Ce matin, la nature mandréenne nous a offert un spectacle grandiose… dans un espace grand comme un mouchoir de poche. Un simple carré de menthe en fleur s’est transformé en scène de théâtre, où se pressent des artistes aux costumes les plus éclatants, la nature a un sacré sens du costume.
Quel ballet ! Des guêpes, des abeilles et des mouches se disputent les micro corolles parfumées. On croirait voir défiler une famille de cow-boys maladroits : des bandes jaunes sur l’abdomen, des taches dorées sur le thorax, parfois même sur la tête. Avouons-le, certains de ces hyménoptères ont l’air tout droit sortis d’une planche de Lucky Luke, les frères Dalton en version miniature, mais nettement moins menaçants et infiniment plus travailleurs.
Parmi ces petits bandits rayés, on reconnaît des pointures de la famille des Vespidae, comme les élégants Eumenes dubius et Ancistrocerus gazella bien nommé ou encore le sableux Cerceris arenaria, qui creuse des galeries comme un chercheur d’or. Plus massifs, la Megachile sp et les Scoliidae, la Scolie hirsute (Scolia hirta) et la coquette Colpa, jouent les gros bras avec leur livrée tachetée.
Mais la mode n’est pas qu’au jaune ! Certains préfèrent l’orange flamboyant, à l’image de l’Ammophile hérissée (Podalonia hirsuta), tandis que d’autres arborent un rouge si vif qu’on jurerait voir le nez de Rantanplan, ce cher toutou de la bande dessinée. C’est le cas du diptère Cylindromyia brassicaria, un tachinide qui semble porter un costume de gala.
Il y a aussi les classiques : la mouche Calliphora vicina en robe grise chinée rayée comme celle d’un bagnard, et la mystérieuse Isodontia mexicana à la « taille de guêpe » extrême, toute de noir vêtue, comme un samouraï en quête de quiétude.
Et que dire des papillons ? Les petits Leptotes pirithous et Lycaena phlaeas virevoltent comme des confettis, tandis que le Myrtil (Maniola jurtina) se pavane, plus lent, comme un dandy prenant son temps.
Mais tout paradis a ses prédateurs. Tapie dans les pétales, la Thomise variable (Misumena vatia) attend patiemment qu’un convive s’attarde un peu trop. Et les frelons asiatiques, en sentinelles, surveillent ce festin d’un air gourmand. Ils sont abasourdis et finissent comme repas des fournis.
Et pendant que le photographe, immortalisant les habitants de ce micro-monde, restait immobile et contemplatif, le souffle coupé par tant de merveilles... d'autres invités beaucoup moins poétiques en ont profité pour faire leur propre festin !
Merci aux moustiques locaux d'avoir rappelé à nos chevilles que la photographie naturaliste est un art d'abnégation et de don de soi !
La biodiversité n’est donc jamais très loin. Il suffit parfois de laisser fleurir un carré de menthe… et de prendre le temps de regarder.