En une journée, le ciel de notre presqu'île nous a offert deux instantanés, pris à quelques heures d'intervalle, qui illustrent la double nature de notre territoire : un théâtre de lois physiques implacables, et un refuge pour le vivant.
Hier soir : la lune embrumée et les jeux de la lumière
En fin de journée hier, la quasi pleine lune s'est levée au-dessus du sémaphore de Saint-Mandrier, parée de teintes cuivrées filtrées par une brume nuageuse. Cette coloration spectaculaire s'explique d'abord par la diffusion de Rayleigh : lorsque la lune est basse sur l'horizon, sa lumière traverse une épaisse couche d'atmosphère qui disperse préférentiellement les longueurs d'onde bleues et laisse passer les rouges et les oranges. C'est le même principe optique qui rend le ciel bleu en plein jour et qui enflamme les couchers de soleil.
Clichés pris hier soir depuis la presqu'île.
Le saviez-vous ? La diffusion de Rayleigh explique pourquoi le ciel est bleu de jour et pourquoi le soleil ou la lune rougissent près de l'horizon, même par air parfaitement clair. Ce que l'on observe ensuite, la nuance exacte de rouge, d'orange ou de cuivre, dépend en plus de la quantité d'humidité, de poussière ou de pollution présente ce jour-là dans l'atmosphère.
Mais hier soir, un second phénomène s'y ajoutait : la présence de brume et de nuages fins sur l'horizon. Ces gouttelettes et particules, plus grosses que les molécules d'air, diffusent la lumière selon un autre mécanisme, la diffusion de Mie, moins sélective en couleur mais qui peut accentuer ou adoucir les teintes selon la densité et la taille des particules traversées. C'est la combinaison de ces deux phénomènes, l'un lié à l'air lui-même, l'autre à l'humidité et aux particules en suspension, qui a donné à la lune d'hier cette teinte cuivrée si particulière.
Le sémaphore, silhouette familière de notre presqu'île, semblait veiller sur cette apparition lunaire comme un gardien minéral d'un spectacle éternel.
Ce matin : le repos des protégés sur la digue
Ce matin, le spectacle était tout autre à l'entrée du port. Là où la mer rencontre les infrastructures humaines, des oiseaux marins avaient trouvé refuge pour se reposer, regroupés en bout de digue, les uns proches des autres.
Clichés pris ce matin à l'entrée du port de Saint-Mandrier.
Les Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo), grands oiseaux noirs au bec crochu, tenaient leurs ailes entièrement déployées, un comportement typique de cette famille d'oiseaux dont le plumage, moins imperméable que celui d'autres espèces marines, nécessite ce rituel de séchage après la pêche. Cette particularité leur permet en contrepartie de plonger plus facilement, en réduisant leur flottabilité naturelle. La sous-espèce maritime (Phalacrocorax carbo carbo) vit, niche et hiverne exclusivement sur les falaises et les îlots rocheux côtiers. La sous-espèce continentale (Phalacrocorax carbo sinensis), bien que plus terrestre, rejoint massivement les estuaires et les côtes en hiver. Le grand cormoran est une espèce protégée en France par l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. C'est un bon indicateur de la santé des écosystèmes marins côtiers.
Le goéland leucophée (Larus michahellis), roi des ports méditerranéens, également protégé par ce même arrêté, sa silhouette massive et son cri caractéristique font partie de la bande-son familière de notre quotidien mandréen, même si l'essor de ses populations ces dernières décennies peut parfois créer des tensions avec les activités humaines.
Plus fine et plus discrète, la mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus) vêtue de son plumage d'hiver se mêlait au repos collectif. Reconnaissable à son bec rouge et à ses pattes colorées, cette troisième espèce protégée rappelle que nos espaces portuaires restent des zones d'accueil pour une biodiversité adaptée.
Minéral vs vivant : deux mondes, une responsabilité
Ces deux séries de photos illustrent la dualité de notre presqu'île. D'un côté, le minéral : cette lune dont la couleur obéit à des lois physiques indifférentes à nos activités humaines. De l'autre, le vivant : trois espèces d'oiseaux marins, toutes protégées, qui trouvent encore refuge dans les interstices de notre activité portuaire.
Mais contrairement à la lune, ces oiseaux sont fragiles. Leur présence sur la digue dépend de la qualité des eaux, de l'absence de perturbations, de la disponibilité des ressources halieutiques. Là où les lois de l'optique demeurent constantes, la biodiversité, elle, peut disparaître si nous n'y prenons pas garde.
Ces trois espèces protégées sont les témoins de ce qui reste de sauvage dans notre environnement urbanisé. Leur repos matinal sur la digue est un rappel : nous partageons ce territoire avec des êtres vivants dont la survie dépend de nos choix.
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