Depuis près d’une décennie, l’Association de Protection de l’Environnement (APE) et France Nature Environnement documentent, alertent, demandent. Depuis 2018, les signes de pollution chronique sur la plage de Grave-Cavalas (Saint-Mandrier-sur-Mer, Var) sont patents : prolifération d’algues (ulves) indiquant une contamination organique persistante, suspectée provenir des eaux d’un ruisseau débouchant à l’est, issu d’une enceinte militaire. Huit ans plus tard, que s’est-il passé ? Rien. Ou presque : la mairie a choisi de tirer sur le messager, sur le lanceur d’alerte plutôt que de supprimer la source de pollution.
Les deux rus débouchant sur la plage de Grave-Cavalas collectent les eaux pluviales, mais pas que, au niveau du fond de deux petits vallons distincts. Ils apparaissent en trait et tiretés bleu sur la carte IGN au 1 :50000ème.
Pendant que l’APE effectue bénévolement le travail de contrôle qui incombe à l’exploitant, à la commune et à l’Agence Régionale de Santé (ARS), les autorités locales répondent par des attaques personnelles et des dénis. Le bulletin municipal en date d’octobre 2025, signé du maire, accuse l’APE de vouloir « se substituer à l’ARS », met en doute la validité des prélèvements, il embrouille le débat… mais ne répond jamais à la seule question qui vaille : le maire a-t-il mis en demeure le responsable de la source de pollution de cesser ces rejets ?
« Il est urgent d’attendre » : la doctrine qui empoisonne la plage
Cette inaction n’a rien d’un accident. Elle est la traduction concrète de la doctrine que le maire ne cesse d’appliquer : « il est urgent d’attendre ». Attendre que l’ARS daigne agir, attendre que le pollueur bouge, attendre que les analyses soient « officielles », comprenez : réalisées par des organismes que la commune contrôle, attendre que la saison estivale soit passée, attendre que le scandale s’éteigne de lui-même.
Cette doctrine, c’est celle de la paralysie sous couvert de prudence. Sauf qu’ici, elle a un coût sanitaire potentiel bien réel. Pendant que le maire attend, les baigneurs, enfants, parents, personnes âgées, se baignent dans des eaux susceptibles d’être chargées d’entérocoques et d’E. coli. Pendant qu’il attend, les chiens (pourtant interdits) et la faune sauvage continuent de boire de l’eau contaminée. Pendant qu’il attend, les rejets fécaux continuent de déverser leur cargaison dans la mer, sans qu’aucune inspection ni mise en demeure ne soit engagée.
Non, Monsieur le Maire, il n’est plus urgent d’attendre. Il est urgent d’agir.
Des preuves irréfutables, des résultats accablants
L’APE a transmis dès 2018 un rapport intitulé « Contamination bactériologique des eaux du ru de la plage de Grave-Cavalas – Confirmation d’une source de pollution ». À l’époque déjà, le site militaire, la commune, la préfecture, l’ARS avaient été saisies sans jamais répondre ni publier de donnée sur les eaux de ce ruisseau pour le public.
Les exutoires des deux rus débouchant sur la partie au centre et à l’est et de la plage de Grave-Cavalas sont situés au niveau des deux canniers de la plage. Ce n’est pas une surprise puisque la canne de Provence (Arundo donax) se rencontre dans les milieux humides : terrains inondables, berges de cours d’eau, fossés… Les eaux de ces deux rus ont fait l’objet d’un prélèvement le 27 juillet 2026. Les eaux du ru à l’est avaient été prélevées le 29 aout 2025 et le 10 juillet 2026.
Face à ce vide, l’APE a pris ses responsabilités. Des échantillons eaux douces des rus ont été prélevés en toute indépendance et transportés dans les conditions énoncées dans la norme ISO 19458 et l'annexe 5 de la Directive 2006/7/CE. Une procédure stricte de prélèvement est appliquée afin d’éviter toute contamination de l’échantillon par l’extérieur avec l’utilisation de flacons stériles. Les échantillons sont ensuite transportés jusqu’au laboratoire départemental d’analyse et d’ingénierie du Var (LDAI) à une température maximale de 4°C, à l’aide d’une glacière, pour analyse dans les 24 heures par le laboratoire d’analyses.
Le 29 août 2025, un premier échantillon eaux douces du ru a été prélevé, résultat : 1 200 entérocoques/100 mL et 2 400 E. coli/100 mL. Des niveaux qui explosent les seuils réglementaires.
Cette année, le 10 juillet 2026, après plus d’un mois sans pluie, un nouvel échantillon confirme une pollution persistante : 190 entérocoques/100 mL. Preuve que la contamination n’est pas un phénomène accidentel lié aux seules pluies.
Mais le pire est à venir. Les 27 juillet 2026, deux jours après des précipitations de 40 mm, l’APE prélève simultanément les eaux de deux ruisseaux débouchant sur la plage. Les résultats reçus ce jour même 30 juillet sont sans appel :
| Point de prélèvement | Entérocoques (/100 mL) | E. coli (/100 mL) |
| Ru Est (enceinte militaire) rapport d'analyse | > 2 400 | 2000 |
| Ru central rapport d'analyse | > 2 400 | 2000 |
Ces valeurs dépassent la limite maximale (2 400/100mL) de l’intervalle de mesure du laboratoire pour les entérocoques et dépassent évidemment de 10 à 20 fois les seuils de qualité suffisante pour les eaux de baignade. Elles sont le signe d’une contamination fécale massive, chronique et récurrente.
Des sources identifiées, des responsabilités ignorées
Le ru à l’est, issu du site militaire, est confirmé comme un vecteur majeur de pollution bactériologique. Mauvais raccordements, débordements d’installations de traitement des eaux usées, rejets directs… Les causes possibles sont connues, mais aucune inspection n’a été rendue publique.
Le ru central, jusqu’ici ignoré puisqu’il n’est pas mentionné comme un exutoire des eaux pluviales sur le panneau d’information, apparaît tout aussi contaminé.
L’APE s’interroge légitimement sur l’existence d’installations, ouvrages, travaux ou activités (IOTA) relevant de la nomenclature « Eau » (rubrique 2.1.5.0), ces rejets d’eaux pluviales et usées dans le milieu naturel étant soumis à déclaration ou autorisation préfectorale.
Cette vidéo prise le 27 juillet 2026 montre un écoulement permanent du ru Est dont les eaux percolent dans le sable avant de regagner la mer.
Nous observons en effet que ces écoulements sont susceptibles :
- De présenter des dangers pour la santé et la sécurité publiques ;
- De porter une atteinte grave à la qualité du milieu aquatique ;
- De constituer des rejets directs ou indirects, chroniques ou épisodiques ;
- D’altérer durablement la qualité des eaux littorales et des sédiments.
Risques sanitaires : une plage sous haute tension
La plage de Grave-Cavalas est très fréquentée en été, notamment sa zone Est où les propriétaires de chiens, malgré l’interdiction, sont nombreux. La contamination des eaux de baignade et du sable que les eaux traversent pour gagner la mer expose les usagers à des infections gastro-intestinales, cutanées, urinaires, voire plus graves chez les enfants et les personnes immunodéprimées. Les chiens, même interdits, peuvent participer à la transmission de ces pathogènes.
Sur le plan écologique, ces rejets d’eaux résiduaires favorisent l’eutrophisation des eaux côtières et les contaminations bactériennes, virales ou fongiques impactent directement la biodiversité marine.
Face aux preuves, la mairie choisit l’attaque
Plutôt que d’agir, la commune, par la voix de son maire dans le bulletin municipal, a choisi la stratégie du déni et du conflit. On y lit que l’APE « cherche à se substituer à l’ARS », que ses échantillonnages ne seraient « pas corrects », le sujet est embrouillé à volonté… Autant de contre-vérités qui ne répondent jamais à la question centrale : le maire a-t-il, oui ou non, mis en demeure le responsable de la source de pollution de cesser ces rejets ?
Pendant ce temps, l’APE, bénévolement, sans moyens publics, fait le travail que devraient effectuer l’exploitant du site militaire, la commune et l’ARS. Nous documentons, nous prélevons, nous alertons, nous proposons des solutions concrètes. Et en retour, nous récoltons des attaques.
Nos demandes urgentes
Face à cette situation gravissime et persistante, l’APE exige :
- Une inspection immédiate du réseau d’assainissement militaire à l’origine de la pollution du ru Est ;
- L’ajout de points de prélèvements réguliers sur les eaux des deux ruisseaux débouchant sur la plage, avec publication publique des résultats ;
- L’interdiction temporaire de la zone Est de la plage tant que la contamination n’est pas résorbée ;
- Une campagne de sensibilisation des usagers, notamment les propriétaires de chiens ;
- Des études complémentaires : analyses du sable, modélisation hydrologique, traçage des sources de contamination ;
- La mise en demeure formelle du responsable – qu’il s’agisse du ministère des Armées, de la commune ou de tout autre exploitant – de mettre fin à ces rejets illégaux.
Conclusion : assez d’atermoiements, place aux actes
Depuis 2018, l’APE alerte. Depuis 2018, les résultats sont accablants. Depuis 2018, les autorités détournent le regard ou attaquent le lanceur d’alerte. Assez.
La pollution bactériologique chronique de la plage de Grave-Cavalas est un scandale sanitaire et environnemental. Elle est connue, documentée, mesurée. Il ne manque plus que la volonté politique d’y mettre fin.
Aujourd’hui 30 juillet, 5 jours après les pluies du 25 juillet, l’ARS n’a publié aucun résultat de contrôle des eaux de baignade depuis le 21 juillet. Or, le lessivage des sols par les pluies peut entraîner des pollutions bactériologiques significatives. Cette absence d’information constitue un grave manquement à l’obligation d’information du public.
Nous appelons les citoyens à soutenir notre action, à exiger des comptes de leurs élus et à ne plus accepter que la santé publique et l’environnement soient sacrifiés sur l’autel de l’inaction et de la mauvaise foi.
L’APE poursuivra ses prélèvements, ses analyses et ses alertes. Rien ni personne ne nous fera taire. Car après huit années d'alertes, une dernière question demeure : si personne n'est responsable, qui répondra demain des conséquences de cette inaction ?
Protéger notre santé, préserver ce patrimoine naturel inestimable pour lui-même et le transmettre intact aux générations futures : c'est là tout le sens du combat et de l'engagement quotidien de l'APE.
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