Le 9 janvier 2026, le préfet du Var a pris un arrêté portant interdiction temporaire de la pêche, du ramassage, du transport, de la purification, de l’expédition, du stockage, de la distribution, de la commercialisation et de la mise à la consommation humaine des coquillages issus de la Baie du Lazaret, en raison d’une contamination par des norovirus. Cet arrêté a fait l’objet d’un communiqué de presse le 10 janvier sans préciser la source de cette contamination.
Cette décision intervient dix jours après un arrêté similaire pris le 30 décembre 2025 par la préfète de l’Hérault, concernant les productions de l’étang de Thau, également interdites à la commercialisation pour contamination virale.
Des alertes sanitaires antérieures à la décision préfectorale
Or, dès la fin décembre, de nombreux signalements de troubles digestifs sévères chez des consommateurs de coquillages de la baie du Lazaret–Tamaris ont circulé sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, près de quinze jours avant l’interdiction officielle de commercialisation.
L’APE, FNE-Var ne sont malheureusement pas surprises par cette situation puisque à de nombreuses reprises elles ont transmis au préfet leurs inquiétudes concernant l’impact de ces contaminations bactériologiques sur la santé des consommateurs des productions locales.
Des contaminations récurrentes connues de longue date
Depuis de nombreuses années (2020, 2021, etc..), les associations APE et France Nature Environnement alertent sur les contaminations microbiologiques récurrentes des productions conchylicoles du Lazaret, en particulier après les épisodes de fortes pluies.
Les causes sont bien identifiées : les dysfonctionnements des réseaux d’assainissement lors des pluies intenses, avec rejets d’eaux usées insuffisamment traitées en rade de Toulon via les déversoirs d’orage.
Pourtant, plutôt que de traiter le problème à la source, et d'adapter le réseau d’assainissement, notre association et son président évidemment ont été attaqués, certains et non des moindre, le Président du Comité de baie lui-même, allant jusqu’à mettre en cause les résultats de la surveillance bactériologique et suspecter les oiseaux comme responsables de ces contaminations...
Une étude devait être réalisée pour le démontrer mais 5 ans plus tard, les résultats ne sont toujours pas connus. Il est urgent d’attendre pour les publier peut-être ? alors que les contaminations persistent…
Une surveillance inadaptée et biaisée
Récemment, l’APE/FNE a publié un rapport d’analyse des données historiques de contamination bactériologique des moules du Lazaret. Celui-ci met en évidence un biais méthodologique majeur dans le dispositif de surveillance utilisé pour le classement sanitaire de la rade.
En effet :
- Les prélèvements officiels ne sont généralement pas réalisés en période de pluie, précisément lorsque les moules et huîtres sont le plus exposées aux contaminations microbiologiques.
- L’analyse des rapports annuels de l’Ifremer montre que la fréquence des prélèvements varie fortement selon les années, sans garantir une représentativité suffisante des situations à risque.
- L’exclusion quasi systématique des résultats d’analyse obtenus en période de précipitations, pourtant révélateurs de contaminations élevées, affaiblit gravement la représentativité de la surveillance.
- De plus, la non-prise en compte d’un nombre important de résultats supérieurs à 4 600 E. coli/100 g de chair et liquide intervalvaire, observée notamment en 2021 et 2022, introduit un biais supplémentaire dans le classement de la zone.

Casser le thermomètre ne fera pas baisser la fièvre ! Ces pratiques ne sont pas conformes à l’objectif ni aux critères de la réglementation en vigueur pour le classement sanitaire des zones conchylicoles, tels que définis par le règlement (CE) n° 854/2004 et les instructions DGAL/SDSSA/2016-448.
Des préconisations ignorées
Depuis des années, l’APE et FNE demandent une évolution de la méthodologie de surveillance, afin d’assurer une protection effective des consommateurs et une information honnête des professionnels comme du public.
Nous préconisons notamment :
- La révision du plan de surveillance de la zone conchylicole du Lazaret afin d’intégrer des prélèvements réguliers et systématiques lors des fortes précipitations, comme cela se pratique dans de nombreuses autres zones de production françaises.
- La prise en compte de l’ensemble des résultats analytiques, y compris les valeurs élevées de contamination, pour le calcul du classement sanitaire des zones de production.
Attendre encore, au détriment de la santé publique
Nous sommes ici face à un cas emblématique des conséquences de l’inaction, le fameux il est urgent d’attendre : :
- attendre pour adapter la surveillance aux réalités des réseaux d’assainissement,
- attendre pour reconnaître les situations chroniques de contamination, et
- attendre pour informer et protéger les consommateurs après de fortes pluies.
Cerise sur le gâteau, depuis mi-2024, les données de la surveillance bactériologique ne sont plus disponibles sur le site dédié de la surveillance marine (SURVAL) de l’Ifremer. Ce que nous avons déplorons régulièrement lors des réunions de la Commission des cultures marines, sans succès !
Ce n’est ni en minimisant ni en niant le problème que les autorités et les élus locaux parviendront à le résoudre.
La transparence, l’adaptation des méthodes de contrôle et la prévention en amont sont les seules réponses responsables face à un risque sanitaire avéré.
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