Le communiqué de presse publié le 21 février 2026 par les services de l’État et les collectivités territoriales confirme le maintien de l’interdiction de collecte et de consommation des coquillages issus de la baie du Lazaret, dans la rade de Toulon, en raison d’une contamination persistante au norovirus.
En vigueur depuis le 6 janvier 2026, cette mesure fait suite aux analyses sanitaires ayant mis en évidence la présence persistante début février du virus, dans un contexte d’intempéries répétées et de risques élevés à très élevés de gastro-entérites virales.
Si les autorités annoncent des dispositifs de soutien aux conchyliculteurs impactés, cet épisode sanitaire soulève des enjeux plus larges qui dépassent la seule dimension économique.
Le norovirus : un indicateur de contamination des milieux (voir les explications ici)
La contamination au norovirus n’est ni un phénomène rare ni imprévisible. Bien connu des scientifiques et des autorités sanitaires, il constitue un marqueur typique de contamination microbiologique des eaux, le plus souvent d’origine fécale.
Les coquillages, organismes filtreurs, concentrent naturellement les micro-organismes présents dans leur environnement. Ils deviennent ainsi des sentinelles particulièrement sensibles de la qualité sanitaire des masses d’eau côtières.
Lors d’épisodes pluvieux importants, les réseaux d’eaux usées et d’eaux pluviales peuvent être la cause des contaminations : débordements, rejets insuffisamment traités, dysfonctionnements d’ouvrages ou ruissellements chargés en contaminants. Autant de mécanismes susceptibles de favoriser la diffusion de virus entériques vers le milieu marin.
À la lumière des événements récents, il apparaît tout aussi essentiel de s’interroger sur l’efficacité et l’application du système d’alerte sanitaire. Son amélioration constitue un enjeu majeur pour éviter la répétition des nombreux cas de gastro-entérites observés ces dernières semaines. Ces situations soulèvent également, de manière légitime, la question des responsabilités dans la prévention des risques sanitaires et de la protection des populations.
Une problématique déjà documentée sur le territoire
Cette nouvelle interdiction intervient dans un contexte que l’APE a déjà eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises : la vulnérabilité des zones littorales face aux contaminations microbiologiques et la question récurrente de l’état des réseaux d’assainissement.
Les épisodes de pollution affectant les eaux de baignade ou les zones conchylicoles ne relèvent pas uniquement d’aléas climatiques. Ils traduisent également des fragilités structurelles : vieillissement des infrastructures, surcharge des systèmes unitaires, artificialisation des sols accentuant les ruissellements, pressions urbaines croissantes.
Ces facteurs sont aujourd’hui bien identifiés dans la littérature scientifique et dans de nombreux rapports institutionnels.
Des aides économiques nécessaires mais non suffisantes
Les mesures annoncées par l’État, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Métropole Toulon Provence Méditerranée et le Conseil départemental du Var visent légitimement à soutenir la trésorerie des entreprises conchylicoles et à limiter les impacts sociaux de la crise.
Ces dispositifs – aides « de minimis », activité partielle, allègement des redevances domaniales – constituent des réponses d’urgence indispensables. En revanche, il n’est pas mentionné de soutien ou d’indemnisation des personnes malades, professionnels indépendants qui perdent des jours de travail.
Mais ils ne sauraient occulter la question centrale : comment réduire durablement la probabilité et la fréquence de ces crises sanitaires ?
Prévention, infrastructures et qualité des eaux : un enjeu majeur de santé publique
Les contaminations virales du milieu marin rappellent une réalité fondamentale : la qualité des eaux littorales dépend directement des choix d’aménagement, de l’état des réseaux et des politiques publiques d’assainissement.
Dans un contexte de période électorale où les annonces et engagements se multiplient, il est utile de rappeler que la résolution de ces problématiques repose avant tout sur des actions structurelles, durables et vérifiables dans le temps, de la responsabilité des municipalités et du préfet.
Les débats publics récents illustrent d’ailleurs les divergences d’analyse sur ces sujets. Certaines explications avancées tendent à banaliser les phénomènes observés, comme celles du maire de Saint Mandrier, M. Vincent, et l’urgence d’attendre en les attribuant exclusivement à des mécanismes naturels, comme les variations de pression atmosphérique ou la montée temporaire du niveau marin lors d’épisodes pluvieux, présentés comme des situations normales à l’échelle méditerranéenne.
Si ces mécanismes physiques existent bien entendu, ils ne sauraient à eux seuls expliquer des contaminations virales récurrentes, dont les déterminants sont largement documentés par les connaissances scientifiques en matière d’assainissement, d’hydrologie urbaine et de qualité des eaux.
Une vigilance collective indispensable
L’APE rappelle que ces épisodes ne doivent pas être analysés comme de simples événements anecdotiques mais comme des signaux d’alerte.
Ils invitent à une réflexion globale sur la gestion des eaux usées et pluviales, l’urbanisation des bassins versants, la résilience des équipements publics et la protection des milieux côtiers.
Garantir durablement la qualité sanitaire des eaux littorales constitue un impératif qui engage l’ensemble des acteurs publics et privés.
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