Dans le bulletin municipal de décembre dernier, puis dans une publication sur son site en ligne en janvier 2026, le maire sortant, M. Vincent, s’est félicité de l’amélioration de la qualité de l’air sur le territoire de la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM). Selon lui, cette évolution serait le résultat direct de « notre stratégie sur les transports, l’isolation des bâtiments et les moyens de chauffage ».

L’affirmation est catégorique. Elle est aussi très contestable. Sur les sujets d’urbanisme et d’environnement, M. Vincent affectionne les déclarations définitives. Elles s’accompagnent régulièrement d’attaques personnelles, notamment contre le président de l’APE, dont il semble visiblement jalouser l’expertise et les connaissances sur ces questions.

Mais revenons aux faits.

Oui, la qualité de l’air s’améliore… mais partout en Europe

Oui, la qualité de l’air s’est améliorée ces dernières années. Personne ne le conteste. Mais il convient d’emblée de tempérer l’autosatisfaction affichée par M. Vincent : cette amélioration n’est pas spécifique à notre métropole. Elle est observée dans toute l’Europe.

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Evolutions des principaux polluants dans l’atmosphère en Europe de 20025 à 2023 (à gauche) et en France de 2000 à 2024 (à droite).

Les raisons sont connues et largement documentées par les organismes scientifiques européens. Le rapport « 2014-2024: A decade of air quality improvements in Europe » publié par le programme Copernicus Atmosphere Monitoring Service montre que la baisse des concentrations de nombreux polluants est une tendance générale sur le continent. Mieux, le rapport Europe’s Environment 2025 report de l’Agence européenne pour l’environnement souligne que tous les polluants atmosphériques, dont les émissions sont réglementées, ont enregistré des tendances à la baisse significatives depuis 2005 !

Elle résulte avant tout des politiques publiques européennes de réduction des émissions polluantes et des progrès technologiques, notamment dans les transports et l’industrie.

Autrement dit, contrairement à ce que laisse entendre M. Vincent, ce ne sont pas les décisions de la métropole TPM qui ont amélioré la qualité de l’air en Europe.

Des résultats locaux loin d’être exemplaires

Lorsque l’on compare les chiffres, la réalité est même beaucoup moins flatteuse pour la métropole.

Depuis 2014 :

  • les émissions de SO₂ ont diminué de 85 % en Europe, mais seulement de 17 % à TPM
  • celles de NOx ont baissé de 53 % en Europe, contre 35 % à TPM
  • les COVNM ont reculé de 35 % en Europe, mais seulement de 7 % sur notre territoire
  • les PM2,5 ont diminué de 38 % en Europe, contre 24 % à TPM
  • l’NH₃ a baissé de 17 % en Europe, contre 5 % à TPM

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : les progrès observés localement ne sont ni exceptionnels ni particulièrement rapides. Ils s’inscrivent simplement dans une tendance générale observée partout en Europe.

Le progrès technologique, principal moteur de l’amélioration

Dans l’article de Var-Matin du 29 janvier 2026 « Du mieux pour la qualité de l’air, jusqu’à quand ? » que M. Vincent cite sur son site Facebook, en le tronquant judicieusement du texte expliquant les causes, pour appuyer sa démonstration, les spécialistes d’AtmoSud donnent d’ailleurs une explication très claire.

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Facebook de G. Vincent du 4 février 2026 et photo du panache du Pascal Lota de la Corsica Ferries battant pavillon italien entrant dans la petite rade de Toulon ce 5 mars 2025 à 7h50.

M. Damien Piga, directeur de l’innovation à AtmoSud, rappelle que l’amélioration de la qualité de l’air est avant tout liée au progrès technologique, notamment dans l’automobile. Lorsque les particuliers renouvellent leur véhicule, les nouveaux modèles respectent des normes environnementales plus strictes et émettent moins de polluants. Autrement dit, l’amélioration observée est d’abord liée au renouvellement du parc automobile et aux normes européennes, bien plus qu’à une stratégie locale particulière.

Un point que M. Vincent se garde bien de rappeler.

Respecter les normes ne signifie pas protéger la santé

Autre affirmation trompeuse quant à notre santé : M. Vincent souligne que les stations de mesure d’AtmoSud ne dépassent pas les valeurs réglementaires.

C’est exact.

Mais ces valeurs réglementaires européennes restent bien supérieures aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, publiées en 2021. Comme nous vous l’annoncions à l’époque, ces recommandations sont aujourd’hui la référence scientifique médicales pour protéger la santé. Autrement dit, respecter la réglementation ne signifie pas que l’air est sans danger pour la santé de la population exposée à ces pollutions.

Les mesures réalisées à Saint-Mandrier sont préoccupantes

Les données objet de l’analyse personnelle de M. Vincent sont celles de la ville de Toulon. Regardons les données recueillies par la station temporaire installée à Saint-Mandrier entre août et octobre 2021. Les résultats montrent que les concentrations de particules fines PM2,5 dépassent très fréquemment les niveaux recommandés par l’OMS, et la moyenne sur cette période est de 9,7 µg/m3, soit le double de la valeur annuelle recommandée par l’OMS (5 µg/m3).

Or ces particules sont précisément celles qui présentent les impacts sanitaires les plus importants sur notre santé !
Les mesures de dioxyde d’azote révèlent également des pics significatifs et nombre de valeurs dépassant les valeurs recommandées par l’OMS.

zStation Atmosud

Localisation de la station temporaire à Saint-Mandrier en 2021.

Station Atmosud SM PEM PM2,5 VF Station Atmosud SM PEM NO2 VF

Evolutions exprimées en µg/m3 des particules fines de tailles inférieures à 0,5 µm (graphe de gauche) et du dioxyde d’azote NO2 (Graphe de droite) mesurés à la station Atmosud installée temporairement à Saint-Mandrier Village du 2 aout au 6 octobre 2021 avec des enregistrements toutes les 15 minutes et une interruption des données entre le 10 septembre et le 13 septembre. Les niveaux recommandés annuels et journaliers par l’OMS-2021 sont indiquées par deux lignes en rouge sur chaque graphe.

Ces résultats renforcent une des demandes que l’APE formule depuis des années : l’installation d’une station permanente de mesure de la qualité de l’air à Saint-Mandrier, incluant un détecteur du débit de dose ambiant (radioactivité) afin d’identifier précisément les sources de pollution locales.

Des sources de pollution locales encore largement ignorées

M. Vincent critique également les photographies montrant les panaches de fumée de certains navires dans la rade.

Pourtant, l’impact des activités maritimes a déjà été étudié et modélisé, notamment concernant les émissions de dioxyde de soufre. Selon les conditions de vent, ces pollutions peuvent se déplacer et affecter des zones situées à distance des quais. Les données horaires de certaines stations Atmosud situées près des ferries montrent d’ailleurs régulièrement des niveaux élevés de particules fines.

AIRPACA Station TOULON TCA

Visualisation des données en différents polluants mesurés par la station Atmosud Toulon-TCA située sur le quai du port commercial de Toulon (Prise d’écran le 9 mars 2026 à 18h45). Le tableau montre que les concentrations en particules fines PM2,5 ont atteint une valeur maximale de 89 µg/m3 lors des dernières 48 heures (AirPACA).

Faire semblant de ne pas voir ces réalités n’aide en rien à améliorer la situation.

Malheureusement cette évolution à la baisse n’est pas aussi significative pour l’ozone.

Ainsi l'Europe a connu un épisode de pollution atmosphérique d’ozone important à la mi-juin 2025, avec des concentrations d'ozone élevées dépassant les seuils réglementaires dans nombre de pays. Cette situation persista durant le week-end en raison de conditions météorologiques favorables : soleil, chaleur et stabilité. Situation qui concerna notre région.

Les concentrations d'ozone ont commencé à augmenter dans le bassin méditerranéen le 9 juin 2025 et ont progressé significativement jour après jour dans la quasi-totalité des pays européens et en particulier en région PACA. Seule la Scandinavie a été épargnée.

L'animation ci-dessus illustre l'évolution horaire des concentrations d'ozone le 9 juin 2025, avec des niveaux faibles la nuit en l'absence de soleil et une augmentation rapide durant la journée. Les pays méditerranéens et l'Europe centrale sont les zones les plus exposées, où la combinaison des sources d'émission et des températures élevées crée des conditions optimales pour la production d'ozone.

La qualité de l’air est désormais un enjeu politique local

Comme le rappelle également Damien Piga dans l’article de Var-Matin, la question de la qualité de l’air devient aujourd’hui un enjeu de plus en plus local. La présence de la voiture dans les centres urbains, le développement des transports en commun, les mobilités douces, les zones piétonnes ou les pistes cyclables sécurisées sont autant de leviers d’action concrets.

L’autosatisfaction du vice-président chargé de la Protection de l’environnement, développement durable, transition écologique et énergétique tient lieu de politique environnementale… Pourtant ce sont autant de sujets qui devraient naturellement être au cœur des débats métropolitains et municipaux, des actions toujours absentes du programme du candidat Vincent.

Plutôt que de se satisfaire d’améliorations qui sont en réalité observées dans toute l’Europe, il serait peut-être temps d’ouvrir ce débat sérieusement.

Car si la qualité de l’air s’améliore, elle reste encore loin des niveaux réellement protecteurs pour la santé. Et sur ce point, beaucoup reste à faire localement pour que l’air soit vraiment respirable sans impacter notre santé. Il est urgent d’agir, et c’est possible !

Pollution de l’air des progrès pour notre santé nécessaires et possibles [Infographie] 1