés aux activités portuaires, ni aux navires qui assurent la continuité territoriale avec la Corse, essentielle à l'économie et à la vie quotidienne de tout un territoire. Ce que nous demandons, c'est que cette activité indispensable se fasse avec les moyens techniques aujourd'hui disponibles pour la rendre moins polluante : des navires équipés d'une motorisation récente, conforme aux normes d'émission les plus exigeantes, et utilisant des combustibles marins plus propres et voire, à quai, un branchement électrique systématique permettant de couper les moteurs pendant les phases d'escale. Concilier continuité territoriale et qualité de l'air n'a rien d'incompatible ; c'est une question de volonté et d'investissement, pas de renoncement à l'une ou à l'autre.

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