La comparaison de photographies aériennes du village de Saint‑Mandrier prises à la fin des années 1970 et aujourd’hui montre clairement la densification des constructions autour du port, ainsi que l’augmentation du nombre de bateaux le long des nouvelles pannes.
Comme nous l’avions déjà indiqué dans les mémoires de l’APE lors des recours devant le tribunal administratif de Toulon demandant l’annulation du PLU 2017, le réseau d’assainissement, vétuste, ne pouvait pas, en l’état, absorber l’excédent d’eaux usées lié aux augmentations de population prévues dans les nouvelles zones constructibles. Nous préconisions une mise à niveau des réseaux d’assainissement et pluviaux avant toute augmentation du nombre de constructions.
Nous n’avons évidemment pas été entendus : il était urgent de bétonner. Malheureusement, une fois de plus, les faits nous donnent raison…
Ce samedi, en fin de matinée, une fois de plus la situation observable par tous parle d’elle‑même.
L’augmentation du nombre de personnes présentes sur la presqu’île et de l’artificialisation des sols entraînent mécaniquement plus d’eaux usées et plus de ruissellement lors des épisodes pluvieux. Les surverses du réseau pluvial vers le réseau sanitaire aggravent encore la situation au niveau du port.
Nous avons déjà souligné les conséquences sanitaires pour les baigneurs dans le port ; mais les habitants, les promeneurs en bord de quai et les plaisanciers sur leurs voiliers ne sont pas, eux non plus, à l’abri des risques sanitaires par ces rejets non contrôlés ni traités.
Et, oui, on sait déjà que M. Vincent expliquera que l’APE serait « contre les promeneurs, les habitants du port et les amateurs de voile ».
En réalité, c’est précisément pour protéger leur santé et la qualité de vie de tous que nous tirons la sonnette d’alarme, et cela fait plus de 40 ans. Il est urgent d’agir, non ?
À voir ce soir sur France 5, Eaux usées : ça déborde de partout
Émission « Sur le front » – Lundi 26 janvier 2026 à 21h05
Ce lundi soir, France 5 consacre un numéro de l’émission Sur le front à un sujet de santé publique et d’environnement majeur, trop souvent minimisé : la saturation des réseaux d’eaux usées en France et ses conséquences directes sur nos territoires, nos rivières, nos plages… et notre santé.
Quand les réseaux débordent, les risques explosent
L’émission met en lumière une réalité désormais bien documentée : des réseaux d’assainissement vieillissants, sous-dimensionnés ou défaillants, qui débordent lors d’épisodes pluvieux pourtant de plus en plus fréquents. Résultat :
- des rejets d’eaux usées au pied des habitations,
- des plages et des zones conchylicoles régulièrement fermées,
- des rivières et des ports contaminés par des bactéries fécales ou des cyanobactéries,
- des risques sanitaires bien réels pour les populations et les sportifs exposés.
Ces constats font directement écho aux travaux, alertes et analyses publiés récemment par FNE/APE, notamment sur la contamination bactériologique des eaux portuaires, les effets du ruissellement après les pluies et l’insuffisance des contrôles préventifs.
Un enjeu local… et national
Si certaines communes ont engagé de lourds travaux de rénovation de leurs réseaux d’assainissement, l’émission montre que ces efforts restent trop rares, souvent tardifs, et parfois freinés par des arbitrages budgétaires ou politiques. Pourtant, la réglementation est claire : la protection de la santé publique et des milieux aquatiques est une obligation, pas une option.
À l’heure du changement climatique, de l’intensification des épisodes pluvieux et de la pression croissante sur les milieux littoraux, ignorer ces signaux d’alerte revient à exposer durablement les habitants, les usagers et les activités locales.
Rendez-vous ce soir, lundi 26 janvier 2026 à 21h05 sur France 5
Sur le front – « Eaux usées : ça déborde de partout »
Un reportage à voir absolument pour toutes celles et ceux qui s’interrogent sur la qualité de l’eau, la santé publique et la responsabilité des collectivités.
À Saint-Mandrier, depuis des années, la stratégie politique de M. Gilles Vincent repose sur sa capacité à imposer un récit qu’il veut « officiel », largement diffusé par les canaux qu’il contrôle comme le bulletin municipal dont il est l’éditeur ou des tracts de campagne, récit relayé par certains articles de la presse locale.
Dans ce récit, il se présente comme un grand défenseur de l’environnement, alors même qu’il s’oppose frontalement à l’action de l’APE, pourtant engagée depuis des années sur ces mêmes enjeux environnementaux, mais privée d’accès à ces médias institutionnels.
Le conflit n’est pas seulement politique : il est informationnel. Il ne porte pas sur les faits eux-mêmes, mais sur la manière dont ils sont racontés, interprétés et diffusés auprès de l’opinion publique. La bataille ne se joue plus uniquement sur le terrain juridique ou institutionnel, mais dans l’espace du récit, qu’il s’agit de faire apparaître comme légitime et incontestable.
Inverser le réel pour imposer une lecture dominante
Depuis plusieurs années, M. Vincent s’approprie, en les inversant, les combats et les victoires obtenus par l’APE.
Les actions en justice menées par l’association pour limiter le bétonnage de la presqu’île et protéger des zones naturelles, à l’Ermitage, Fliche/Bergis, Cavalas, aux Serres Garonne, sont systématiquement réécrites à son bénéfice. Les annulations, par décision de justice, de zones qu’il voulait constructibles ou de permis de construire qu’il avait lui-même accordés sont présentées non comme des rappels du droit, mais comme des entraves idéologiques.
De la même manière, les alertes répétées de l’APE concernant les pollutions bactériologiques et chimiques des eaux de mer et de baignade sont publiquement niées. Elles sont qualifiées de « mensonges » et leurs auteurs disqualifiés par des attaques personnelles : les membres de l’association sont traités « d’écolo-bobos », accusés de mentir systématiquement aux Mandréens et de mener des actions prétendument politiques dans le seul but de nuire au maire.
Ce procédé relève d’un mécanisme bien connu : déplacer le débat des faits vers l’intention, afin d’éviter toute discussion de fond qui lui serait défavorable.
Moraliser, caricaturer, disqualifier
Les luttes de l’APE pour la protection d’espèces protégées, comme les herbiers de posidonie gravement menacés par certaines opérations de réensablement des plages, subissent le même traitement narratif. Elles sont volontairement caricaturées pour affirmer que l’APE serait « contre le nettoyage des plages », transformant un débat écologique et scientifique en affrontement idéologique simpliste.
Cette stratégie permet de moraliser le discours, d’opposer artificiellement les « bons » Mandréens aux « mauvais » Mandréens, et de polariser l’opinion.
Nous sommes ainsi face à une véritable guerre de narratifs à l’échelle locale :
- saturation de l’espace public par un récit unique ;
- usage de mots disqualifiants pour cadrer le débat (« mensonges », « écolo-bobos », « politisation ») ;
- moralisation du discours pour éviter la contradiction ;
- alignement entre communication institutionnelle et relais médiatiques.
Vous l’aurez compris : l’objectif n’est pas d’informer, mais d’imposer une version tronquée ou déformée du réel, tout en délégitimant toute voix critique.
Ainsi, aujourd’hui, selon M. Vincent, la légitimité du récit de notre histoire mandréenne ne reposerait plus sur le droit, les décisions de justice ou les faits établis, mais sur sa seule capacité à imposer sa vision du monde, présentée comme officielle et incontestable. Ceux qui rappellent des faits contrariant ce récit ne pourraient donc, par définition, que « mentir ».
Appel à la vigilance citoyenne
À l’heure où la confiance dans les institutions s’effrite, où l’information circule vite mais de manière fragmentée et souvent caricaturale, lorsqu’une association citoyenne est systématiquement discréditée pour avoir simplement rappelé les faits, le droit et l’état réel de l’environnement une question essentielle se pose à chacune et chacun d’entre nous : quelles histoires sommes-nous prêts à croire sans les vérifier ?
La démocratie locale ne peut se réduire à un récit à sens unique. Elle suppose le pluralisme, le droit à la critique, le respect des faits et des décisions de justice.
Face à une communication de plus en plus verrouillée, la vigilance citoyenne devient un devoir : croiser les sources, questionner les discours, refuser les caricatures et défendre le droit des associations indépendantes à informer et à agir.
Car protéger l’environnement, ce n’est pas contrôler le récit : c’est accepter le débat, les faits, et parfois les vérités qui dérangent.
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Nous nous associons à l’émotion générale qui traverse le monde de l’écologie et de la botanique : Francis Hallé, immense défenseur des arbres et des forêts primaires, nous a quittés le 31 décembre 2025 à l’âge de 87 ans. Il laisse derrière lui une œuvre scientifique et écologique immense, ainsi qu’un héritage humaniste profond autour des arbres et des forêts.
Francis Hallé fut bien plus qu’un chercheur : il a consacré toute sa vie à comprendre, explorer et faire aimer les arbres dans toute leur complexité. Professeur de botanique à l’Université de Montpellier et figure reconnue internationalement, il a étudié les forêts tropicales primaires, l’architecture des arbres et la biodiversité des canopées lors d’expéditions à travers l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie.
« Les forêts ne sont pas des stocks de bois, mais des mondes vivants », un message que Francis Hallé n’a cessé de transmettre. Dessin de Francis Hallé des espèces d’arbres d’une agroforêt au Sri Lanka .
Dans son approche, Hallé n’a jamais séparé la science de la poésie : par ses dessins, ses conférences et ses ouvrages, il savait transmettre au grand public la beauté et la richesse du vivant. Il fut notamment l’inventeur du “radeau des cimes”, un dispositif innovant permettant d’étudier les forêts depuis leurs hauteurs vertigineuses, au cœur de la canopée où la vie foisonne.
Ses livres, Éloge de la plante, Du bon usage des arbres, Plaidoyer pour l’arbre, ont changé le regard de millions de lecteurs. Il a dénoncé sans relâche le saccage des forêts primaires, l’urbanisation aveugle et la vision utilitariste de la nature. Pour lui, un arbre n’est pas un « stock de bois » : c’est un organisme vieux de plusieurs centaines de millions d’années, bien plus ancien que l’humanité.
Son engagement dépassait la recherche académique : il fut un infatigable défenseur des forêts primaires, souvent décrites comme les poumons de la planète, essentielles à la biodiversité et à la régulation du climat. Hallé appelait sans relâche à regarder les forêts autrement, non comme des ressources à exploiter, mais comme des systèmes vivants à protéger.
Des racines profondes, une canopée tournée vers le ciel : l’arbre, êtres vivants complexes et symbole du lien entre l’humain et le vivant. Il voyait dans chaque arbre, une architecture unique, patiente et silencieuse. « Ils sont souvent abattus, au prétexte qu'ils représentent un danger. Je ne suis pas un intégriste mais il faut tout faire pour qu'un arbre ne soit pas dangereux. Il suffit de lui fourre la paix, à condition d'avoir prévu la place pour ses branches et ses racines » Francis Hallé.
Au-delà de ses travaux scientifiques, il croyait profondément que le rapport de l’humanité aux arbres révélait notre rapport au vivant lui-même. Pour lui, planter un arbre, observer sa croissance, comprendre sa structure, c’est se reconnecter à l’histoire profonde de la Terre et à notre responsabilité pour les générations futures.
À l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire, qu’il a fondée, revient désormais la mission de poursuivre son dernier grand projet : la renaissance d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest, sur une superficie de 70 000 hectares, d’une forêt n’ayant donc jamais été exploitée, interdite à toute activité humaine autre que scientifique pendant au moins… sept cents ans. Un rêve à très long terme, pensé bien au-delà d’une vie humaine, mais indispensable pour l’avenir de notre planète.
À Saint-Mandrier, où chaque pin, chaque chêne vert, chaque olivier contribue à notre cadre de vie exceptionnel, ses idées résonnent particulièrement. Défendre nos arbres, nos jardins, nos espaces verts, c’est poursuivre son combat.
Merci, Monsieur Hallé, pour votre passion, votre poésie et votre engagement. Vous avez appris à nombre d’entre nous à lever les yeux vers la canopée… et à ne plus jamais baisser les bras. Reposez en paix au paradis des grands arbres que vous avez tant aimés.
Pour en savoir plus:
- Un naturaliste sur le toit de la forêt, Francis Hallé raconté par Alexis Jenni, une biographie réflexive sur la vie, les découvertes et la pensée de Francis Hallé, qui inclut des réflexions sur l’écologie et les forêts.
Chères amies, chers amis,
En cette nouvelle année, l’équipe de l’APE 83430 vous adresse ses meilleurs vœux : santé, et sérénité dans un environnement préservé pour vous et vos proches.
2026 sera une année décisive pour la défense de notre cadre de vie, de notre littoral et de notre biodiversité. Ensemble, continuons à agir, protéger et sensibiliser pour un avenir où nature et humains coexistent en harmonie.
Merci pour votre soutien indéfectible et votre engagement à nos côtés. Avec vous, 2026 sera une année de victoires pour l’environnement !
Bonne année à toutes et à tous ! L’équipe de l’APE 83430
Dans l’édition du 30 décembre du journal Var-Matin, qui n’est pas, rappelons-le, une revue scientifique à comité de lecture, même si sur ce dernier point la question peut parfois se poser… le maire Gilles Vincent s’est exprimé dans un article consacré à la chute de quatre, oui quatre, pins d’Alep dans la pinède de Sainte-Asile à Pin-Rolland.
Il y explique que ces chutes seraient « la conséquence des fortes pluies et du vent qui ont balayé le territoire il y a quelques jours ». Il rappelle également que, « il y a dix ans, de gros pins parasols dont les racines étaient malades étaient alors tombés », avant d’ajouter doctement que « les pins d’Alep, eux, n’ont pas de grandes racines et sont donc plus exposés à ce risque ».
Comme l’affirmation antérieure du maire selon laquelle le pin d’Alep (Pinus halepensis) ne serait pas une espèce provençale, cette déclaration sur son système racinaire mérite une sérieuse correction. Car si le pin d’Alep était réellement un arbre aux racines faibles et superficielles, il y a belle lurette qu’il n’existerait plus de pinèdes méditerranéennes sur nos côtes, soumises depuis des millénaires aux vents, aux sécheresses et aux sols pauvres.
La réalité scientifique est tout autre.
Le pin d’Alep : un système racinaire remarquablement adapté
De nombreuses études, y compris très récentes, confirment ce que chacun peut observer sur le terrain : le Pin d’Alep possède un système racinaire particulièrement bien adapté aux conditions méditerranéennes : sécheresse estivale, sols pauvres peu épais, pentes instables et vents violents.
C’est précisément cette adaptation qui lui permet de coloniser, stabiliser et pérenniser les coteaux et les littoraux.
Des pins d’Alep se développant en haut de talus montrent un réseau racinaire conséquent, assurant un ancrage solide dans le substrat jusqu’à ce que, dans certains cas extrêmes, ce soit le tronc qui cède (la photo centrale montre un tronc cassé à la gauche d’un arbre en place). Le plateau racinaire est nettement visible à la base des arbres basculés sous l’effet du vent sur la photo de droite.
Une architecture racinaire bimodale
Le pin d’Alep ne se contente pas d’un seul type de racine. Il développe une architecture racinaire dite bimodale, maximisant sa stabilité et son accès à l’eau :
- Le pivot (ancrage vertical)
Dès le jeune âge, l’arbre développe une racine pivotante puissante. En terrain meuble, elle peut descendre profondément. En terrain rocheux calcaire, elle s’insinue dans les diaclases (fissures de la roche), jouant un rôle comparable à celui d’un piton d’escalade, assurant un ancrage vertical remarquable.
- Les racines traçantes (extension horizontale)
Pour compenser la faible épaisseur des sols méditerranéens (leptosols), le pin d’Alep déploie un réseau très étendu de racines horizontales, souvent bien au-delà de la projection du houppier.
Ce plateau racinaire, dont certaines racines peuvent atteindre jusqu’à 15 mètres, assure la stabilité latérale face aux poussées du vent.
L’ensemble forme un véritable « ancrage en étoile », répartissant les forces mécaniques et permettant au pin d’Alep de résister efficacement aux chablis sous vents méditerranéens.
Résister au vent : la thigmomorphogenèse
Face aux vents violents et répétés, le pin d’Alep mobilise également un mécanisme biologique bien documenté : la thigmomorphogenèse, c’est-à-dire la réponse de la plante aux stimulations mécaniques.
Sous l’effet du vent, l’arbre :
- renforce le diamètre de ses racines structurelles,
- augmente le volume racinaire dans les secteurs soumis à traction et compression,
- développe de véritables « cages racinaires », améliorant la résistance à l’arrachement et à la bascule.
Les racines se fixent par boutonnement dans les anfractuosités du calcaire, rendant le déracinement souvent extrêmement difficile, même lorsque le tronc finit par rompre. Des études montrent d’ailleurs que le pin d’Alep présente l’un des meilleurs ratios de résistance à l’arrachement en milieu rocheux, observation confirmée par des modélisations mécaniques chez les conifères.
Coupes et chablis : une responsabilité humaine
Comme indiqué dans un article précédent, les coupes d’éclaircissement mal maîtrisées exposent brutalement des arbres auparavant protégés à des vents forts et turbulents. Les pins se retrouvant en lisière sont alors soumis à des contraintes mécaniques nouvelles, susceptibles de provoquer des chablis, indépendamment de la qualité de leur système racinaire.
Le blues du poteau électrique
Pendant ce temps-là, en bord du chemin communal des Mimosas, un poteau électrique s’est mis à pencher cet été. Discrètement d’abord. Puis franchement.
En juillet 2025 un poteau penche sur le côté de la route entre un cyprès et un pin eux bien droits. En septembre il penche un peu plus et en novembre un ruban de rubalise apparaît, dès fois que quelqu’un voudrait passer entre le poteau et le mur, le problème est signalé mais à qui mystère hé hé. Fin décembre la route est fermée…
Faut-il y voir, là encore, l’effet du vent et de la pluie ? Ou pire : l’absence de racines ? Car enfin, les poteaux électriques n’en ont pas, et selon la nouvelle doctrine municipale, cela les rend naturellement instables. Une autre explication, plus triviale, consisterait à parler d’entretien défaillant, de gestion approximative et d’un territoire où l’on préfère essayer d’expliquer les problèmes plutôt que les traiter suivant la célèbre devise « Il est urgent d’attendre… » Mais ce serait, bien sûr, une interprétation éminemment politique.
Alors chantons le slam du poteau électrique :
Au bord de la route,
un poteau électrique.
Planté là.
Enfin… planté, c’est vite dit.
L’été cognait fort,
le soleil tapait sec,
et le poteau,
fatigué,
s’est mis à pencher.
Juste un peu.
Histoire de voir chez les voisins.
On a signalé.
Poliment.
Une fois.
Puis deux.
Silence administratif,
le plus résistant des matériaux.
Alors le poteau a pris confiance.
Il s’est penché davantage.
Comme pour dire :
« Vous voyez bien que j’existe. »
Réponse officielle :
une rubalise.
Rouge et blanche.
Tendue entre le poteau
et une clôture.
Cinquante centimètres de solution
pour un problème de plusieurs années.
On n’a pas redressé le poteau.
Non.
On a empêché les gens de passer à côté.
Puis le vent est arrivé.
Complice.
Le vent adore ce qu’on néglige.
Il s’est engouffré,
a poussé,
a insisté.
Et le poteau s’est incliné encore.
Trente degrés.
Puis quarante-cinq.
Un salut respectueux à la tempête.
Alors la grande explication est tombée :
« Vous comprenez…
les poteaux n’ont pas de racines. »
Ah.
Bien sûr.
Logique imparable.
Selon cette théorie,
tout ce qui n’a pas de racines
doit finir par tomber.
Les poteaux.
Les décisions.
Peut-être même le sens des responsabilités.
On pourrait parler d’entretien.
De suivi.
De prévention.
Mais ce serait politique.
Alors on dira que tout va bien.
Ou que tout va à vau-l’eau.
Selon l’angle de vue.
Comme le poteau.
Lui,
il continue de pencher.
Tranquille.
Patient.
Parce que parfois,
même les objets inanimés
finissent par dénoncer
ce que les discours
essaient de maintenir droit.
Épilogue
À Sainte-Asile comme ailleurs, les pins d’Alep continuent de faire ce qu’ils savent faire depuis des siècles : s’enraciner, résister, stabiliser, protéger.
Ce sont parfois les discours qui, eux, manquent singulièrement d’ancrage.
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