Petit poisson discret et étonnamment résistant, la gambusie (Gambusia affinis et Gambusia holbrooki) a longtemps été présentée comme la solution miracle contre les moustiques dans les bassins de jardin du sud de la France. Aujourd’hui, elle compte parmi les espèces les plus redoutées par les écologues.

Un poisson taillé pour la Provence… trop bien taillé

Originaire du sud des États-Unis, la gambusie tolère une amplitude thermique impressionnante : de 5-6 °C en hiver à plus de 30 °C en été. Sur la presqu’île de Saint-Mandrier, où les hivers restent doux, elle passe la mauvaise saison sans difficulté, contrairement à de nombreux poissons d’ornement plus fragiles au froid.

z01 Gambusia 02403627 z02 Gambusia DSC04275 z03 Gambusia 02607767

C’est précisément cette adaptabilité qui pose problème : plus un poisson est résistant, plus il a de chances de survivre et de proliférer hors de son milieu d’origine. La gambusie illustre parfaitement ce paradoxe : conçue pour être un allié, elle est devenue une menace.

Un dimorphisme sexuel facile à observer

Les femelles, plus grandes (jusqu’à 6-7 cm), présentent un corps plus rond, souvent marqué en fin de gestation d’une tache sombre près de la nageoire anale. Les gambusies sont en effet vivipares : elles donnent naissance à des alevins déjà formés, ce qui accélère leur reproduction. Les mâles, plus petits (3-4 cm) et plus fins, se reconnaissent à leur nageoire anale modifiée en organe reproducteur allongé, le gonopode.

Pourquoi elle a été si largement introduite

C’est pour sa voracité envers les larves de moustiques que la gambusie a été introduite dans le monde entier au cours du XXᵉ siècle, notamment dans le sud de l’Europe dès les années 1920, pour lutter contre le paludisme. Un individu pourrait consommer chaque jour l’équivalent d’une part importante de son propre poids en larves, d’où sa réputation de poisson “anti-moustique” qui persiste encore aujourd’hui.

Une espèce aujourd’hui interdite en France

Cette même voracité, combinée à une reproduction très rapide et une grande capacité d’adaptation, en a fait l’une des espèces de poissons les plus envahissantes au monde. Lorsqu’elle atteint des mares, étangs ou cours d’eau naturels, elle entre en compétition avec les poissons indigènes et s’attaque directement aux œufs et têtards d’amphibiens, contribuant au déclin de certaines populations locales.

La gambusie est interdite en France depuis l’arrêté ministériel du 14 février 2018, remplacé par celui du 15 septembre 2023, et classée depuis 2022 espèce exotique envahissante préoccupante pour l’Union européenne.

Concrètement, la loi interdit d’introduire, transporter, détenir, échanger ou vendre des gambusies, y compris dans un bassin de jardin fermé. Seuls les propriétaires en détenant déjà avant ces dates peuvent les conserver, sous conditions strictes et après déclaration en préfecture. Il n’est plus possible d’en acquérir aujourd’hui.

Que faire contre les moustiques, alors ?

Un bassin bien équilibré, avec une bonne circulation d’eau et la présence de prédateurs naturels des larves (libellules, notonectes, certains poissons indigènes non concernés par cette interdiction), permet de limiter la prolifération des moustiques sans enfreindre la réglementation ni menacer la biodiversité locale.