Le véritable soutien aux joutes provençales ne consiste pas à opposer tradition et santé publique, mais à garantir que les jouteurs puissent pratiquer leur sport dans une eau dont la qualité microbiologique est connue et maîtrisée.

À l'occasion du conseil municipal du 30 juillet 2026, une motion de soutien aux joutes provençales a été présentée et adoptée par la majorité municipale. Le maire a expliqué sur son compte Facebook que cette initiative faisait suite aux courriers adressés par l'APE et France nature environnement du Var concernant la qualité microbiologique des eaux du port et les conditions dans lesquelles les joutes sont organisées.

Cette présentation appelle plusieurs précisions.

Depuis l'origine, l'APE et FNE-Var n'ont jamais demandé la suppression des joutes provençales. Notre position est constante : nous souhaitons au contraire que cette tradition puisse être préservée et transmise dans les meilleures conditions possibles de sécurité sanitaire.

Notre interrogation est simple :

Lorsque des sportifs sont amenés à s'immerger volontairement dans les eaux d'un port, n'est-il pas légitime de vérifier que leur qualité microbiologique est compatible avec cette pratique ?

C'est dans cet esprit que, le 31 juillet 2026, l'APE et France Nature Environnement Var ont adressé un nouveau courrier au maire de Saint-Mandrier-sur-Mer.  Celui-ci répond aux déclarations faites lors du conseil municipal et renouvelle plusieurs demandes restées sans réponse concernant les analyses réalisées par la commune, les éventuelles autorisations relatives aux immersions dans le port et les contrôles microbiologiques effectués avant les compétitions.

Notre démarche ne repose ni sur des suppositions ni sur des intentions prêtées aux uns ou aux autres.

Elle repose sur des observations de terrain, des prélèvements réalisés selon les recommandations en vigueur et des analyses confiées au Laboratoire Départemental d'Analyses et d'Ingénierie du Var (LDAI).

Les analyses ne sont pas contradictoires : elles ne portent pas sur les mêmes conditions

Le maire affirme que les analyses réalisées durant l’été 2025 à la demande de la commune concluaient à une qualité des eaux compatible avec la baignade, contrairement à celles réalisées par l'APE.

Cette présentation est incomplète.

Les deux campagnes de prélèvements ont été effectuées à des dates différentes, dans des conditions météorologiques totalement différentes.

Les prélèvements de la commune ont été réalisés les 15 et 30 juillet 2025, au cours d'une période sèche, soit près d'un mois avant la Coupe de France des joutes provençales et avant les fortes précipitations du 28 août 2025. Les résultats obtenus ne peuvent donc pas être considérés comme représentatifs de la qualité microbiologique des eaux au moment des compétitions organisées le 30 août 2025.

À l'inverse, le prélèvement réalisé par l'APE et FNE Var a été effectué le 29 août 2025 à 7 h 45, soit le lendemain des fortes pluies et la veille des épreuves, précisément au moment où les sportifs allaient être immergés dans les eaux du port (Contamination bactériologique des eaux du port de Saint-Mandrier-sur-Mer – Village, le 29 août 2025).

Les analyses réalisées par le Laboratoire Départemental d'Analyses et d'Ingénierie du Var ont alors mis en évidence 480 entérocoques intestinaux/100 mL et 410 Escherichia coli/100 mL, révélant une contamination fécale significative.

La question n'est donc pas de savoir quelles analyses seraient « bonnes » ou « mauvaises ». Les deux séries de mesures décrivent des situations différentes.

La véritable question est de savoir quelles analyses sont pertinentes pour apprécier le risque sanitaire auquel sont exposés les jouteurs au moment où ils entrent dans l'eau.

C'est précisément pour cette raison que l'APE demande qu'un contrôle microbiologique soit réalisé au plus près des compétitions, notamment après des épisodes pluvieux susceptibles de dégrader rapidement la qualité des eaux.

Le débat ne devrait pas être présenté comme APE contre mairie, mais comme un problème de stratégie d'échantillonnage.

En hydrologie et en microbiologie, un prélèvement n'a de valeur que s'il est représentatif du phénomène que l'on cherche à caractériser. Un prélèvement réalisé un mois avant une compétition ne peut pas renseigner sur la qualité de l'eau le jour de cette compétition, surtout lorsqu'un épisode pluvieux important est intervenu entre les deux. Ce n'est pas une opinion : c'est un principe fondamental de l'échantillonnage environnemental.

 z01A etron 02609358 z01B etron 02609362

z02A Muges 02606345 z02B Muges 02606347

Matières fécales flottant au niveau de la panne d’accès à l’arrêt des navettes Ponton Président (haut) et présence d’un groupe de muges en train de manger en nageant en rond (bas) au niveau des rejets de l’exutoire de la panne H

Vidéo prise le 9 juillet 2026 à 23h15 ayant conduit à réaliser un nouveau prélèvement des eaux du port le 10 juillet en période sèche.

Les muges observés à l'exutoire adoptaient un comportement alimentaire caractéristique de leur espèce. Ces poissons détritivores se nourrissent naturellement de matière organique, de biofilms, de microalgues et de bactéries. Des études scientifiques montrent d'ailleurs que les bactéries peuvent représenter 15 à 30 % de la matière organique qu'ils assimilent. Leur présence en train de consommer les matières flottantes observées est donc cohérente avec leur écologie alimentaire. La nature exacte de ces matières ne peut toutefois pas être déterminée sur la seule base de l'observation visuelle c’est pourquoi un nouveau prélèvement à été réalisé le lendemain matin le 10 juillet 2026.

Un rapport actualisé

Parallèlement à ce courrier, l'APE et FNE Var publient aujourd'hui la mise à jour de leur rapport consacré à la contamination microbiologique des eaux du port de Saint-Mandrier-sur-Mer, actualisation juillet 2026.

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Ce rapport présente notamment les résultats de la nouvelle campagne de mesures réalisée le 10 juillet 2026, après plus d'un mois sans pluie.

z03 Flacon et prélèvement des eaux Port

Flacon de prélèvement stérile fourni par le LDAI utilisé par l’APE et prélèvement d’un échantillon d’eau du port de Saint-Mandrier réalisé le 10 juillet 2026 (Photographie prise le 10 juillet 2026 à 7h05)

Les analyses mettent en évidence :

  • 31 Escherichia coli /100 mL ;
  • 210 entérocoques intestinaux /100 mL.

Ces résultats confirment que des bactéries indicatrices d'une contamination fécale restent détectables dans les eaux du port, y compris en période sèche.

Le rapport compare également ces résultats à ceux obtenus le 29 août 2025, après un épisode pluvieux, et rappelle le cadre réglementaire applicable ainsi que les recommandations formulées par l'APE et FNE Var.

La qualité des eaux n'est pas un sujet politique

La qualité microbiologique des eaux constitue avant tout une question de santé publique.

Elle concerne les jouteurs, les plaisanciers, les pêcheurs, les personnels portuaires, les enfants participant aux initiations sportives et l'ensemble des usagers du port.

C'est pourquoi nous regrettons que cette question ait été présentée comme une opposition entre l'APE et les Francs-Jouteurs Mandréens. Une telle présentation ne correspond ni à notre démarche ni à notre objectif. Comme nous l'avons rappelé dans notre courrier, la meilleure garantie de la pérennité des joutes est une qualité des eaux compatible avec la sécurité des sportifs.

Une démarche de transparence

L'APE continuera à documenter objectivement les situations qu'elle observe, à transmettre les résultats de ses analyses aux autorités compétentes et à proposer des solutions concrètes.

Nous espérons désormais que les investigations nécessaires permettront d'identifier les sources de contamination, d'y remédier et de mettre en place une surveillance adaptée lors des manifestations impliquant une immersion dans les eaux du port.

Mesurer n'est pas accuser.

Mesurer permet de comprendre.

Comprendre permet d'agir.

Et agir permet de protéger durablement les jouteurs, les usagers du port et le patrimoine maritime de Saint-Mandrier.