Hier le gisement gazier de South Pars en Iran puis aujourd’hui le plus important site de gaz naturel liquéfié du monde, au Qatar, deuxième exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) derrière les Etats-Unis, auraient subi des "dommages" (AFP). Si ces capacités de production ont bien été détruites, il faut donc s’attendre a des baisses des exportations en GNL et une augmentation des couts des matières fossiles avec un impact sur notre mode de vie de la guerre en cours au Moyen-Orient.
Rien de comparable avec les souffrances infligées aux populations du moyen orient évidemment mais on peut imaginer que les classes la plus défavorisées de notre société seront également touchées.
Bref rappel
Dans son BILAN ÉLECTRIQUE 2025, RTE le gestionnaire du réseau de transport d’électricité indique que les énergies fossiles restent aujourd’hui prédominantes dans le bouquet énergétique français.
Ce constat confirme le retard du pays dans la transition énergétique et la sortie des énergies fossiles Elles représentaient, en 2024, 56 % de la consommation d’énergie finale du pays, tandis que l’électricité ne comptait que pour 27 %.
La dépendance aux combustibles fossiles est particulièrement élevée dans le secteur des transports, où ils couvrent 90 % de la consommation d’énergie, à l’origine d’ailleurs de l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre du pays. De même, les énergies fossiles représentent encore 43 % de la consommation énergétique du chauffage résidentiel et 68 % de la consommation énergétique du chauffage dans les bâtiments tertiaires.
Force est de constater que l’électrification des usages est en retard par rapport aux trajectoires nécessaires pour que la France atteigne les objectifs climatiques européens du paquet "Ajustement à l'objectif 55" à l’horizon 2030. A savoir arriver à réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55 % d'ici à 2030 afin d’être sur la voie de la neutralité climatique d'ici à 2050.
Dans ce rapport, RTE actualise les perspectives pour le système électrique à l’horizon 2035 et montre la surcapacité électrique française et ses conséquences à moyen terme, en particulier sur les énergies renouvelables. En effet le bilan de l’électrification des usages en 2025 est stable par rapport à celle de l’année précédente mais montre un décrochage de la consommation électrique avec une baisse d’environ 6 %, par rapport à celle observée au cours de la période 2014-2019 due en partie à une consommation des grands consommateurs du secteur industriel en recul de 1,7 %.
Une fiscalité toujours défavorable à l’électricité
Prix TTC des énergies à usage domestique pour 1 MWh PCI*
* PCI = pouvoir calorifique inférieur (voir définitions).
1 Enquête transparence des prix du gaz et de l'électricité à partir de 2007, indice du prix à la consommation du gaz naturel de 1990 à 2006.
2 Fioul domestique, pour une livraison de 2 000 à 4 999 litres.
3 Propane en citerne.
4 Enquête transparence des prix du gaz et de l'électricité à partir de 2007, indice du prix à la consommation de l'électricité de 1990 à 2006.
Champ : France métropolitaine hors Corse.
Sources : SDES ; DGEC ; Insee
Cependant, la facture d’électricité des consommateurs soumis au tarif réglementé ne reflète que partiellement le prix de l’électricité elle-même, qui ne représente qu’environ 40 % du montant total. Les 60 % restants se répartissent entre les coûts de transport et de distribution (30 %) et les taxes (30 %).
A titre de comparaison simplifiée, le montant du MWh du fioul domestique, l’un des modes de chauffage les plus polluants, est moins élevé que celui du gaz fossile et que celui de l’électricité bas carbone qui atteint plus du double…
Prix TTC de l'électricité à usage domestique dans l'Union européenne en 2024
1 Union européenne à 27 États.
Lecture : en France, en 2024, le prix de l'électricité dans le secteur résidentiel s'élève à 280 €/MWh TTC, se décomposant en 150 €/MWh pour la fourniture, 65 €/MWh pour le réseau et 65 €/MWh pour les taxes. Le prix a augmenté de 18 % entre 2023 et 2024. Pour la France, le prix n'inclut pas le chèque énergie.
Sources : SDES, enquête transparence des prix du gaz et de l'électricité ; Eurostat
En conséquence, le prix pour le consommateur français n’est pas si favorable au niveau européen que certains le prétendent, avec une augmentation de 18% du prix de l’électricité en 2023-2024 pour s’approcher du prix moyen des 27 pays de l’Union.
Pour autant, les capacités de production d’électricité continuent de progresser, portées par le retour de la disponibilité des réacteurs nucléaires et le développement des énergies renouvelables terrestres.
Du coup, cette surcapacité française a permis d’enregistrer le solde exportateur net le plus élevé de son histoire (92 TWh) en 2025 pour la deuxième année consécutive, permettant un rôle de « carrefour électrique » en Europe et même « au-delà des seuls pays limitrophes ».
Cependant, dans ce contexte de demande nationale d’électricité atone, EDF met en avant des risques financiers liés à la surproduction d’électricité due à la lenteur de la transition énergétique en France, de l’amélioration de la disponibilité du parc conforme à ses performances historiques, la croissance rapide de l‘offre de production photovoltaïque et éolienne observée depuis deux ans qui a conduit à une très forte augmentation de la modulation de la production (des réacteurs et des barrages hydroélectriques) pour les périodes d’absence de débouchés économiques.
Aussi, EDF préconise que « pour sortir de cette situation de surcapacité, la priorité absolue, c’est l’électrification des usages ».
Conséquence, avec deux ans de retard le 13 février dernier, le décret de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE-3) a été promulgué pour définir les politiques publiques de sortie des énergies fossiles des usages (transport, chauffage notamment) en les remplaçant par l’utilisation de l’électricité sur les dix prochaines années.
La PPE-3 prévoit une forte augmentation de la consommation d’électricité d’ici 2035 par de grands consommateurs comme les Centres de données et pour y répondre le démarrage de grands projets nucléaires, d’éolien en mer. En revanche, la sobriété est brièvement évoquée comme les conséquences sur la biodiversité uniquement mentionnée comme un enjeu pour les renouvelables…
La guerre au Moyen-Orient ne se limite plus aux champs de bataille : elle frappe désormais nos approvisionnements énergétiques et menace directement notre pouvoir d’achat. Pourtant, cette crise doit aussi nous servir d’électrochoc. La France, malgré ses atouts, reste prisonnière d’un modèle énergétique obsolète, dépendant à plus de 50 % des énergies fossiles, alors que les objectifs climatiques de 2030 s’éloignent chaque jour un peu plus.
Face à l’urgence, il ne suffit plus de constater : il faut agir. La transition énergétique n’est pas une option, mais une nécessité vitale pour notre indépendance, notre économie et notre planète. Les solutions existent, électrification des usages, sobriété, accélération des énergies renouvelables, mais elles exigent une volonté politique et collective sans faille.
Le temps des demi-mesures est révolu. La guerre nous rappelle brutalement que l’énergie est une question de survie, pas seulement de confort. À nous de choisir : subir les chocs ou construire, enfin, un avenir énergétique résilient et juste.
« La prévision est difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir », disait Pierre Dac. Mais une chose est sûre : si nous n’agissons pas aujourd’hui, l’avenir nous sera imposé, et il sera bien plus coûteux.
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