Dans le quartier de l’Escaillon, l’Unité de Valorisation Énergétique (UVE) de la métropole toulonnaise fonctionne depuis plusieurs décennies (1985). Des dépassements répétés de valeurs limites d’émission, une mise en demeure concernant le mercure et un panache sombre observé récemment rappellent l’importance d’une surveillance rigoureuse de ses rejets atmosphériques.
Une installation ancienne au service de la métropole
Exploitée par la société Zéphire dans le cadre d’une délégation de service public conclue avec le SITTOMAT pour la période 2013-2030, l’UVE de Toulon est autorisée à incinérer jusqu’à 285 000 tonnes de déchets par an, dont 11 000 tonnes de déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI). Elle traite principalement des ordures ménagères et des déchets industriels banals.
L’installation comprend de différentes lignes d’incinération dont deux mises en service en 1985, d’une en 1993 et la ligne DASRI en 1995.
Elle assure aussi une fonction énergétique en produisant de la chaleur pour les réseaux de chauffage urbain de Beaucaire et de Berthe, ainsi que de l’électricité.
Cette valorisation énergétique est utile, mais elle ne doit pas faire oublier la nature industrielle de l’activité : l’incinération des déchets génère des rejets atmosphériques qui doivent respecter des valeurs limites réglementaires.
Des incidents techniques ponctuent par ailleurs le fonctionnement des lignes et peuvent conduire à leur arrêt, notamment à la suite de fuites. L’ancienneté des équipements et les conséquences possibles de ces incidents justifient une vigilance constante.
Des dépassements répétés, notamment pour le mercure
Les documents présentés lors des réunions de la Commission de suivi de site (CSS) font état de dépassements des valeurs limites d’émission journalières (VLEj) pour plusieurs polluants, notamment l’acide chlorhydrique (HCl), les oxydes d’azote (NOx), l’ammoniac (NH₃) et le mercure (Hg).
Oxydes d’azote : un enjeu sanitaire qui dépasse les émissions de l’UVE
Les oxydes d’azote, notamment le dioxyde d’azote (NO₂), contribuent à la pollution atmosphérique. Le NO₂ est associé à des effets respiratoires et à une augmentation des risques sanitaires liés à l’exposition à long terme.
Selon Santé publique France, près de 7 000 décès par an étaient attribuables à l’exposition chronique au NO₂ en France métropolitaine sur la période 2016-2019. Cette estimation concerne l’exposition à la pollution de l’air ambiant à l’échelle nationale : elle ne correspond pas aux décès causés par les seules installations industrielles, ni à ceux qui seraient imputables à l’UVE de Toulon.
Or, les documents présentés par l’exploitant font état de dépassements de valeurs limites journalières pour les oxydes d’azote. Ces constats doivent conduire à examiner les conditions dans lesquelles ils se produisent, leur fréquence, les mesures correctives mises en œuvre et les résultats des contrôles. Dans une agglomération déjà exposée à plusieurs sources de pollution, chaque source d’émission doit être surveillée et maîtrisée.
Mercure : un polluant toxique qui impose une vigilance particulière
Le cas du mercure est particulièrement préoccupant en raison de la répétition des dépassements. Ce métal toxique peut persister dans l’environnement et, selon ses formes chimiques et les conditions du milieu, se transformer et s’accumuler dans les chaînes alimentaires.
La situation a conduit le préfet du Var à prendre, le 25 septembre 2026, un arrêté de mise en demeure à l’encontre de la société Zéphire.
Cet arrêté fait état de dépassements de la valeur limite journalière du mercure, fixée à 0,02 mg/Nm³ :
- 2024 : 34 dépassements ;
- 2025 : 18 dépassements ;
- Du 1er janvier au 30 avril 2026 : 13 dépassements.
L’inspection relève également que la procédure de contrôle qualité QAL3, destinée à vérifier la fiabilité des mesures des analyseurs en continu, n’était pas mise en œuvre sur les analyseurs de mercure concernés.
La mise en demeure impose à l’exploitant de respecter les prescriptions réglementaires relatives aux émissions de mercure et de mettre en œuvre les mesures correctives demandées, selon les échéances fixées par l’arrêté.
Ces constats officiels appellent des explications sur les causes des dépassements, sur les mesures engagées et sur leur efficacité. Le respect des valeurs limites d’émission n’est pas une simple recommandation : c’est une obligation réglementaire.
L’inhalation de vapeurs de mercure peut notamment affecter le système nerveux et les reins. Les composés organiques du mercure, auxquels la population est surtout exposée par l’alimentation, peuvent également altérer le développement neurologique du fœtus et de l’enfant. Les femmes enceintes et les jeunes enfants figurent parmi les populations les plus vulnérables. Santé publique France rappelle ces risques dans ses travaux de biosurveillance.
À Toulon, les dépassements répétés de la valeur limite journalière d’émission du mercure et la mise en demeure adressée à l’exploitant en septembre 2026 soulèvent donc une question concrète : les dispositifs de traitement et de contrôle permettent-ils de garantir durablement le respect des prescriptions réglementaires ? Il ne s’agit pas d’affirmer que ces dépassements ont provoqué des effets sanitaires mesurés chez les riverains, mais de rappeler qu’ils justifient une surveillance rigoureuse et une information transparente du public.
Le mercure est tristement associé à la maladie de Minamata, survenue au Japon à la suite d’une grave intoxication au méthylmercure, un composé qui avait contaminé les poissons et les fruits de mer consommés par la population. Cette catastrophe sanitaire a notamment révélé les conséquences neurologiques dramatiques d’une exposition importante à ce polluant.
Un panache sombre observé le 15 octobre
Le jeudi 15 octobre 2026, à 15 h 58, une vidéo a été prise alors qu’un panache très sombre s’échappait de la cheminée de l’UVE, qui culmine à environ 80 mètres de hauteur.
Un panache sombre s’échappe de la cheminée de l’Unité de Valorisation Énergétique, à environ 80 mètres de hauteur. Son aspect rappelle les panaches sombres parfois observés en sortie des cheminées de navires dans la rade de Toulon. Cette observation visuelle ne permet pas, à elle seule, d’identifier les substances rejetées ni d’en mesurer les concentrations. Elle soulève néanmoins des questions sur les conditions de fonctionnement de l’installation et sur les émissions enregistrées à cet instant (Vidéo enregistrée à Toulon, quartier de l’Escaillon le jeudi 15 octobre 2026 à 15 h 58).
L’aspect de ce panache interpelle. Il rappelle visuellement les fumées sombres parfois observées au-dessus de certains navires, notamment des ferries de la Corsica Ferries, lors de leurs passages ou de leurs escales dans les ports de la rade.
Cette ressemblance ne permet pas de conclure que les fumées ont la même composition chimique, ni d’affirmer que leur couleur révèle à elle seule une infraction. Mais elle justifie de demander des explications, particulièrement dans le contexte des dépassements déjà constatés.
L’exploitant et les services de contrôle devraient pouvoir préciser si cet épisode correspondait à une phase particulière de fonctionnement, à un incident technique ou à une autre circonstance. Il serait également utile de connaître les données enregistrées par les analyseurs en continu à cette heure-là, notamment pour les poussières, le monoxyde de carbone et les autres paramètres surveillés.
Une cheminée de 80 mètres favorise la dispersion des rejets, mais ne les supprime pas. La hauteur du rejet ne dispense donc ni du respect des valeurs limites ni d’un contrôle fiable des émissions.
Une surveillance qui doit être transparente
L’UVE constitue une source d’émissions atmosphériques qui fonctionne sur de longues périodes, contrairement aux navires dont les émissions dépendent notamment de leurs déplacements et de leurs escales. Ses rejets doivent donc être pris en compte dans l’évaluation globale de la qualité de l’air de la métropole, aux côtés des émissions du trafic maritime, des transports et des autres activités industrielles.
Pour l’APE, plusieurs exigences sont essentielles :
- rendre accessibles les résultats de surveillance des émissions atmosphériques ;
- expliquer les dépassements constatés et les causes identifiées ;
- vérifier l’efficacité des mesures correctives imposées à l’exploitant ;
- éclaircir les circonstances du panache sombre observé le 15 octobre, en confrontant cette observation aux données de fonctionnement et de mesure disponibles.
La valorisation énergétique des déchets ne saurait justifier que les émissions atmosphériques soient considérées comme une conséquence secondaire de l’activité. Les riverains et les habitants de la métropole ont droit à une information compréhensible, transparente et vérifiable.
Valoriser les déchets ne doit jamais conduire à banaliser les pollutions. La protection de la qualité de l’air exige des résultats mesurables, des contrôles fiables et des réponses précises lorsque des anomalies sont constatées.
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