Depuis le mardi 13 octobre 2026, un ballon captif est visible au-dessus de la rade de Toulon. Déployé dans le cadre de l’exercice militaire Typhon 26, il permet à la Marine nationale d’évaluer un nouveau moyen de surveillance de la base navale. Une expérimentation dont l’intérêt opérationnel reste donc, à ce stade, à démontrer.

Un test annoncé dès la fin de l’été

L’information avait été révélée fin août par Le Marin, puis reprise par Le Parisien en septembre : la Marine nationale allait tester un ballon captif au-dessus de la base navale de Toulon, premier port militaire d’Europe par sa superficie et son tonnage. Le contexte invoqué est celui d’une inquiétude croissante pour la sécurité des installations militaires, notamment face à la menace des drones. Ainsi, des essais ont été réalisés début septembre sur la base aérienne 113 « Commandant Antoine de Saint-Exupéry » de Saint-Dizier de l’armée de l’Air et de l’Espace.

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Le ballon captif de l’exercice Typhon 26 est déployé au-dessus des terrains militaires, retenu au sol par un câble. Au premier plan, on distingue les navires de la Marine nationale à quai dans la base navale, dont le porte-avions Charles de Gaulle (Photographies prises le 15 octobre 2026).

L’exercice Typhon 26 se déroule du 5 au 16 octobre, mais la préfecture maritime n’exclurait pas que le ballon reste en place au-delà, « si des tests complémentaires ont besoin d’être menés ».

L’aérostat a été conçu par A-NSE (Aéro-Nautic Services & Engineering), société basée à La Ciotat. Le fabricant le présente comme capable d’emporter jusqu’à 300 kg de charge utile (caméras, radars, brouilleurs...) à 1 500 m d’altitude, pendant une quarantaine de jours. La Marine avait déjà testé un ballon similaire en mars 2025, depuis un porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre au large de Toulon, lors de l’exercice « Dragoon Fury ».

Ce que dit la préfecture maritime

Le ballon a été déployé de nuit le mardi 13 octobre. Le capitaine de frégate Martin Muret, porte-parole de la préfecture maritime de la Méditerranée a expliqué à la presse que « Le ballon a été déployé de nuit mardi soir. Équipé de différents moyens optiques, comme des caméras infrarouges, ce ballon constitue un capteur supplémentaire pour détecter d’éventuelles intrusions dans le port militaire, qu’elles soient terrestres, navales ou aériennes. Pour les forces de protection de la base navale, les données enregistrées par ballon contribuent à l’établissement de la situation tactique. »

Détecter n’est pas neutraliser

Les articles de presse de septembre évoquent une protection contre les drones. Les informations officielles disponibles à ce jour parlent d’un capteur supplémentaire pour la détection d’intrusions, y compris aériennes. Or détecter, identifier et neutraliser un drone sont trois fonctions distinctes. Rien ne permet, pour l’instant, de présenter ce ballon comme un système de lutte antidrones, ni d’affirmer qu’il embarque brouilleurs ou radars. Les résultats des essais et les critères d’évaluation n’ont pas été rendus publics.

Des usages qui dépassent le militaire

Sur son site, A-NSE décrit ses aérostats comme des plateformes polyvalentes, dont l’atout est la permanence en altitude et la variété des capteurs embarqués :

  • Surveillance de sites sensibles : sites industriels, infrastructures stratégiques, frontières, zones militaires.
  • Détection précoce des incendies : une veille prolongée sur les espaces naturels pourrait réduire le délai entre le départ de feu et l’alerte. Dans un département aussi exposé que le Var, la piste mérite l’attention, sans remplacer la surveillance au sol, la prévention ni la gestion des forêts. Son efficacité dépendrait de la qualité des capteurs, de la couverture du territoire, de la capacité à distinguer un feu d’une autre source de chaleur et de la rapidité de transmission de l’alerte.
  • Communications et observation prolongée : relais de communication ou capteurs pour surveiller une vaste zone, sous réserve des contraintes météorologiques, de maintenance et de déploiement.

Il s’agit de possibilités proposées par le fabricant selon les configurations, et non des fonctions testées à Toulon.

Une question déjà posée par l’APE

L’APE avait évoqué ces sujets lors de la réunion du 8 janvier 2026 de la Commission d’information du port militaire de Toulon. Représentant France Nature Environnement Var, elle avait interrogé les autorités sur les survols de drones non identifiés signalés depuis l’automne 2025 au-dessus de sites militaires sensibles, ainsi que sur la préparation des populations civiles face aux risques de conflit de haute intensité. Les autorités avaient répondu que ces questions relevaient du domaine classifié et ne pouvaient être ni confirmées ni infirmées.

La présence du ballon donne un relief particulier à ces interrogations, sans qu’on puisse établir de lien direct avec l’expérimentation en cours.

Pour en savoir plus : notre article sur la réunion du 8 janvier 2026 de la Commission d’information du port militaire de Toulon.

Une vieille idée, née aussi à Toulon

Le ballon captif n’a rien d’une nouveauté. Dès 1794, à la bataille de Fleurus, l’armée française en utilisait un pour observer les mouvements adverses. Le principe n’a pas changé : prendre de la hauteur pour voir plus loin.

Toulon a sa place dans cette histoire. Entre 1888 et 1890, un centre d’aérostation navale y est créé, bien avant l’aviation maritime. Il est installé dans le hangar n° 4 du parc aux bois de Lagoubran, à l’extrémité ouest de l’arsenal. Placé sous la Direction des mouvements du port, il est dirigé par un officier de Marine assisté d’une douzaine de vétérans formés à l’école aérostatique de Chalais-Meudon. Cet officier assure aussi l’information et l’instruction des officiers et marins de l’escadre sur la manœuvre des ballons.

Le 9 juin 1902, vers 8 h 30, le lieutenant de vaisseau Félix Baudic, chargé du parc d’aérostation, s’élève de Lagoubran à bord d’un ballon de la Marine pour parfaire son entraînement à l’ascension libre. À environ 600 mètres, un fort vent d’ouest l’entraîne vers les îles d’Hyères et l’emporte au-delà du fort de Brégançon. Deux torpilleurs chargés de sa sécurité retrouvent le ballon en partie dégonflé, mais sans son pilote. Les recherches sont interrompues à cause de l’état de la mer, et son corps est retrouvé le lendemain. Il avait 36 ans et est reconnu « mort dans l’accomplissement de son devoir ».

Cette histoire s’interrompt : le service d’aérostation de la Marine est supprimé en 1904, puis relancé en 1916 en pleine Grande Guerre. Plus d’un siècle plus tard, un ballon captif retrouve donc le ciel toulonnais, cette fois avec des capteurs optiques, de l’imagerie infrarouge et la transmission des données. Reste à savoir ce que les essais montreront dans le contexte de la rade.

Information du public

La rade est un espace où cohabitent une base navale stratégique, des activités portuaires civiles, des zones habitées et un milieu marin remarquable. L’APE relaie ces informations pour que les habitants comprennent les équipements inhabituels visibles dans le ciel de la presqu’île et de la rade. Quand une expérimentation est visible depuis l’espace public et peut se prolonger au-delà des dates annoncées, une information accessible sur ses objectifs et sa durée prévisionnelle favorise la compréhension de chacun, dans le respect des impératifs de sécurité.

Un ballon dans le ciel de Toulon : une technologie ancienne, aux applications multiples, dont l’intérêt opérationnel dans la rade reste à évaluer.