Après notre article du 17 janvier 2026 consacré à la contamination au norovirus des productions conchylicoles de Tamaris, il est indispensable de revenir sur l’historique des pollutions microbiologiques dans la petite rade et sur les responsabilités qui, depuis plus de vingt ans, n’ont jamais été réellement assumées.
La baie du Lazaret est depuis des siècles le siège d'activités multiples qui cohabitent, pouvant engendrer des conflits d'usage : la navigation (militaire, commerce, ferries, plaisance, transports publics, des activités industrielles (réparation navale, portuaires Pin Rolland, Marine Nationale, petite mer...) d’un côté, des activités de tourisme et de loisirs nautiques, une activité de pêche, de production conchylicole et aquacole de l’autre côté.
Des pollutions récurrentes… et des explications changeantes
Depuis 2014, les épisodes de contamination des eaux et des coquillages se succèdent : E. coli, norovirus, interdictions de vente, pertes économiques majeures pour les professionnels. À chaque crise, les causes avancées varient :
- mystérieuse pollution (2014)
- station de relevage militaire (2014),
- des canalisations bouchées dans des copropriétés (2014),
- des « points noirs » chez des particuliers (2015),
- des oiseaux (2020),
- des immeubles mal raccordés (2026).
Cette succession d’hypothèses, souvent contradictoires, masque un fait constant : les réseaux d’assainissement et pluviaux de la métropole sont vétustes, insuffisants et saturent régulièrement lors des épisodes pluvieux.
De nombreux exutoires du réseau pluvial débouchent dans la baie du Lazaret et les eaux de la rade apparaissent turbides après des pluies importantes.
Pourtant, les diagnostics existent depuis plus de 20 ans
Dès 2002, une étude conjointe SIAT–Ifremer identifiait clairement :
- l’impact direct des pluies sur les contaminations,
- l’origine anthropique des pollutions via les réseaux urbains,
- la nécessité de supprimer les rejets directs,
- l’urgence de maîtriser les eaux pluviales et les déversoirs d’orage,
- l’importance de contrôler les apports liés à la plaisance et aux activités portuaires.
Ces conclusions, considérées comme l’étude pivot du Contrat de Baie, n’ont jamais été pleinement mises en œuvre par ce même contrat....
Des responsabilités institutionnelles clairement définies par la loi
Le Code général des collectivités territoriales impose aux communes et intercommunalités :
- la gestion des réseaux d’eaux usées,
- la maîtrise des eaux pluviales,
- le contrôle des raccordements,
- la réalisation d’un schéma d’assainissement complet.
Ces obligations sont financées par les redevances payées par les usagers, confère exemple ci-dessous d'une facture d'un résident mandréen.
Le montant facturé (2 octobre 2025) à ce résident mandréen pour la collecte et la dépollution des eaux usées (assainissement) représente 53% du total, dépassant celui de la potabilisation et distribution de l’eau potable (38%).
Pourtant, malgré ces moyens et ce cadre légal, et alors que l’urbanisation du pourtour de la rade s’intensifie, les réseaux restent sous-dimensionnés, vieillissants et incapables d’absorber les épisodes pluvieux, entraînant des déversements en mer.
Ailleurs en France, les collectivités assument leurs responsabilités
Face à des crises similaires :
- Étang de Thau (2022–2026) : plaintes déposées contre l’agglomération, aides d’urgence, plus de 20 M€ mobilisés pour moderniser les réseaux.
- Pays de la Loire (2024) : plaintes pour atteinte au bon état écologique et mise en danger d’autrui.
- Côtes-d’Armor (2021) : le préfet bloque les permis de construire dans 18 communes bretonnes tant que les réseaux ne sont pas remis à niveau.
Ces décisions montrent qu’il existe des réponses fortes, courageuses et efficaces lorsque la santé publique et l’économie locale sont en jeu.
Dans la rade de Toulon : aucune mesure structurelle, seulement des vœux
Pour les conchyliculteurs de Tamaris, les seules réponses institutionnelles ont été :
- un vœu du conseil municipal,
- des demandes d’exonérations,
- des appels à l’État pour des aides financières.
Aucune décision structurante n’a été prise pour :
- moderniser l’ensemble des réseaux,
- limiter l’imperméabilisation,
- contrôler systématiquement les raccordements,
- réduire les déversements en mer.
Un paradoxe révélateur : l’ancien établissement de purification détruit … pour construire un complexe touristique
Pendant plus de 30 ans, la production conchylicole du Lazaret passait par un établissement de purification (« La Marinière ») situé à Saint-Mandrier. Fermé en 1992, le site a été urbanisé et inauguré en 2018 comme résidence touristique par le président du comité de baie. Aujourd’hui, alors que les pollutions persistent, aucune solution alternative n’a été rétablie.
Des bilans électoraux silencieux
Les maires et élus locaux, en poste depuis des décennies, n’évoquent jamais ces échecs dans leurs bilans. Pourtant, il n’y a pas de mystère, la persistance des contaminations est le résultat direct :
- D’un manque d’investissement dans les infrastructures.
- D’une gestion laxiste des réseaux et des contrôles.
- D’une priorité donnée à l’urbanisation plutôt qu’à la protection des activités traditionnelles.
La demande FNE/APE aux candidats aux prochaines élections : qu’ils s’engagent publiquement à :
- Rendre publics les rapports d’expertise sur l’état des réseaux.
- Bloquer les nouveaux projets immobiliers jusqu’à la mise aux normes des infrastructures.
- Créer un fonds d’urgence pour indemniser les conchyliculteurs et financer la dépollution.
Conclusion : Inverser enfin les priorités : santé, environnement, puis urbanisation
Le bilan est clair : malgré les alertes scientifiques, les diagnostics et les retours d’expérience, après deux décennies de retards et d’inactions, les constats sont évidents :
- les pollutions persistent,
- les réseaux sont insuffisants,
- les professionnels sont fragilisés,
- les causes sont connues,
- les solutions existent.
La contamination microbiologique de Tamaris n’est pas une fatalité. Il n’est plus acceptable de dire qu’il est urgent de construire et urgent d’attendre pour rénover les réseaux.
A l’heure des bilans électoraux, les associations FNE/APE, estiment qu’il est plus que temps d’inverser les priorités. La seule voie responsable est de déclarer dans les engagements électoraux qu’il est urgent de moderniser l’assainissement et urgent d’attendre avant d’autoriser de nouvelles constructions.
C’est la condition indispensable pour préserver la qualité des eaux marines, sauver la conchyliculture de la rade et protéger durablement la santé publique.
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Liens utiles :
- Norovirus : plainte des conchyliculteurs de Thau (Hérault Tribune, 2023)
- 20 M€ pour Thau : et Tamaris ? (Occitanie Tribune, 2026)
- Bretagne : blocage des permis de construire (La Gazette, 2021)
- Lettre ouverte : Contaminations conchylicoles à Tamaris : l’inaction n’est plus acceptable.
