En bref. Le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche prépare un nouveau projet d’arrêté fixant la liste des espèces végétales marines protégées (rajouter le lien vers le fichier intitulé Projet AM végétaux marins_v7.1), destiné à remplacer l'arrêté du 19 juillet 1988. L’actualisation d’un texte vieux de près de quarante ans qui étend la protection à 38 taxons est une bonne nouvelle de principe. Mais il présente deux défauts majeurs : une liste d'espèces entachée d'erreurs taxonomiques et écologiques, et surtout une annexe qui dispense de toute autorisation l'enlèvement, le transport et le rejet en mer des banquettes de posidonie, alors que ces banquettes sont un habitat protecteur de nos plages. Le projet précédent avait fait l’objet en avril 2022 d’un avis critique du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) qui n’a pas été pris en compte dans le nouveau projet resoumis au CNPN. Il soulève donc de sérieuses inquiétudes, notamment concernant les banquettes de Posidonie. Trois ans plus tard, le scénario semble donc se répéter. Aussi, nous demandons, avec les experts du CNPN, que cette annexe sur les banquettes de Posidonie soit retirée du texte.
Un deuxième essai, après celui de 2023
Ce projet n'est pas le premier. En mars 2023, l'APE avait déjà alerté sur une version qui laissait entrevoir la destruction facilitée des banquettes de posidonie. Interrogé à l'Assemblée nationale, le Ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires avait alors répondu en septembre 2023 que la confusion résultait d'une « rédaction maladroite », et que son intention était de « protéger plus et mieux » les banquettes. Trois ans plus tard, la version 7.1 reprend pourtant, sous une forme structurée, l'essentiel de ce que cette réponse promettait d'écarter !
Une révision utile mais scientifiquement perfectible
L’objectif affiché est de mettre à jour la liste des espèces végétales marines protégées afin de tenir compte des évolutions taxonomiques récentes. Cette démarche est légitime. Toutefois, comme pour le projet précédent, l’analyse du nouveau texte met en évidence plusieurs incohérences : utilisation de nomenclatures dépassées, doublons taxonomiques, protection d’espèces absentes des eaux méditerranéennes françaises ou encore inscription d’espèces dont l’identification sur le terrain est pratiquement impossible.
Une révision approfondie des annexes apparaît donc indispensable afin de garantir la crédibilité scientifique du futur arrêté.
Les banquettes de Posidonie : le véritable point de blocage, une logique paradoxale
L'annexe 3 proposée dispense de toute autorisation la collecte, le transport et le rejet en mer des banquettes de posidonie, notamment pour faciliter l'accès à la baignade, sur les plages où il n'y a pas eu de rechargement en sable depuis cinq ans. Or son préambule reconnaît que les banquettes sont des « habitats protégés » qui défendent les plages de l'érosion. On pourrait donc les enlever précisément là où elles font leur travail. Et comme leur retrait provoque lui-même l'érosion, parfois des années plus tard, c'est un véritable abonnement au réensablement : on retire les banquettes, la plage maigrit, on recharge en sable, et le cycle recommence. Cette disposition apparaît paradoxale.
Les travaux scientifiques montrent en effet que les banquettes constituent l’un des meilleurs remparts naturels contre l’érosion. Elles atténuent l’énergie des vagues, piègent les sédiments, stabilisent les plages et alimentent les dunes. Leur retrait entraîne au contraire une perte de sable et accentue à terme le recul du trait de côte.

Ainsi cela revient à créer un véritable abonnement au réensablement artificiel : on retire l’élément qui protège la plage puis l’on constate quelques années plus tard les effets de cette disparition avec l’érosion des plages que l’on essaie de réensabler...
Une position contraire aux engagements régionaux
Cette orientation apparaît d’autant plus surprenante que la Région Sud, la DREAL PACA, le Parc national de Port-Cros et le programme européen POSBEMED2 défendent depuis plusieurs années une approche fondée sur le maintien des banquettes et la sensibilisation du public. La Charte d’engagement pour des plages de caractère en Méditerranée encourage explicitement les communes à préserver les banquettes de Posidonie et à promouvoir des solutions fondées sur la nature.
La position de l’APE
L’APE soutient l’actualisation de la liste des espèces végétales marines protégées, sous réserve de la correction des incohérences scientifiques identifiées. En revanche, la question des banquettes de Posidonie relève de la gestion des habitats littoraux et non d’un arrêté consacré aux espèces.
Nous demandons donc le retrait de l’annexe 3 et l’élaboration d’un texte spécifique fondé sur les connaissances scientifiques actuelles et sur le principe du maintien des banquettes comme règle générale.
À l’heure où l’érosion côtière progresse sur l’ensemble du littoral méditerranéen, faciliter l’enlèvement des banquettes reviendrait à affaiblir l’un des dispositifs naturels les plus efficaces pour protéger nos plages. Les banquettes de Posidonie ne sont pas un déchet : elles sont une solution d’avenir pour la préservation du littoral méditerranéen.
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