Alors que notre territoire suffoque sous une nouvelle vague de chaleur qui perdure, que les autorités sanitaires rappellent à longueur de journée les dangers de la pollution atmosphérique et que chacun est invité à limiter ses émissions de gaz à effet de serre, un spectacle quotidien continue de se dérouler en rade de Toulon dans une forme de banalisation inquiétante : celui de navires laissant derrière eux d'épais panaches de fumée qui se fondent dans une couche de pollution déjà visible au-dessus de la Méditerranée, au-dessus de nos têtes.

z01 Corsica 02605619 z02 Corsica 02605628 z03 Corsica 02605632

z04 Corsica Mega express Three 02605660 z05 Mega Smeralda Serena 02605639

Les photographies prises aujourd'hui montrent successivement les Mega Smeralda, Mega Serena et Mega Express Three, de Corsica Ferries quittant la rade en laissant s'échapper des fumées qui rejoignent cette bande grisâtre stagnant dans les basses couches de l'atmosphère. Des images qui illustrent de façon saisissante ce que les habitants respirent au quotidien (Photographies et vidéos prises le 24 juin 2026 à partir de 18h00).

La pollution atmosphérique n'est pas qu’esthétique. Ces émissions contiennent notamment du dioxyde de carbone (CO₂), principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique, mais aussi des oxydes d'azote (NOₓ), des particules fines et ultrafines et d'autres polluants nocifs pour la santé humaine. En période de canicule, lorsque les masses d'air sont peu renouvelées et que les polluants s'accumulent, leurs effets peuvent être amplifiés, en particulier pour les personnes âgées, les enfants et les personnes souffrant de maladies respiratoires ou cardiovasculaires.

Ces trois navires dont l’un à plus de appartiennent à une génération conçue à une époque où les exigences environnementales étaient bien moins contraignantes qu'aujourd'hui. Le plus ancien a été construit il y a plus de 40 ans en 1985 (le Mega Smeralda) et le plus récent en 2001, il y a 25 ans. Malgré diverses adaptations réglementaires, leur propulsion demeure fondée sur des technologies anciennes utilisant des carburants fossiles lourds ou assimilés, très éloignées des solutions de décarbonation désormais disponibles.

Pourtant, d'autres choix existent. Brittany Ferries, qui exploite des lignes entre la France (Cherbourg, Caen, Roscoff, Saint-Malo), le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Irlande, a engagé depuis plusieurs années un renouvellement de sa flotte avec des navires plus récents, notamment propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL) ou hybrides, permettant de réduire sensiblement les émissions de soufre, d'oxydes d'azote et de particules. Si ces technologies ne constituent pas la solution définitive face au défi climatique, elles démontrent qu'une transition est possible lorsque les investissements et la volonté industrielle sont au rendez-vous.

À plus long terme, l'avenir du transport maritime passera par des motorisations encore plus propres : propulsion électrique sur certaines liaisons, hydrogène, e-méthanol, ammoniac bas carbone ou autres carburants de synthèse produits à partir d'énergies renouvelables. L'innovation existe ; elle mérite d'être accélérée.

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Et en prime ce mercredi … le Marella Explorer a déposé sa signature dans le ciel de Toulon : un panache de fumée qui rappelle que, malgré les discours sur la transition écologique, les émissions polluantes des grands navires demeurent une réalité quotidienne durant l’été pour les riverains de la rade (Photographies et vidéos prises le 24 juin 2026 à partir de 17h08).

Le long de notre littoral, les habitants continuent d'observer des fumées qui se mêlent, s’additionnent pour former une couche de pollution sans qu'aucune mesure locale ambitieuse ne semble véritablement émerger pour accélérer le renouvellement des flottes les plus émettrices de polluants ou conditionner l'accès aux ports des navires à des performances environnementales renforcées.

L’APE n’est pas opposée au transport maritime. Rappelons-le une énième fois. Les ferries assurent une mission essentielle de continuité territoriale et constituent souvent une alternative préférable au transport aérien pour de nombreux voyageurs et marchandises. En revanche, nous estimons que cette activité doit évoluer rapidement vers des navires utilisant des technologies qui éliminent les émissions de gaz à effet de serre et réduisent autant que possible les polluants atmosphériques ayant un impact direct sur la santé des riverains.

La canicule que nous traversons nous rappelle chaque jour l'urgence climatique. Les panaches qui s'élèvent au-dessus de la rade nous rappellent, eux, que cette urgence ne pourra être traitée sans une profonde transformation du transport maritime. Continuer comme avant n'est plus une option.