17 février 2026 : Quand le jaune illumine la presqu’île malgré la grisaille
Entre deux apparitions fugaces du soleil et sous une couverture nuageuse persistante, quelques touches de jaune lumineux attirent le regard et méritent que l’on s’y attarde.
Dans les jardins de la presqu’île, certaines floraisons hivernales jouent les premiers rôles. C’est le cas du séneçon à feuilles de pétasite (Roldana petasitis, anciennement Senecio petasites), une plante originaire d’Amérique centrale, du Mexique et des Caraïbes. Peu fréquent dans le Var, ce séneçon se distingue par ses généreuses panicules de petites fleurs jaunes qui égayent, en sous-bois, les massifs de novembre à mars.
Derrière son allure exotique et décorative, la plante présente toutefois une capacité d’expansion notable. Vigoureuse, elle pousse rapidement et peut, dans certains contextes, concurrencer la végétation locale en l’ombrageant ou en l’étouffant. Sa silhouette arrondie et buissonnante, portée par des tiges rougeâtres ramifiées, s’accompagne de grandes feuilles persistantes, vertes et duveteuses, aux formes presque circulaires. Une esthétique séduisante, mais qui invite à la vigilance dans les milieux naturels.
Les nombreuses fleurs jaunes attirent volontiers les insectes pollinisateurs, tandis que les fruits – de petits akènes plumeux rappelant ceux du pissenlit – assurent la dissémination des graines au gré du vent. Autre particularité : cette espèce tolère relativement bien la pollution atmosphérique et la salinité, ce qui explique sa présence dans les jardins littoraux.
Une floraison spectaculaire : la grande solandre
Autre vedette des ambiances protégées de la presqu’île : la grande solandre (Solandra maxima), parfois appelée liane trompette. Originaire des régions tropicales d’Amérique, cette plante grimpante impressionne par ses immenses fleurs jaunes en forme de trompette, aussi élégantes que parfumées.
Sous nos latitudes, elle ne peut prospérer qu’à l’abri du gel, dans des jardins favorisés ou en culture protégée. Son feuillage persistant et son développement spectaculaire, ses lianes peuvent atteindre jusqu’à plusieurs mètres, en font une plante ornementale remarquable.
Mais la solandre exige des précautions : toutes ses parties sont toxiques, en raison de la présence d’alcaloïdes tropaniques (atropine, scopolamine…). Une caractéristique qu’elle partage avec d’autres membres de la famille des Solanacées, comme le datura. Connue depuis longtemps pour ses propriétés médicinales, la plante était déjà utilisée dans certaines traditions précolombiennes.
Son nom rend hommage au naturaliste suédois Daniel Carl Solander (1736-1782), élève de Linné et compagnon de James Cook qui l’a décrite lors de son premier voyage autour du monde. Une discrète passerelle entre botanique, histoire et exploration.
Un éclair jaune venu des rivières
Le jaune ne s’invite pas seulement dans les jardins. Il se manifeste aussi, plus furtivement, dans le plumage élégant de la Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla cinerea), observée en cette saison sur la presqu’île.
Ce gracieux passereau, familier des cours d’eau, se reconnaît à sa longue queue sans cesse oscillante et à ses nuances jaunes délicates. Rapide et vive, elle trottine le long des berges à la recherche d’insectes et de petits invertébrés. Dans notre secteur, elle peut être aperçue à proximités des mares temporaires, ici une jeune femelle a été photographiée sur le rideau de sécurité d’une piscine…
Migratrice partielle, l’espèce fréquente volontiers les régions méditerranéennes en hiver.
Protégée sur l’ensemble du territoire français, la Bergeronnette des ruisseaux rappelle combien la biodiversité locale dépend de la qualité et de la préservation des milieux naturels.
Même en plein hiver, la nature trouve toujours le moyen d’offrir ses touches de lumière. Ces éclats de jaune, parfois discrets, parfois spectaculaires, rappellent la richesse et la fragilité du vivant qui nous entoure.
16 février 2026 : Urbanisation de la presqu’île : jusqu’à l’absurde ?
Période électorale aidant, la rénovation urbaine et l’urbanisation sont de retour, enveloppées d’un discours rassurant et bien rodé. Construire était et serait une nécessité. Construire davantage, une évidence. Construire toujours plus, presque une vertu.
À écouter certains bien connus pour leurs programmes électoraux ânonnés depuis trente ans, il s’agirait même d’un impératif économique et social. Peu importe que les espaces naturels se réduisent, que les sols s’imperméabilisent, que le littoral perde progressivement ce qui fait sa valeur et son attractivité. Ce serait, nous disent-ils, le prix du progrès.
Le mécanisme est désormais familier. La science, l’écologie est volontiers invoquée lorsqu’elle conforte les orientations choisies. Mais lorsqu’elle alerte sur les conséquences délétères de l’artificialisation des sols, la surfréquentation, la dégradation des écosystèmes, la pression sur les ressources ou les infrastructures, elle devient soudain « discutable », « anxiogène », voire « excessive », pour ne pas dire plus et rester poli.
La presqu’ile de Saint-Mandrier vue du ciel. Les terrains à vocation agricole dominent le paysage dans les années 50 puis les constructions grignotent les terres agricoles à partir de la fin des années 60 (Source IGN).
Sur la presqu’île de Saint-Mandrier-sur-Mer, ces contradictions prennent une dimension particulièrement visible.
On continue de justifier de nouveaux programmes immobiliers au nom du logement, alors même qu’une réalité dérangeante s’impose : le nombre de résidences secondaires y dépasse désormais celui des résidences principales. Autrement dit, on construit encore, de plus en plus depuis 5 ans, mais de moins en moins pour loger en permanence et durablement des habitants.
Dans le même temps, la rotation des biens explose. Le marché immobilier s’emballe, les ventes et reventes s’enchaînent à un rythme soutenu, transformant progressivement le logement en produit financier plus qu’en lieu de vie. Cette dynamique alimente une pression foncière croissante, renchérit les prix et complique l’accès au logement pour les ménages locaux.
Mais les conséquences ne sont pas seulement sociales ou économiques.
En 70 ans, les terrains agricoles qui dominaient l’espace civil de la presqu’ile, en particulier dans le secteur de Pin Rolland dépourvu pratiquement de toute habitation en 1955, ont été massivement urbanisés par des maisons individuelles et des immeubles. Dans le même temps, la totalité du littoral du côté de la petite rade a été entièrement artificialisé (Source IGN).
La presqu’île est un territoire contraint, aux capacités physiques limitées. Les réseaux pluviaux et d’assainissement, anciens, vétustes et sous-dimensionnés des années 70, peinent déjà à absorber les charges actuelles. Chaque nouvelle construction accroît mécaniquement les volumes à traiter, les risques de saturation, les incidents et les coûts futurs pour la collectivité.
Les voiries, elles, ne peuvent être indéfiniment élargies. L’espace manque, les contraintes géographiques sont évidentes. Pourtant, la densification se poursuit, générant davantage de circulation, de tensions sur le stationnement, de nuisances et de vulnérabilités en cas d’événements exceptionnels.
À ces pressions s’ajoutent des effets environnementaux bien connus : aggravation des îlots de chaleur, ruissellements accrus, fragilisation des sols, banalisation par le béton des paysages, recul du vivant.
Et malgré cela, le récit reste inchangé : il faudrait construire pour répondre aux besoins.
La question essentielle demeure pourtant largement évitée : quels besoins, et pour quel territoire ?
Car multiplier les opérations immobilières dans un espace littoral limité, déjà fortement urbanisé et majoritairement occupé par des résidences secondaires ne relève plus d’une politique du logement. Cela relève d’un modèle politique de développement archaïque dont les impacts écologiques, sanitaires, sociaux et financiers sont de plus en plus visibles.
Parier sur la capacité du futur à réparer ce que le présent dégrade n’a rien de visionnaire. C’est, au mieux, un acte de foi.
Au pire, une fuite en avant.
Et dans l’immédiat, une opération souvent très rentable pour certains.
Depuis des années, l’APE est engagée contre l’urbanisation excessive de la presqu’ile, contre la bétonisation de Saint-Mandrier et pour des projets alternatifs de rénovation urbaine.
Si vous partagez notre volonté de protéger durablement la presqu’île,
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15 février 2026 : Les banquettes de posidonie, rempart biologique contre les vagues
Alors que l’érosion côtière progresse partout dans le monde et menace une part considérable des plages telles que nous les connaissons, certains rivages bénéficient encore d’une protection aussi discrète qu’efficace. C’est le cas de la plage de Sainte-Asile à Saint-Mandrier, où la nature offre un bouclier écologique, gratuit et remarquablement performant.
Cette protection porte un nom : Posidonia oceanica. Endémique de la Méditerranée, cette plante sous-marine, et non une algue, forme de vastes herbiers jouant un rôle essentiel dans l’équilibre du littoral. Véritables ingénieures des écosystèmes marins, les posidonies produisent de l’oxygène, abritent une biodiversité exceptionnelle, stabilisent les fonds et atténuent l’énergie des vagues.
Chaque année dès l’automne les banquettes de Posidonie forme une barrière biologique qui protège la plage de Sainte-Asile de l’érosion.
Sur le rivage, leur action se prolonge grâce aux fameuses banquettes de posidonie. Issues de l’échouage naturel des feuilles mortes, ces accumulations végétales constituent une défense côtière de premier ordre. Elles amortissent la houle, limitent l’érosion, favorisent l’engraissement des plages et participent à la stabilisation des sédiments. Elles contribuent également à la dynamique écologique du haut de plage en soutenant la végétalisation et de nombreux organismes vivants.
Les banquettes de Posidonie de la plage de Sainte-Asile sont le dernier rempart contre les assauts des vagues qui atteignent le mur du restaurant Spectacle garanti !
Les images et vidéos captées hier par l’APE à Sainte-Asile illustrent parfaitement ce phénomène : lors des épisodes de forte houle, les vagues perdent leur énergie au contact des banquettes. Ce rempart naturel protège concrètement le trait de côte et les aménagements en arrière-plage comme le restaurant. Le spectacle est saisissant, mais surtout riche d’enseignements.
À défaut d’être reconnues comme un atout majeur pour la résilience du littoral, les banquettes de posidonie sont parfois perçues comme une gêne esthétique ou une « saleté » à nettoyer, éliminer. Certaines collectivités, dont la notre, continuent ainsi de privilégier des pratiques de retrait mécanique coûteuses, écologiquement discutables et, surtout, contre-productives face aux enjeux d’érosion.
La situation locale n’échappe pas à ce débat. À Sainte-Asile, seule plage de la commune à en accueillir régulièrement, l’APE alerte depuis des années : les banquettes ne sont pas un déchet, mais un atout majeur pour la résilience du littoral. Les enlever systématiquement affaiblit la défense naturelle de la plage.
L’APE alerte inlassablement sur la nécessité d’adopter des modes de gestion plus durables et conformes aux connaissances scientifiques. Les banquettes ne sont pas un déchet : elles sont un élément fonctionnel de la plage. Les retirer systématiquement revient à affaiblir la capacité naturelle du littoral à se défendre.
Des alternatives existent pourtant : gestion saisonnière, maintien en place, déplacement raisonné, information du public. Ces approches permettent de concilier usages touristiques, préservation des écosystèmes et protection du trait de côte.
Protéger les banquettes, c’est protéger nos plages
Les banquettes de Posidonie sont un patrimoine naturel, un service écosystémique gratuit, et un rempart essentiel contre l’érosion.
À Sainte-Asile comme ailleurs, la mer nous rappelle une réalité simple : la meilleure défense contre l’érosion est souvent déjà là, façonnée patiemment par la nature. Encore faut-il choisir de la comprendre… et de la respecter.
Enlever les banquettes, c’est affaiblir la plage. Les préserver, c’est préparer l’avenir.
L’APE continuera à informer, documenter et défendre ces protections naturelles qui font la richesse du littoral de notre presqu’ile.
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