Lors de la réunion de quartier de Pin Rolland qui s'est tenue le 20 juin 2026, il a été affirmé que les études commanditées par la métropole ne montraient aucun impact des recharges en sable sur l'herbier de Posidonie. Un réexamen du rapport de référence sur le sujet, ainsi que nos observations de terrain les plus récentes, invitent à nuancer sérieusement ce constat.

Ce que dit réellement le rapport Galathea

Le rapport Galathea, réalisé pour le compte de la Métropole Toulon Provence Méditerranée (MTPM) afin d'évaluer l'innocuité environnementale des recharges de plage, repose sur une plongée de reconnaissance menée le 8 octobre 2021 par une équipe de plongeurs professionnels. Loin de conclure à une absence d'impact, ce rapport documente plusieurs signes de dégradation directement associés au sable de rechargement.

Les plongeurs y décrivent un herbier clairsemé et fragmenté à proximité immédiate du rivage, dont la densité et le recouvrement n'augmentent qu'avec l'éloignement de la côte. Ils relèvent surtout, en limite d'herbier et parfois en son sein, des zones où des faisceaux de Posidonie apparaissent recouverts de sable sur plusieurs centimètres au-dessus de l'écaille, certains faisceaux ensablés restant vivants, d'autres portant déjà des feuilles mortes, ce qui suggère un phénomène d'étouffement par le sable. Des zones de matte morte récente, où subsistent des faisceaux dépourvus de feuilles mais avec leur écaille encore en place, sont également cartographiées.

Le rapport conclut que des marques de dégradation « probablement liées au recouvrement par le sable » sont visibles, et qu'on ne peut exclure un effet du ré-ensablement de la plage sur l'ensablement de certaines zones de l'herbier et sur l'apparition de matte morte récente. La partie de l'herbier située au sud de la rivière de sable de retour est identifiée comme la plus touchée.

Cinq ans après : des dégradations toujours visibles, et plus marquées

Des photographies prises régulièrement jusqu’en ce mois de juin 2026, soit près de cinq ans après l'étude Galathea, montrent que ces mêmes zones présentent aujourd'hui les mêmes types de dégradations, et parfois de façon plus accentuée.

On observe aujourd’hui notamment :

  • des secteurs d'herbier manifestement étouffés par endroits, dans la continuité des faisceaux ensablés déjà répertoriés en 2019 par l’APE et en 2021 par Galathea ;

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Zone d’herbier en cours d’étouffement par du sable (Photographies prises les 27 et 28 juin 2026).

  • un herbier très dégradé, aux feuilles courtes et blanchies, qui ne semblent pas s'être renouvelées alors que nous sommes en plein mois de juin, période où le cycle de renouvellement foliaire de la Posidonie devrait être bien engagé ;

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Zones étendues d’herbier en cours de dégradation (Photographies prises les 27 et 28 juin 2026).

  • des îlots d'herbier structurés en anneaux concentriques révélateurs d'une dégradation progressive : une zone centrale réduite de rhizomes à feuilles vertes de taille moyenne, entourée d'un anneau de rhizomes aux feuilles blanches très courtes, lui-même bordé d'un anneau externe de rhizomes morts.

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Fragments d’herbier résiduels en cours de dégradation progressive (Photographies prises les 27 et 28 juin 2026).

Ces observations, documentées par de nouvelles photographies, rejoignent celles que nous avions déjà relevées in situ dès 2019, puis consignées en 2023 dans le rapport joint au mémoire présenté à l'appui de notre recours en annulation de l'arrêté préfectoral autorisant les recharges en sable.

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Secteurs colonisés par des Cymodocées (au premier plan) à proximité de l’herbier de posidonie au niveau de la rivière de sable situés plus au large et à proximité de la limite de la zone de baignade où certaines des chaines des bouées abiment l’herbier (Photographies prises les 27 et 28 juin 2026).

L'herbier de cymodocées, autre espèce de phanérogame marine protégée présente sur le site, reste quant à lui présent.

Des causes multiples, au-delà du seul recouvrement sableux

Le rapport Galathea pointait, comme nous l le recouvrement direct des faisceaux par le sable comme cause probable des dégradations observées. Deux autres facteurs, complémentaires, méritent d'être pris en compte pour expliquer l'ampleur et la persistance du phénomène :

  • la turbidité induite par les opérations de rechargement et leur remaniement ultérieur par la houle, qui réduit la lumière disponible pour la photosynthèse des feuilles de Posidonie ;
  • la nature du sable utilisé. Le sable de carrière, plus anguleux et plus abrasif que le sable marin naturel, est susceptible d'endommager mécaniquement le tissu foliaire lors des mouvements induits par l'agitation, ce qui pourrait contribuer à l'aspect blanchi et à l'absence de renouvellement observés sur les feuilles.

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Littoral de Sainte-Asile qui montre l’extension de la zone de turbidité au large de la plage soumise à l’action des vagues qui remettent en suspension et dispersent le sable rajouté sur la plage et dont une partie est également entrainée en mer par les eaux pluviales (Photographie prise le 28 mars 2024).

Ces deux paramètres, combinés à l'enfouissement direct par le sable déjà identifié en 2021, offrent une explication cohérente à l'abrasion et à la dégradation constatées sur certaines zones de l'herbier.

Une vie aquatique toujours présente, plus au large

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Photographies prises les 27 et 28 juin 2026.

Au-delà de ces zones dégradées, l'herbier retrouve un aspect plus normal à mesure que l'on s'éloigne de la plage vers le large. On y observe une faune variée : serrans écriture, rougets, sars, saupes, et même des juvéniles de barracuda, signe que la partie de l'écosystème non soumise à l’influence des recharges en sable continue d'offrir un habitat fonctionnel, ce qui rend d'autant plus nécessaire la préservation des secteurs aujourd'hui fragilisés.

L'engagement de l'APE : pourquoi votre soutien compte

Documenter, année après année, l'état réel de cet herbier de Posidonie n'est possible que grâce à la mobilisation de terrain de notre association. Photographies, relevés, veille sur les études officielles, préparation des recours : chacune de ces actions demande du temps, de l'expertise et des moyens.

La Posidonie n'est pas une plante comme une autre : elle abrite juvéniles et espèces emblématiques de notre littoral, elle stabilise les fonds marins, et elle met des décennies à se reconstituer une fois détruite. Ce que montrent nos photos aujourd'hui, ce sont les premiers signaux d'un déclin qu'il est encore temps de freiner, mais chaque année de recharge en sable rend la remédiation plus difficile.

L'APE continue son travail de vigilance citoyenne et d'action juridique pour la protection de notre littoral. Pour nous permettre de poursuivre ce suivi, de financer les prochaines campagnes photographiques et de soutenir nos démarches devant la justice, votre don, quel que soit son montant, fait la différence.

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